La grande problématique pour les franchises tient au pari quasi-impossible de renouvellement à un rythme de production industrielle. La trilogie Jurassic World est un exemple probant de nivellement continu par le bas, ce qui n'a pas empêché son succès. Et nous-y revoilà, trois ans après le pathétique Le Monde d'Après, plus vraiment disposés à y croire. Surtout que ce Renaissance a été emballé comme une commande de plus, en à peine un an tout compris (pré-prod, tournage et post-production). Néanmoins, il y a des raisons d'espérer. Le retour du scénariste David Koepp (l'adaptation du premier Jurassic Park, c'était lui) et la présence de Gareth Edwards derrière la caméra semblaient indiquer une retour aux fondamentaux : du spectacle, du cœur et un minimum de cervelle au milieu. Contrat en partie assuré.
Le crédo de ce soft reboot (les Jurassic World ne seront jamais référencés), c'est de capter l'esprit du cinéma d'aventure "à l'ancienne", avec sa troupe de mercenaires plongés en milieu sauvage pour récupérer l'ADN de trois dinosaures. La narration retrouve une ligne claire exempte des égarements Z de la précédente trilogie, l'utilisation de la pellicule donne une texture particulière qui saura titiller la fibre des plus nostalgiques. Compte tenu du timing très serré pour tout boucler (un an, je le rappelle), Gareth Edwards, son chef op John Mathieson et les équipes des décors et des effets spéciaux délivrent un blockbuster formellement au dessus de la moyenne (on pardonnera les deux/trois incrustations moyennes). Ce qui se vérifie lors des scènes d'action, avec des dinosaures mieux traités qu'auparavant, même si les animatroniques brillent par leur absence. Le retour du Mosasaure et du Spinosaure (au nouveau design, plus proche des découvertes paléontologiques récentes) fait l'objet d'une partie de chasse plutôt réjouissante. Le Quetzalcoatlus n'est pas en reste, avec une jolie traque ascensionnelle. Mais une fois de plus, c'est le T-Rex qui crève l'écran avec une séquence de radeau où il rappelle combien il sait mettre la pression. Edwards découpe admirablement sa scène, le montage fonctionne à merveille, et le bestiau est terriblement beau. Sa meilleure apparition depuis Le Monde Perdu. La bande-originale d'Alexandre Desplat est fonctionnelle, avec classe mais sans étincelles. Hélas, tout n'est pas si beau sur l'ile de nos dinos.
Renaissance file peut-être droit mais il ne va pas bien loin. Malgré le retour de Koepp au stylo, force est de constater que le script évoque la pièce montée. On retrouve la mission de sauvetage de Jurassic Park 3, une scène du premier non-réalisée (le radeau) et quelques éléments du script avorté de Jurassic Park 4 par John Sayles (dont on retrouvait déjà des bouts sur Jurassic World et Fallen Kingdom). À l'exception de quelques lignes assez inspirées déclamées par le Pr Loomis (excellent Jonathan Bailey), Koepp n'essaie pas de faire avancer le schmilblick. Bref, tout ça est au mieux téléphoné sinon assez bête. Concernant les nouvelles créatures, elles n'ont pas assez de temps ou d'espace pour voler le show. C'est dommage parce que dans l'idée, leur design est pas mal. Le D-Rex divisera probablement, mais Gareth Edwards a le mérite de l'introduire progressivement comme il le faisait sur Godzilla. C'est vrai, on ne tombe pas dans la bêtise des trois précédents, pour autant les personnages ne dépassent pas l'esquisse en dehors du Pr Loomis. Scarlett Johansson doit se dépêtrer avec une Zora qui part un peu dans tous les sens (mercenaire cupide, meneuse altruiste). Mahershala Ali ne peut compter que sur son charme naturel pour compenser le peu que lui accorde le scénario. Rupert Friend est un peu mieux loti mais son rôle est un archétype écrit en majuscule. Chez la famille de rescapés, c'est du basique. Rien de gênant, rien de mirobolant. Le plus embarrassant demeure l'ajout d'un dino de compagnie, qui a tout de l'exigence d’exécutifs pour vendre des jouets.
Où va la saga avec ce Renaissance ? Difficile à dire. Revenir à plus de simplicité offre pas mal d'avantages. L'intrigue a le mérite de la limpidité, Edwards ne s'égare pas dans les reprises des films de Spielberg mais propose d'intéressantes variations. Les apparitions des dinosaures sont dosés, tout comme l'humour. Et les personnages sont un peu plus attachants que les clichés sur pattes de la précédente trilogie. En revanche, ce nouvel opus confirme que la franchise tourne en rond. La revitaliser devrait passer par une refonte, pourquoi pas une nouvelle manière d'aborder les dinosaures. Mais le problème qui bloque l'industrie Hollywoodienne, ce ne sont pas que les idées mais également le temps. Et malheureusement, quand ça marche, elle ne s'arrête pas pour réfléchir. Elle continue d'abord. Pour le meilleur et pour le pire.