L’Être Aimé
Note moyenne
3,9
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186 critiques spectateurs

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Cadreum
Cadreum

63 abonnés 813 critiques Suivre son activité

5,0
Publiée le 25 mai 2026
Avec L’Être aimé, Rodrigo Sorogoyen déplace son territoire d’oppression : ce n’est plus l’État tentaculaire de El Reino ni la communauté hostile de As Bestas qui écrasent les corps, mais un père, un metteur en scène, un homme persuadé que son statut peut encore légitimer son autorité. Le film suit Esteban Martínez, réalisateur célébré revenu d’un long exil américain, qui décide d’engager sa fille Emilia comme actrice principale de son nouveau projet, tourné dans un désert censé figurer le Sahara colonial des années 1930.

Le scénario, coécrit par Sorogoyen et Isabel Peña, repose sur une stratégie de rétention. La première scène en offre la démonstration la plus limpide : Sorogoyen y organise une zone d’indécision où rien n’est encore nommé. Un réalisateur et une actrice se retrouvent à une table de restaurant ; ils parlent d’un rôle, d’un film à venir, d’une proposition qu’il tente de lui faire accepter. Le ton oscille entre séduction professionnelle, maladresse affective et autorité mal convenue.

Puis, la relation filiale est nommée et une autre couche affleure : il minimise, elle attaque. Chacun tente d’imposer sa version du passé, de légitimer leur position, de redéfinir la scène de leur rupture. Dès cette ouverture, Sorogoyen installe donc un régime de perception où l’on ne saura jamais exactement ce qui s’est passé, mais où l’on ressentira, plan après plan.

Sur le plateau, Esteban dirige et exige. Emilia exécute et encaisse. Mais cette asymétrie tient aussi de la mise en scène. La caméra adopte d’abord le point de vue d’Esteban, légèrement en hauteur, cadrant l’équipe comme un territoire qu’il survole et organise. Ses déplacements dictent ceux du cadre, ses gestes imposent le rythme, ses colères contraignent. Mais, dès qu’Emilia entre dans le champ, le film bascule vers des plans plus serrés, souvent fixes, parfois trop proches, comme si la caméra enregistrait la pression qui s’exerce sur elle par son attention. Cette oscillation teste en direct la frontière entre l’autorité nécessaire d’un cinéaste et la violence qu’elle peut masquer.

Le dispositif visuel complexifie encore cette instabilité. Les variations de formats et l’alternance entre couleur et noir et blanc instaurent d’abord des régimes d’images distincts : le noir et blanc, granuleux et légèrement surexposé, renvoie au film colonial en cours de tournage ; la couleur, plus chaude et plus mobile, saisit le présent du plateau. Au départ, la séparation est nette mais rapidement des échos formels (colorimétrie, filtres, sons) commencent à circuler : un panoramique du désert en noir et blanc trouve son double dans un travelling couleur sur le visage d’Emilia ; un contre‑jour pensé pour la fiction coloniale se répercute sur le réel du tournage ; les différents textures de perception sonore qui balayent le décor. Peu à peu, les deux strates se mélangent, suggérant que la fiction coloniale et le drame familial procèdent d’un même geste de pouvoir : occuper un territoire, façonner un récit, parler à la place de l’autre. Aussi, l’aridité des paysages, le vent qui traverse les scènes, l’horizon sans refuge matérialisent la sécheresse affective.

Dans ce dispositif, Javier Bardem compose un Esteban d’une redoutable ambivalence. Le charisme initial séduit. Il incarne un homme convaincu que son exigence artistique est une preuve d’amour. En exemple, Esteban interrompt une prise pour “montrer” à Emilia comment se tenir. Il lui saisit le bras, ajuste son épaule, replace son visage dans l’axe de la lumière. Le geste se veut technique, mais la caméra révèle la tension physique sous-jacente. Emilia se raidit, détourne les yeux, mais ne dit rien. Esteban, lui, sourit, persuadé d’avoir été pédagogue.

La scène la plus brillante du film survient autour d’une simple table, lors d’une répétition qui vire au supplice. Sorogoyen y rejoue la même situation près d’une dizaine de fois, chaque reprise déplaçant imperceptiblement les rapports de force. Esteban, d’abord patient, corrige un détail, demande aux comédiens de “mieux manger”. Puis, à mesure que les prises s’enchaînent, un fou rire irrépressible gagne les comédiens (gagant autant les comédiens que les spectateurs) qui fissure l’autorité du metteur en scène. Bardem laisse alors monter une colère froide et donne des ordres de plus en plus secs, jusqu’à l'abus de pouvoir. L'homme qui croyait diriger une scène se retrouve dirigé par la scène, piégé par un rire qu’il ne peut plus contenir ni contrôler.

Le titre parle d’un être aimé. Mais l’amour, ici, ne garantit ni proximité ni compréhension. Et Sorogoyen filme cette distance sans la combler. Fabuleux de maîtrise. Au sommet de son art !
amour13
amour13

59 abonnés 181 critiques Suivre son activité

3,5
Publiée le 18 mai 2026
J’ai mis 3,5 pour Javier Bardem que j’aime parce qu’un film dans un film avec des longueurs au début et à la fin ben c’est long  dommage, le film aurait pu être plus prenant fait différemment et exploiter de façon différente surtout.
Dom Domi
Dom Domi

55 abonnés 362 critiques Suivre son activité

4,5
Publiée le 6 juin 2026
Mystérieux film aux couleurs volcaniques dans lequel se figent, après l'explosion des ressentiments, les êtres aimés. Le sont-ils, au fait ? Oui mais non, pas suffisamment en tout cas pour permettre aux sentiments de s'exposer véritablement. Gâchis ? Non, la vie et ses méandres insondables
Antoine
Antoine

46 abonnés 77 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 14 juin 2026
Dés la scène d'ouverture, au demeurant très réussie, l'histoire se déploie lentement et par petites touches. Rien n'est dit et tout est suggéré et révélé progressivement à chaque scène, dans ce film tout en psychologie et en finesse. Du scénario au jeu d'acteur en passant par l'image, un cinéma complet et de très bonne facture se donne à voir.
Pascal l.
Pascal l.

47 abonnés 88 critiques Suivre son activité

4,5
Publiée le 25 mai 2026
Une leçon de cinéma, de jeu d'acteurs, de mise en scène,... La scène du début met tout de suite dans l'ambiance. Cependant on ne peut pas réduire le film à un simple règlement de compte pere-fille. Au delà de cette problématique la mise en scène, les flash back, l'alternance noir & blanc, couleur,... tout est exploité pour un rendu intelligent, riche et émouvant. S'il n'y a pas une palme ou un Oscar je ne comprends plus rien.
Yann B
Yann B

47 abonnés 75 critiques Suivre son activité

2,0
Publiée le 19 mai 2026
Ce film ne m’a pas captivé. J’ai trouvé la mise en scène étouffante avec un abus de cadrages en gros plan et de dialogues cérébraux, noyés sous des paroles superflues. Au final, c'est un copier-coller plutôt prétentieux du très bon film « Valeur sentimentale ».
Patjob
Patjob

44 abonnés 765 critiques Suivre son activité

3,0
Publiée le 28 juin 2026
Dans le film est cité une phrase de Liv Ulmann : « Plus la caméra est proche, moins on peut mettre de masques ». Pour conter les retrouvailles d’un père et de sa fille, Rodrigo Sorogoyen a choisi ce parti pris : filmer les acteurs au plus près. C’est frappant dès la très bonne et longue première scène et cela continuera presque constamment. Ce qui donne aux excellents acteurs l’occasion de faire ressentir des sentiments aussi variés que subtils, tant dans leurs expressions que dans leurs silences. C’est l’un des grands intérêts du film. Les autres sont la qualité des dialogues et la pénétration dans le monde du cinéma, avec les coulisses et les embûches du tournage d’un film. En jouant sur les deux tableaux, intime et collectif, le cinéaste livre un film très intéressant sur les différents rapports de pouvoir, mais sans la force qui se dégageait de ses précédents opus. PS : l’utilisation du noir et blanc pour plusieurs plans ou séquences m’a semblé échapper à toute logique.
The CritizMan
The CritizMan

64 abonnés 310 critiques Suivre son activité

1,0
Publiée le 19 mai 2026
L’ÊTRE AIMÉ de Rodrigo Sorogoyen est le genre de film qui se regarde lui-même avec une admiration presque narcissique. Pendant plus de deux heures, on suit… un tournage de film déjà profondément ennuyeux. Le résultat est un long exercice d’auto-contemplation où il ne se passe finalement pas grand-chose.

La mise en scène multiplie les effets de style : noir et blanc, couleur, pellicule, numérique, format CinémaScope, puis 4:3. Sur le papier, cela pourrait avoir du sens. À l’écran, cela ressemble surtout à une démonstration technique gratuite, qui n’apporte rien à un propos déjà très faible. Le film change de forme sans jamais gagner en substance.

On sent la volonté de proposer une réflexion sur le cinéma, la mémoire et les relations humaines, mais le tout reste froid, prétentieux et terriblement soporifique.
Guillaume LR
Guillaume LR

43 abonnés 165 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 1 juin 2026
Raté à Cannes car le film passait avant mon arrivée, j''ai pû rattraper en salle le dernier film de Sorogoyen, que j'apprécie beaucoup dans ce qu'il peut proposer au cinéma.
L'impression qui prédomine quand je sors de L'être aimé est celle de la confusion. Sorogoyen joue avec la mise en scène et je m'interroge sur la justification des effets qui pourraient sembler n'être juste qu'une expérience sensorielle. On passe du scope au 4:3, de la couleur au noir et blanc, du son diégétique à une bande originale extradiégétique, d'un son direct à un son dans un casque pris par des micros de tournage, d'un son postsynchronisé sans aucune ambiance à un son plus naturel...
La caméra est parfois celle du tournage, parfois une caméra de making of on dirait, parfois une caméra de souvenirs familiaux, parfois juste une caméra externe. On passe du point de vue subjectif au point de vue objectif en un clin d'oeil... Bref le réalisateur joue avec ces mises en abîme et nous invite dans un tourbillon d'idées.
Mais il ne faudrait pas que cette surenchère fasse perdre le fil des émotions au spectateur. Heureusement le duo d'acteurs principal est très impliqué et joue tout en retenue cette relation père-fille qui ne tient qu'à un fil. Cette relation est mise fortement en parallèle avec la relation realisateur-acteur sur les plateaux de tournage, au point qu'on se demande dans quelle mesure Sorogoyen parle de lui dans ce film.
Le cadrage reste en gros plan voire très gros plan, excepté quelques vues de paysages qui viennent comme une bouchée d'oxygène nous faire respirer. Mais Sorogoyen parvient à rendre ces cadrages tout de même très créatifs notamment sur la première scène de discussion entre le père et sa fille.
Le film est passé à côté du palmarès à Cannes mais nul doute qu'il trouvera son public.
Corbett
Corbett

43 abonnés 123 critiques Suivre son activité

5,0
Publiée le 17 mai 2026
Quelle claque ! Immense film de cinéma ! Bardem au sommet.
Émouvant sur de rapport entre ce père et sa fille, connecté à son époque sur la fin des violences morales dans le travail et cette ancienne genretion qui a du mal à s’y adapter, d une classe et inventivité cinématographique démente. Le GRAND film de 2026 !
Aston L
Aston L

42 abonnés 112 critiques Suivre son activité

5,0
Publiée le 17 mai 2026
Tout simplement un chef d oeuvre , film exceptionnel porté par deux stars !! A voir sur le plus grand écran possible
Mélany T
Mélany T

46 abonnés 840 critiques Suivre son activité

3,5
Publiée le 19 mai 2026
La mise en scène est excellente, la montée en tension et le malaise des personnages sont virtusoses même si certains effets n'étaient pas nécessaires. Le récit est passionnant et captivant mais il est dommage qu'on reste souvent dans le point de vue (néanmoins subtil) du père. L'ensemble reste remarquable.
Pierre842
Pierre842

44 abonnés 496 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 16 mai 2026
Le film "l'être aimé" m'a beaucoup fait penser au film "Valeur Sentimentale" de Joachim Trier.

Javier Bardem était excellent dans son rôle de père et de réalisateur. Victoria Luengo était aussi excellente. J'ai beaucoup aimé ce duo père-fille.
Une scène que j’ai beaucoup apprécié où on rie de la situation et d’un grand coup de pression où ça doit être sérieux.
Shawn Atreides
Shawn Atreides

37 abonnés 55 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 31 mai 2026
Après El Reino, Madre et As Bestas, Sorogoyen persiste et signe un film d’une élégance et d’une profondeur rares.

De chaque scène transsude la tension sous-jacente d’une double dynamique filiale et professionnelle, complexe et irrésolue.

Javier Bardem, dans un rôle en langue maternelle, emprunte toutes les ramifications d’un jeu trouble et puissant, face à une Victoria Luengo qui tente de reconquérir sa place dans un échiquier familial et professionnel contrôlé par celui qui, jadis, a fait se dérober le sol sous ses pieds.

La mise en abîme ose et puise dans une boîte à outils fournie pour faire émaner toute la puissance évocatrice de cette friction intérieure qui consume nos deux protagonistes.

Cette tension est renforcée par une seule et unique apparition musicale, contrainte elle aussi entre sa condition intra et extradiégétique. Il en va de même pour l’incursion ponctuelle d’un noir et blanc (sublime) pour sceller la dichotomie, reine du métrage.
Laurent
Laurent

35 abonnés 13 critiques Suivre son activité

5,0
Publiée le 23 mai 2026
Un magnifique film qui interroge la masculinité avec ses dimensions paternelle, sociale et individuelle dans une mise en abîme qui ne cesse de nous faire passer d’un pan à l’autre de la réalité, à travers le point de vue des personnages.
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