Si dans Jurassic Park, la génétique est un prétexte pour parler de dinosaures, dans Jurassic World, les dinosaures sont un prétexte pour parler de génétique, c'est ce qui différencie les deux sagas. Dans chaque épisode de Jurassic World, il faut des dinosaures génétiquement modifiés OU d'autres espèces. Et je ne suis pas fan de l'idée, parce que je trouve que c'est une idée d'enfant. Mais la justification est trouvée de manière méta et expliquée aussi bien dans le premier film de la saga que dans ce dernier opus : les gens sont lassés des dinosaures, ils veulent de nouvelles espèces. C'est un message pour le public de la part des producteurs, et je pense qu'ils ont tort. Je pense que le problème n'est pas tant les dinosaures, mais plutôt la manière dont on nous les montre.
Qu'est-ce qui faisait le sel de Jurassic Park ? Le parc. Pourquoi ? Parce que le parc, c'est une invention humaine : durant le film, nous ne sommes pas chez les dinosaures, les dinosaures sont chez nous.
Ainsi, Renaissance (dont je ne comprends pas d'ailleurs le titre) fait l'erreur de nous proposer une aventure chez les dinosaures : il n'y a rien à détruire puisque tout l'est déjà. Il n'y a pas de chaos puisqu'il est déjà arrivé. On nous le dit d'entrée : l'histoire se passe dans une zone interdite, réservée aux dinosaures. La conséquence de tout ça, c'est qu'on ne retrouve pas l'ambiance de Jurassic Park, c'est quelque chose de différent. Un ami m'a même dit qu'il avait trouvé que le film était un "nanar à gros budget" et je comprends pourquoi : la mise en scène, si elle n'est pas catastrophique, laisse à désirer, et c'est d'ailleurs le plus gros défaut du film.
Entre les dinosaures qui pratiquent la magie, les killcams évidentes (on sait dès l'instant où la cam se pose sur un perso secondaire qu'il va mourir), et surtout une scène d'AUTO-PLAGIAT de jurassic Park où évidemment on va arguer que c'est un clin d'oeil... Non. Là, au mieux c'est un manque cruel d'idées, parce que plan pour plan, c'est la même chose, et c'est quand même fou de :
1) parler d'un film en disant "il faut montrer de nouvelles choses au public" tout en repompant des scènes du 1er film
2) devoir nous rappeler que c'est un film Jurassic Park non pas par l'atmosphère mais par de la copie
Alors bon, les personnages sont-ils réussis ? Pas vraiment. Dès le début, on nous présente des personnages de manière si antipathique qu'on a du mal à s'attacher à eux, à l'exception bien sûr de 4 d'entre eux. Et parmi ces quatre-là, je ne compte pas la grande soeur. Parce que sa présence n'est justifiée que par le fait qu'elle a un petit ami relou
qui va devoir faire ses preuves auprès de son beau-père, intrigue d'ailleurs résolue dès le premier acte. Ce qui fait que le gendre et la fille aînée respirent l'inutilité tout au long des 2/3 du film.
Vient le cas Scarlett Johansson. Beaucoup se moquent, surtout après l'affiche où elle est plus grande que les dinosaures. Eh bah je trouve son personnage très inintéressant, sans pouvoir vraiment détailler pourquoi, c'est juste très monotone du début à la fin et son climax ne surprendra absolument personne. Dans le classement des personnages principaux, on s'y attache forcément moins qu'un Alan Grant passionné ou d'un Owen Grady qui croit en l'amitié hommes-dinos. D'ailleurs, mauvais signe : j'ai dû googlé pour me rappeler qu'elle s'appelait Zora dans le film... Alors que je l'ai vu avant-hier...
Mais alors quoi de bien ? Eh bah malgré toutes les maladresses, malgré des personnages peu savoureux, Jurassic World 4 passe mieux que Jurassic World 3, parce qu'au moins, il assume son idée jusqu'au bout. J'aurais préféré qu'on mette l'accent sur des dinosaures "ratés" montrant des manipulations douloureuses pour faire écho à la maltraitance animale au nom de la science... Mais Jurassic World 4 veut vendre des jouets alors bon. Mais au moins, ils assument leurs choix de dinosaures. Le côté quête de jeu-vidéo fonctionne bien pour ne pas créer l'ennui dans la jungle, on a des décors variés, même si l'acte en mer est un peu long à mon goût. Finalement, si on se détache de la saga mythique qu'est Jurassic Park, le film se laisse regarder, avec ses défauts certes, mais aussi ses qualités. Les scènes d'action sont globalement réussies, et d'autres scènes plus graphiques peuvent surprendre et rester en tête. (
Je pense, même si bien sûr on s'y attend tous, au pauvre hère qui se fait bouffer par l'archaeopteryx.
)
Le constat est à peu près le même que pour Jurassic World 2 : malgré les défauts évidents, le film se regarde. Il est meilleur que JW3 ou JP3. En revanche ses qualités ne brillent pas assez pour en faire un film mémorable. Ce n'est pas un mauvais film, mais ce n'est certainement pas un bon Jurassic Park. Et on vient à penser, au fil des sorties, que seul le premier avait cette force de nous émerveiller véritablement.