Voilà un long métrage qui plaira au cinéphile, tant celui-ci invoque les techniques du cinéma en tout genre, où se superposent une relation à construire et la fabrication d'un long métrage ; à la fois dans son hommage et dans son héritage, où le père est fondu à la figure de l'artiste, metteur en scène de la transmission d'une fiction que l'on se raconte, entremêlant le colonial, le sociétal et le familial, dans ce jeu de structure et de fracture ambivalente, et qui nourrit nos souvenirs, comme la vie peut influer sur ce que l'on va raconter, romancé, idéalisé, métaphore visuelle et émotionnelle d'une réalité où la vérité est une question de perception, de génération, jonglant à merveille sur les angles et points de vue, décu, vécu, nous montrant l'essence même de ce que le cinéma peut offrir, nous faire ressentir de ce qui est impossible à expliquer, réparer, ou réconcilier.
D'un autre côté, malgré son atmosphère intense, il a tout du film fait pour Cannes, introspectif, contemplatif, démonstratif techniquement, et déroulant le tapis scénaristique du cahier des charges actuel. La mise en abyme du patriarcat, dominant et violent, de son emprise sur les femmes, entre abus de pouvoir, abandon, trahison, humiliation, toutes ces relations toxiques dans tous les domaines, que ce soit le milieu professionnel et personnel, mais aussi politiquement et historiquement parlant.
Le déni et l'aveuglement de cet homme, symbole de toute une époque où les choses étaient considérées comme normales, deviennent l'objet du délit, de toutes ces histoires parallèles qui s'entremêlent sans valeurs sentimentales, ne reposant que sur la peur et le refus de perdre le contrôle, l'incapacité à s'excuser, et qu'il faut arrêter de trouver des prétextes pour dédouaner, et simplement admettre la responsabilité pour espérer être pardonné, conduisant à la libération et l'émancipation des traumatisés.
Comme dans le film d'Asghar Farhadi, il a fallu rajouter une scène choc, une scène d'agression, privée pour l'un, publique pour l'autre, afin de briser toute ambiguïté, et de marquer, marteler le spectateur. Finalement, l'excellente scène d'ouverture en disait peut-être trop, donnant l'impression d'un film redondant, et reformulant sans cesse ce qui était déjà limpide, et les personnages secondaires, peu fouillés, ne servant que de figurants pour ce même propos alourdissant.
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