Lassé de ces incursions dans les films de genre, Rodrigo Sorogoyen enchaine l'excellente série Los Años Nuevos et L'être aimé. Dans la première, le réalisateur espagnol décortiquait l'histoire d'un couple sur une décennie en dix épisodes. Pour son retour en salles, il s'attaque à la relation difficile entre un père et sa fille et dont nous allons être témoins...en plein tournage. Alors, ne vous attendez pas à une pirouette éculée qui juxtaposerait le récit du film tourné avec celui bien réel de Sorogoyen. Comme en témoignent tous les créations du cinéaste, la recherche de l'authenticité et du réalisme va de pair avec la volonté de renouveler les formes cinématographiques. Le tournage n'est qu'un prétexte et même s'il est retranscrit avec une troublante acuité, on se fiche de ce que raconte le film dans le film. Ce qui importe se passe dans la tête du metteur en scène (Estéban Martinez, transcendé par la prestation de Javier Bardem) et de sa fille (Emilia Vera, géniale Victoria Luengo). Avec sa fidèle collaboratrice Isabel Peña, le cinéaste poursuit le travail en maturation sur Los Años Nuevos. La séquence d'introduction étire le dialogue sur vingt minutes, multiplie les valeurs de plan jusqu'à serrer au plus près des visages pour capter les failles et l'expression du conflit. L'aisance avec laquelle la caméra saisit les changements d'humeur est sidérant. Une situation que L'Être aimé reproduira une heure plus tard lors d'une séquence de tournage où Sorogoyen nous fait vivre un véritable ascenseur émotionnel. On ressent l'envie de tenter des choses, surprendre son spectateur. D'où une mise en scène plus expérimentale, qui varie les formats, les résolutions et les styles (la couleur, le noir et blanc) en plus de jouer sur les sonorités qui vont du mono au stéréo en passant par la musique intradiégétique. En résulte des sentiments contradictoires, l'admiration devant l'étalage de savoir-faire (photographie sublime de Álex de Pablo) mais un peu d'agacement face à cet ensemble assez chaotique. Le long-métrage met le doigt sur les germes d'une relation père-fille compliquée (c'est le moins qu'on puisse dire), plus généralement sur une forme de masculinité toxique incapable de communiquer directement par peur de perdre le contrôle. Et de le transmission néfaste qui s'opère sur la génération suivante. L'être aimé est limpide dans ce propos, mais Sorogoyen a peut-être vu trop long pour terminer de manière aussi banale.
Un drame assez intéressant mais très psychologique, centré sur la relation complexe entre un père et sa fille. Si vous n’aimez pas les films introspectifs, mieux vaut passer votre chemin car cela reste assez particulier. Le film montre aussi le cinéma d’autrefois comme un univers aux relations parfois toxiques, ce qui fait qu’au final, on se sent mieux en restant simple spectatrice J’ai apprécié l’utilisation du noir et blanc dans les moments où les émotions intérieures des personnages deviennent trop intenses, c’est en tout cas comme cela que je l’ai perçu. La fin est assez abrupte. En conseil, il est préférable de ne pas se placer trop près de l’écran, le film se regarde mieux installé au fond de la salle.
J’ai peut-être un peu plus apprécié ce film que "Histoires parallèles" mais vous l’aurez compris, je ne décernerai toujours pas ma Palme d’or !
En Compétition à Cannes 2026, "L’Être Aimé" confirme une nouvelle fois la puissance de Rodrigo Sorogoyen dans l’exploration des relations humaines sous tension. Un réalisateur mondialement reconnu incarné par Javier Bardem, revient en Espagne pour tourner son nouveau projet et choisit d’offrir le rôle principal à sa fille, une jeune actrice qu’il n’a pas vue depuis treize ans. Elle accepte, mais ce tournage devient rapidement un terrain de confrontation intime entre un père absent et une fille en quête de reconnaissance. Sorogoyen construit un film à double niveau : d’un côté, le récit d’un tournage de cinéma, avec ses répétitions, ses tensions et ses rapports de pouvoir, et de l’autre, une plongée brute dans une relation familiale abîmée, où la fiction devient un espace de vérité impossible à éviter. La confrontation entre Javier Bardem et Victoria Luengo est d’une intensité remarquable. Bardem incarne un homme à la fois charismatique et profondément défaillant, incapable de fuir les conséquences de ses choix passés. Victoria Luengo, elle, impressionne par la précision de son jeu : elle oscille constamment entre retenue, colère et vulnérabilité. Un film sur la création autant que sur la filiation, sur ce que le cinéma peut révéler ou, au contraire, masquer. Un drame puissant, habité par deux performances majeures.
Un film passionnant sur les relations d'un père et de sa fille évoluant tous les 2 dans le milieu du cinéma. Javier Bardem et Victoria Luengo y brillent de 1000 feux et le film nous propose un moment mémorable à l'occasion du tournage d'une scène de repas. Une scène qui déclenche les rires chez tous les spectateurs et qui va rester dans les anales !
Un film très dense, très fort, sur la thématique, toujours intéressante que celle de la relation père - fille , en version chaotique. Ici un réalisateur espagnol célèbre espagnol, parti vivre aux US, en abandonnant une ex-femme et sa fille, qu’il ne reverra pas pendant 15 ans. Il rentre au pays, et monte un film où il veut faire jouer sa fille, comme actrice principale. Retrouvaille, passé qui ressurgit, difficulté de communication. Car, bien sûr, chacun à un souvenir différent de ces épisodes passés. La jeune fille est encore traumatisée par la séparation de ses parents, et le réalisateur a du mal à la comprendre. Un thème très fort aussi est celui de l’emprise des réalisateurs sur leurs actrices, avec ce que pouvait être fait par le passé et qui ne sera plus possible aujourd’hui , après metoo : mêler la vie perso et la fiction à l’écran, utilisation et domination des jeunes actrices . Des relations très intenses, entre le père et sa fille, des moments d’un grande violence mentale : une scène du film ( multi prises ) sera une vraie expiation, happening de rédemption, Très belles répliques aussi . Mais le film est très lent, et surtout très redondant. Un montage pas assez serré. C’est un film qui aurait été bien meilleur sur 1,30 h, 1,45 h . On a souvent l’impression de tourner en rond, de se répéter. Les acteurs sont tous très bons : Bardem exceptionnel, qui aurait mérité une palme à Cannes, la jeune Victoria Luengo est très bien , et tous les seconds rôles aussi.
« Il y a des choses plus importantes que le cinéma et on ne peut pas prétendre qu'il répare tout» La fille regarde son père et sa nouvelle famille avec envie et jalousie. Quant à lui, il la regarde plein de regret de ne pas la connaitre plus. Un film rappelant étrangement Valeur sentimentale dans l'approche d'utiliser le cinéma comme méthode de rapprochement. Dans les deux films, le père cinéaste espère renouer avec cette partie de lui, mais elle s'y refuse, car même si ce père est là aujourd'hui, rien ne garantit qu'il ne va pas encore disparaitre.
Rodrigo Sorogoyen arrive à mettre des mots sur les silences et rendre visible le poids de l'absence. Victoria Luengo est touchante, Javier Bardem est sombre et torturé. La présence de Marina Foïs au casting est le petit truc en plus, même si sa présence reste très courte.
Le pitch : Un réalisateur mondialement reconnu revient en Espagne pour retrouver sa fille, qu’il n’a pas vue depuis treize ans, et lui offrir le rôle principal de son nouveau film. La rencontre, lourde de regrets et de tensions, devient le cœur d’une exploration des liens familiaux, où chaque plan, chaque silence et chaque geste révèle la profondeur des blessures accumulées. La jeune actrice, partagée entre opportunité professionnelle et désir de se rapprocher de son père, traverse ses propres contradictions.
Le tournage devient un terrain d’expérience, où la mise en scène, alternant couleur et noir & blanc et ponctuée de variations sonores, agit comme un catalyseur émotionnel, amplifiant les sentiments et les dilemmes intimes. Les improvisations et le dispositif où caméras et micros restent invisibles intensifient l’authenticité, tandis que les interactions avec la productrice, la chef-opératrice et les collaborateurs reflètent la hiérarchie et le poids du passé. Le film ne cherche pas à offrir de réconciliation : il montre l’impossibilité de réparer pleinement l’absence, mais expose la manière dont l’art et le cinéma permettent de ressentir et d’observer cette complexité. Le spectateur devient témoin de la fragilité du lien filial, de l’intensité des regrets, et de la confrontation entre désir de rapprochement et peur de se blesser à nouveau. La performance de Javier Bardem incarne la gravité et la profondeur du personnage paternel, tandis que Victoria Luengo transmet la subtilité, la colère et la nostalgie de la fille. La présence de Marina Foïs apporte un relief supplémentaire au récit. L’ensemble construit un cinéma où émotions, mémoire et vulnérabilité se confrontent, offrant un espace d’observation et de réflexion sur l’incapacité à pardonner et sur la puissance du lien invisible qui persiste malgré les années.
On retrouve dans ce film de Rodrigo Sorogoyen le même dispositif scénaristique que dans Valeur sentimentale, de Joaquim Trier : un père cinéaste reconnu, qui tente de renouer contact avec sa fille actrice, délaissée, en lui proposant un rôle dans son nouveau film. Du côté du père : culpabilité, quête de réparation et de rédemption, sans pouvoir gommer toutefois une posture autoritaire et une présence toxique. Du côté de la fille : tourments liées aux blessures du passé, tentatives de reconstruction au présent et désir d’émancipation. Ce duplicata, dans un intervalle de temps si rapproché, est dommageable. D’autant que le film de Sorogoyen apparaît un peu moins bien abouti que celui de Trier, au sens où il lui manque une conclusion marquante. Certains traits d’écriture sont aussi un peu appuyés. Malgré ces réserves, l’ensemble se tient, porté par une réalisation qui sait faire vibrer les tensions entre les personnages, des dialogues souvent percutants et une interprétation convaincante (mention spéciale à Javier Bardem, d’une sacrée intensité). La mise en abîme du cinéma dans le cinéma est par ailleurs réussie, avec un bon tableau du microcosme que représente le tournage d’un film. Et les rapports entre père et fille, entre l’art et la vie, sont plutôt bien exploités, à défaut d’être transcendés.
Un réalisateur qui offre le rôle principal de son nouveau film à sa fille avec qui il entretient une relation compliquée : cela ne vous rappelle rien ?
Si le pitch de l'Etre aimé semble en effet calqué sur celui de Valeur Sentimentale, Grand Prix au Festival de Cannes 2025, la comparaison s'arrête là, tant le nouveau film du réalisateur du déjà très réussi As Bestas m'a passionné de bout en bout là où celui de Joachim trier m'avait ennuyé et totalement laissé sur le bord de la route.
Une grande partie du mérite revient d'abord à l'immense performance que réalise Javier Bardem. Par sa présence physique et son regard glaçant, l'acteur parvient à installer une tension d'un bout à l'autre du film. Victoria Luengo n'est pas en reste en ne lui concédant pas une once de terrain dans cette relation conflictuelle que leurs deux personnages entretiennent.
La mise en scène du réalisateur espagnol se révèle une nouvelle fois d'une grande maîtrise, grâce notamment à des changements de couleurs, de grain et de format d'image qui dépassent les simples effets de style pour se révéler véritablement signifiants, notamment lors d'une longue scène de tournage autour d'un repas, de plus de quinze minutes, d'abord drôle puis suffocante, véritable leçon de mise en scène et parmi ce que l'on a vu de plus beau et de plus fort cette année à Cannes.
Le film parvient à dépasser la question de la relation père-fille pour interroger plus largement les rapports de domination masculine, notamment dans le domaine de la création cinématographique. Sur le papier, le dispositif du “film dans le film” pouvait faire craindre un exercice un peu vain et déjà vu sur le cinéma. Pourtant, Sorogoyen dépasse ce piège grâce à une tension émotionnelle constante et parvient même à mener le spectateur à faire son examen de conscience concernant ces films cultes nés d'artistes abusifs qui se sont crus tout permis au nom de la création artistique.
L'Être aimé est un drame sensoriel d'une très grande beauté et plein d'intensité, qui n'aurait pas volé un prix d'interprétation masculine ou un prix de la mise en scène au dernier Festival de Cannes.
Le cinéma filme le cinéma et ce n est pas nouveau: ici c est un peu longuet et sans originalite si ce n est la relation pere fille essentielle puisqu'elle donne le titre au film. Sans grand intérêt donc hormis l interprétation des deux acteurs principaux.
Treize ans de silence entre un père et sa fille, et Sorogoyen les condense en vingt minutes de restaurant, champ-contrechamp au bord de l'implosion. Ce prologue seul vaut le déplacement. Esteban, cinéaste célèbre et père absent, offre à Emilia le rôle principal de son nouveau film, quelque part entre réconciliation et manipulation. Sorogoyen délaisse les tensions électriques de "As Bestas" pour un cinéma plus intérieur, qui interroge la masculinité et le pouvoir de l'image sans jamais asséner son propos. Le sens de l'ellipse fait le reste. Javier Bardem, brut et contenu, donne à voir un homme immense qui rétrécit. Du grand cinéma.
Un réalisateur de films renommé essaye de renouer avec sa fille illégitime en lui donnant un rôle central dans sa prochaine oeuvre. Le film dans le film... Je suis pas rentré dans l'histoire. C'est interminable, répétitif, prévisible et les dialogues sont creux et pompeux. Reste quelques belles images et Javier Bardem qui réussit à donner un peu d'émotions à un film oubliable.
Oui, je ne contesterai pas que Javier Barden impose une présence.. presque toxique. Y a-t-il une humanité réellement palpable dans ce personnage du père/réalisateur, ou l'inverse ? Et pourquoi, finalement, impose t'il sa fille dès lors qu'il ne montre aucun signe ostensible de revenir à sa place de père, de lui témoigner des regrets sincères ? Non, je ne peux pas dire que ce cinéma egocentré me convient .. d'autant plus qu'il m'aura fallu tenir 2h 15 ! .. et au-delà de cette difficulté, le recours à quelques artifices visuels, à l'apport bien incomprehensible pour prétendument soutenir la "vision" du réalisateur Sorogoyen, m'a laissé pantois (noir et blanc, ratios d'image différents en 4/3 puis 16/9 .. s'amuse bien le réalisateur !). Allez, je note 2 uniquement pour Barden.
Un réalisateur espagnol célèbre dans le monde, revient dans son pays d’origine après avoir vécu longtemps aux Etats-Unis. Il souhaite donner l’un des rôles principaux de son prochain film à Emilia, la fille qu’il a eu quand il était jeune et qu’il a abandonnée. Emilia, actrice au chômage, hésite, accepte et se lance dans ce tournage. Sorogoyen entremêle avec virtuosité deux thèmes : la relation complexe entre un père absent et une fille meurtrie ; le tournage d’un film dans le désert, les prouesses humaines et techniques, les tensions. L’approche de Sorogoyen est saisissante. Il dépeint ses personnages avec une finesse, une profondeur qui mettent le spectateur en tension permanente. Javier Bardem, acteur prodigieux est au somment de son art. Victoria Luengo lui tient la dragée haute. Le « film dans le film », sujet souvent traité à gros traits est, ici, montré de façon précise, presque documentaire et c’est passionnant. Certaines scènes, comme celle du fou-rire des acteurs qui déchaine la fureur du réalisateur, sont exceptionnelles. Les décors naturels, la musique d’Olivier Arson, tout est beau et sonne juste dans ce film passionnant.
Un autre film proposé dans durant la campagne de « Cannes 2026 », un drame Espagnol, tout en longueur ( sa durée de plus de 2H15 ) de Rodrigo Sorogoyen qui va s’ évertuer à disséquer une relation « père-fille » aux contours bien délicats. Le rôle principal est assuré par Javier Bardem ( Esteban ), lui-même dans son rôle de réalisateur très célèbre, de retour en Espagne pour après 13 ans d’ absence et offre « le » rôle féminin à sa fille Emilia ( Victoria Luengo ). En poussant à peine, on peut dire que l’ ensemble de l’ intrigue est installé dans les premiers échanges er les postures de leurs retrouvailles plutôt froides, dans un restaurant où une tension et une gêne extrême sont parfaitement mises en scène. Dès ces premiers instants, la succession des gros plans alternatifs de ces deux personnages, et de leurs « mots » vont planter le décor de cette comédie, forcément poussive, intérieurement rugueuse, et même éprouvante par moments. Le scénario est donc torturé et je ne me suis pas régalé dans cette histoire toxique engluée dans un passé sans cesse remué, sans aucun espoir de le dépasser. Peu encourageant et irrespirable malgré deux très bonnes interprétations, la présence discrète d’ une Marina Foïs au casting, et de magnifiques photos de désert où les couleurs des vêtements rouges ou bleus constituent le seul luxe de cette dramatique….!!**