Voilà un très beau film poétique, contemplatif et mélancolique, parfois même apaisant, entièrement tourné au Japon avec des acteurs japonais. Ce long métrage du singapourien dont je ne connais pas la filmographie, sublime Catherine Deneuve, et les fans apprécieront de la voir et l'entendre chanter 3 chansons originales qui se défendent, (comme l'ensemble de la bande son par ailleurs) ainsi que des nombreux gros plans. Ceux-ci ont demandé certainement beaucoup de travail côté lumière, coiffage et mouvement des cheveux, maquillage, filtres, etc, pour mettre autant en beauté la légendaire actrice française, véritable monument du cinéma depuis les années 50. Cela pourra en énerver certains, surtout ses détracteurs. Désormais octogénaire, et malgré une colossale filmographie, elle arrive encore à nous surprendre dans ses choix, bien que cette histoire puisse faire parfois vaguement écho à d'autres (Après lui, le Vent de la Nuit, le Couvent...)
Le film est intéressant à plus d'un titre et cela demanderait un long développement. A commencer par des dialogues bilingues, Japonais/Français, sur la plus grande partie du film, chacun parlant sa langue, mais de fait, se comprenant,
étant devenu un esprit.
. Ce choix assez inédit me semble-t-il, participe d'une certaine étrangeté et originalité de l'oeuvre, tout en venant nourrir sa thématique. La mise en scène est parfois assez remarquable. Les paysages, urbains ou plus naturels, revêtent une beauté poétique alors même qu'ils montrent pourtant souvent un Japon assez banal et quotidien. Sont questionnées la place de l'artiste dans la société, la célébrité et sa durée, la dfficulté de mener à la fois carrière et vie privée, la solitude, les étapes de vie (jeunesse, vieillesse), la solitude (
le vieux fan n'a qu'un seul ami, la vieille chanteuse plus que son chien, son fils est célibataire
), les conditions de la création, le lien entre art/création et vie réelle (
le fils se jette à la mer comme dans son film sorti 20 ans plus tôt
), etc. Et bien sûr, le rapport à la mort et aux défunts, thème central du film.
A partir du cas du Japon, ou beaucoup de ces thématiques sont exacerbées (population la plus vieille au Monde, déclin démographique, retenue des émotions dans un étouffant carcan social, poids des traditions), le réalisateur nous ouvre au reste du Monde, du moins occidental, tout en questionnant cette ouverture. On note l'importance du poids de la culture française ou américaine depuis la seconde guerre mondiale (surf, groupes de rock, dessins animés, etc.) qu'elle a pu avoir dans le parcours des différents protagonistes tout au long de leur vie. Qu'est ce que le bonheur, le temps qu'on passe vivant sur cette terre, comment faire avec le temps qu'il reste, comment (se) préparer (à) la fin ?
Je conseille donc ce petit film tout en retenue et finesse, qui ouvre sur quelques grands sinon beaux moments et de vastes questionnements universels. Et comme il est dit à la fin du film : "on y va ?".