Quelque chose de pourri au royaume du ballon rond
La carrière de réalisateur de Tristan Séguéla avait commencé en 2012 par un naveton XXL dont, par pudeur, je tairais le nom. Du mieux en 2019 avec le sympathique Docteur ? Cette fois, il fait dans le drame avec ces 120 minutes sous haute tension, dans les coulisses du football d’aujourd’hui, industrie planétaire où les intérêts se chiffrent en milliards. Driss, agent de joueurs, a sept jours pour sauver sa peau avant la fin du mercato... Le personnage central de ce thriller – je n’ose lui attribuer le nom de « héros » -, n’est à priori pas très sympathique. Mais dans ce monde-là comme ailleurs, rien n’est tout à fait bon, ni tout à fait mauvais. C’est ce sens de la nuance qui m’a permis de suivre avec intérêt les mésaventures d’un agent, sans doute comme beaucoup d’autres, dont la passion est totalement gangrénée par l’argent roi. Mieux qu’intéressant.
De toute évidence, le réalisateur a voulu montrer la réalité d'un univers qui suscite beaucoup de fantasmes, celui du foot-business, et en couvrir tout le spectre, des terrains de la banlieue parisienne, où l’on repère de futurs talents pour les placer auprès d’agents, jusqu’aux palais d’Arabie Saoudite où l’on raisonne en milliards d’euros. C’est en cela que le scénario est très habile, car il réussit cette performance sans un seul instant d’ennui. L’antihéros est pris dans un dilemme permanent, quotidien, tiraillé entre sa propre son abnégation et son ambition et que rien ne peut arrêter. Pour le reste, on a mis les petits plats dans les grands. Le film nous fait voyager, entre Paris, sa banlieue, Salzbourg, Ryad, Dubaï, Ibiza et Madrid. La réalisation, - montage, photo, musique etc. -, est parfaite, La tension extrême à suivre un personnage constamment en mouvement, est parfaitement traduite par le jeun d’un casting parfait. Les dessous du foot et surtout de son business ne sont pas reluisants. Ce film devrait faire référence en la matière.
Jamel Debbouze crève l’écran dans ce rôle dramatique de vendeur, businessman et bateleur. Son sens de la répartie, de la formule, son abattage font merveille.. Il est dans son jus, dans son jeu, et ça marche à 100 . . Tous les seconds rôles sont également à féliciter : Monia Chokri, Milo Machadi-Graner, - remarqué dans En Thérapie, Anatomie d'une chute et tout dernièrement dans Ma mère, Dieu et Sylvie Vartan -, Hakim Jemili, Vincent Rottiers, Stéphane Bak… Un thriller vertigineux – au vrai sens du terme -, pour une plongée fascinante au cœur du sport le plus populaire au monde. On est loin du pitoyable 4 Zéros du moins pitoyable Oteniente qui misait sur un défilé de grands noms du foot Avec Séguéla, on est dans le cinéma, dans du très bon cinéma.