Après les très bons El Reino, Madre et As Bestas, Rodrigo Sorogoyen nous gratifie d’un quasi-chef d’œuvre avec une double histoire, celle du tournage d’un film ambitieux par un réalisateur célèbre et tout puissant interprété par un Javier Bardem très convaincant et celle de la rencontre entre un père qui revient en Espagne (le même Bardem) après 13 ans à Hollywood, et sa fille. Interprétée par une Victoria Luengo admirable, Emilia exprime avec une intensité parfaitement juste les espoirs et les désillusions de cette rencontre avec son père disparu. La qualité technique du film - impressionnante scène d’ouverture - laisse cependant toute sa place à l’émotion activée tant par les magnifiques dialogues, un scénario intelligent et une direction d’acteurs au sommet. Le palmarès de Cannes ne devrait pas oublier de primer ce film.
Deux histoires pour le prix d'une. Celle d'un film en train de se faire, et celle d'une relation en train de se refaire . Pour les deux, c'est difficile, joyeux, imprévisible. Avec ce film Rodrigo Sorogoyen se tourne vers la douceur, sans perdre beaucoup de l'intensité qui fait sa réputation, complètement mérité pour ma part. Il y a beaucoup d''acuité, une qualité dans les images, les non-dits et les regards. Le film passe vite malgré qu'il y ait peu de rebondissements. Javier Barden impose sa puissance mais reste sensible, et Victoria Luengo imprime la rétine, dans un mélange de légèreté et de gravité. Cela pourrait faire une belle palme
Rodrigo Sorogoyen est un génie du cinéma. Il nous a fait flipper dans "As bestas", balladé pendant 2 heures avant de nous mettre une gifle magistrale dans "El reino", voici qu'il peint les relations distandues entre un père et sa fille dans toute la violence des paroles et des non-dits. Javier Bardem interprète le rôle d'un réalisateur reconnu qui offre le rôle principal de son nouveau film à sa fille qu'il n'a presque pas vue depuis 20 ans. Le spectateur s'attend à démêler les aléas d'une réconciliation familiale difficile mais Sorogoyen va beaucoup plus loin ; il filme les corps, les regards, les gestes, les silences qui racontent le double rapport de force qui anime la rencontre du père avec sa fille. La scène du tournage du repas extérieur est magistrale, d'une tension incroyable, ramenant Victoria Luengo (qui interprète Emilia) à sa position d'enfant. C'est subtil et brillant. C'est Sorogoyen, quoi.
Un réalisateur de renommé international propose le rôle principal à sa fille, qu’il a perdu de vue depuis de nombreuses années. Des retrouvailles professionnelles et personnelles qui vont donner lieu à un tournage quelque peu chaotique. Avec ce film centré sur le cinéma, Rodrigo Sorogoyen propose une histoire complexe, tortueuse, mais au rythme un peu décousu. Malgré quelques scènes de tension, très réussies et malaisantes, je trouve le film un peu sans intérêt.
Présenté en CO à Cannes 2026 ( au moment où j' écris ces quelques lignes, j' ignore s'il obtiendra un prix ), " El ser querido " s'inscrit plutôt dans la veine intimiste que Rodrigo Sorogoyen avait déjà abordé avec son " Madre " ( seul opus du réalisateur que je n' avais pas aimé).
Malheureusement si le point de départ est passionnant ( un cinéaste qui a abandonné sa fille il y a treize ans, lui propose le rôle principal dans son prochain film ) à l'écran le rendu final l'est nettement moins.
On reconnaîtra un vague cousinage avec " valeur sentimentale" grand prix ( cannes 2025 ), mais le film du Norvégien Joachim Trier était très largement plus réussi.
Blessure émotionnelle d'abandon, de perte et vraisemblablement carence affective laissé comme un trou béant dans l'âme de sa fille.
Mais aussi problème de paternité, exposé trop en surface, ou la part de narcissisme n' est sans doute pas bien loin, dans cet artiste de renom dont la surface sociale cache un vide de substance humaine, d'empathie et de valeur tout simplement.
Les dialogues sont la plupart du temps beaucoup trop superficiels ( la seconde partie est toutefois meilleure que la première ), de nombreuses scènes sont presque totalement dépourvues d'intérêt, dans cet opus qui devient trop long par la difficulté qu'éprouve le cinéaste à transmettre des émotions.
Il reste la prestation de Javier Bardem, acteur de premier ordre, formidable comme toujours qui domine l'ensemble de la distribution.
Finalement Sorogoyen éprouve autant de difficulté à traiter son sujet, que son personnage principal, accompli au plan professionnel, mais impuissant au plan émotionnel, montre son incapacité à demander pardon, à s'expliquer clairement, à prendre sa fille dans ses bras et lui dire qu'il l'aime ! Ça se laisse voir, mais pas beaucoup plus !
Un cinéaste réputé retourne dans son Espagne natale pour tourner un film avec sa fille dont il s’est éloigné.. Évidemment les retrouvailles sont houleuses. Ce film arrive à créer une tension sur cette histoire de filiation inexistante. On a tous besoin d’un père mais comment le devient on si on a jamais vraiment voulu endosser le rôle? La mise en scène de Sorogoyen est très réussie, il cadre au plus près de ses personnages, comme lors de la formidable scène d’ouverture. Et c’est sans doute l’une des meilleures compositions de Javier Bardem. Après son très bon « As Bestas » et sa série « Los Anos Nuevos » le réalisateur espagnol s’impose comme l’une des valeurs sûres du cinéma européen.
Film d'une grande ambition, porté par ses deux principaux interprètes, L’être aimé pèche par son manque de fond. Le cinéaste parvient régulièrement à créer une profonde tension entre les personnages, mais au final l'ensemble ne constitue que des affaires de famille assez conventionnelles. Le point intéressant du film est de venir questionner la limite entre les conflits relationnels surmontables et le moment où un individu dépasse totalement les bornes, provoquant une rupture définitive. Cette question importante se traduit spoiler: par une très longue scène de tournage où le cinéaste dérape totalement et s'enfonce dans les outrances.
Étrangement, alors que le récit cherche à explorer la complexité des caractèresspoiler: , il se complaît en un plan où l'on voit le gentil petit papa qui maltraite tout le monde pleurer devant l'image de sa fille. Cette conclusion simpliste gâche une fin de film sans imagination.
Un père réalisateur et une fille actrice, longtemps perdus de vue, se retrouvent pour le nouvel opus du premier. Bien sûr que l'on pense à Valeur sentimentale de Joachim Trier, grand prix du jury l’an dernier, mais la comparaison s’arrête là, le réalisateur du réalisateur espagnol Rodrigo Sorogoyen faisant du déroulement du tournage le nerf d’un récit qui met en parallèle la tentative de réconciliation père-fille et les rapports de pouvoir sur un plateau de cinéma… Esteban Martinez (Javier Bardem), cinéaste espagnol internationalement reconnu, demande à sa fille Emilia (Victoria Luengo), une jeune actrice qu’il n’a pas élevée et n’a pas vue depuis 13 années, de tenir le premier rôle dans son nouveau film, « Désert », alibi, on le comprend, pour retrouver cet enfant qui s’est détaché de lui….C’est le genre de film qui se regarde lui-même avec une admiration presque narcissique. Pendant plus de deux heures, on suit… un tournage de film déjà profondément ennuyeux. Le résultat est un long exercice d’auto contemplation où il ne se passe finalement pas grand-chose. La mise en scène multiplie les effets de style, (pourquoi diable ces passages en noir et blanc ?), couleur, pellicule, numérique, format CinémaScope… Sur le papier, cela pourrait avoir du sens, à l’écran, cela ressemble surtout à une démonstration technique gratuite, qui n’apporte rien à un propos déjà très faible. On sent la volonté de proposer une réflexion sur le cinéma, la mémoire et les relations humaines, mais le tout reste froid, prétentieux et terriblement soporifique…Pas franchement apprécié ce film pourtant largement encensé par la critique…et multi récompensé aux Goyas...mon impression générale…bavard, saoulant …saoulant le rythme effréné, le niveau sonore des bavardages et des altercations…la confusion des personnages… Après plus de deux heures de film, on n’a toujours pas compris le rôle exact de plus des 3/4 des personnages, tout est confus, brouillon, quasiment incompréhensible. Les dialogues sont tellement rapides que le sous-titrage n'arrive pas à suivre et, avec ce texte qu'on lit, on perd une grande partie de ces dialogues…
Quand un film parle de cinéma, je pars souvent avec un excellent a priori, et Rodrigo Sorogoyen confirme une nouvelle fois la règle avec *L'Être aimé*. Ce drame captivant nous plonge dans les coulisses ultra-réalistes d’un tournage espagnol où un réalisateur (interprété par un Javier Bardem impérial et magnifiquement complexe) dirige sa propre fille. La mise en abîme est totale, riche et d’une justesse rare. Visuellement, Sorogoyen se montre particulièrement généreux – peut-être un poil trop démonstratif en alternant les angles, les objectifs, le noir et blanc et la couleur –, mais la proposition est tellement somptueuse qu'on se résout à juste en profiter, jusqu’à sourire bêtement face à beauté et la justesse de certaines séquences. Une œuvre marquante, portée par un Bardem au sommet de son charisme. À voir absolument.
Même si j'avais préféré son précédent film , "As Bestas" , c'est là un beau film de Rodrigo Sorogoyen , même si de mon avis il y a des effets de style un peu inutile comme ce passage au N&B dans certaines situations , à travers cette relation père-fille conflictuelle avec des regards qui peinent à se croiser . Javier Bardem est là au au sommet de son art face à une intense Victoria Luengo .
Ai vu « L’être aimé » du réalisateur espagnol Rodrigo Sorogoyen qui était en Compétition lors du Festival de Cannes 2026. Une scène d’ouverture magistrale, où en plan large s’installent autour d’une table dans un restaurant, un père réalisateur très connu, Esteban Martinez (Javier Bardem) et sa fille comédienne, Emilia (Victoria Luengo) qui a du mal à enchainer les contrats. Ils ne se sont pas vus depuis 13 ans. La caméra se rapproche de plus en plus, pour au bout de 15 minutes coller littéralement aux visages des deux artistes qui ont un mal fou à communiquer, tant les silences, le non-dits et les mensonges prennent toute la place. Esteban propose à Emilia de tourner dans son prochain film. Celle-ci accepte. Mais les semaines de travail et de création au lieu d’être un moment de rapprochement, deviennent un vraie souffrance tant Esteban est imprévisible, colérique, tyrannique. L’ambiance de tournage est infernale ce qui éloigne encore plus le père et la fille. C’est surtout formellement que le film est intrigant et intéressant, un montage d’une grande intelligence, des ruptures abruptes dans les formats, un enchainement de la couleur et du noir et blanc... Javier Bardem est incroyable en metteur en scène tempétueux (on pense à Pialat, Zulawski…) et Victoria Luengo est toujours intense en fille observatrice mais qui sait sortir les crocs au bon moment. Sorogoyen privilégie le temps long et l’étirement à l’excès de certaines scènes pour mieux en faire ressortir la tension étouffante et insupportable. Le réalisateur mixe plusieurs thèmes qui lui sont chers, la confrontation brutale entre deux camps (As Bestas), le retissage de lien familiaux (Madre), le fait de se retrouver piégé en vase clos dans une situation qui prend des proportions hallucinantes (El Reino). Si le film est dense et comporte de très belles idées de cinéma il ne m’a jamais touché. Tout comme « Histoires parallèles » de Farahdi et « Autofiction » d’Almodovar également en Compétition à Cannes, la magnificence de la forme phagocyte le fond. Tout trois aussi ont pour point commun de raconter le quotidien d’artistes en souffrance et d’avoir des scénarios qui manquent d’universalité à une époque où tout est prêt à exploser à chaque instant.
La croisette a l’air d’être emballée par ce film sorti en salle en même temps que sa projection ; c’est de plus en plus fréquent, et je salue ce geste qui permet aux passionnés de cinéma de partager les débats de la Quinzaine au même rythme que les festivaliers. Mais pour mon compte, fan de Rodrigo Sorogoyen de la première heure, celui-ci est un mode mineur par rapport aux précédents ; je préfère sa tonalité sèche déployée dans ses thrillers/polars. Dans cette histoire d’un père qui essaie, sur le tard, de rattraper le temps perdu avec une fille qu’il n’a que très peu vu ; la tension, marque de fabrique du metteur en scène, est bien présente. Cependant, mis à part les affrontements entre deux acteurs irradiant la film (Javier Bardem et Victoria Luengo) par leurs puissances, le film peine à passionner. La mise en abyme du combat de coq entre un père essayant de rattraper le temps perdu et une fille qui a besoin de solder le passé pour repartir par le prisme d’un tournage de cinéma dans lequel le père est le réalisateur et la fille l’actrice principale peine à convaincre. Comme beaucoup de film tentant le grand écart entre un drame personnel et le film ; çà donne l’impression d’un microcosme qui se regarde le nombril. Sorogoyen en profite donc, et avec talent, pour déployer la palette de son savoir-faire impressionnant, parfois même excessive : « kaléidoscope narratif, maelström d’images, de formats, de couleur, de grain ». Ce film interroge la mauvaise conscience que devrait avoir le spectateur en voyant des œuvres magistrales obtenues par des abus de pouvoir du metteur en scène pour obtenir de ses équipes son attendu. L’art justifie-t-il l’excès de moyens ? Mais interroge aussi, dans ce post « Me Too », la masculinité toxique et autoritaire sur les tournages. De fait les questions existentielles posées par cette relation père fille ratée sont diluées inutilement dans un tournage qui n’a guère d’intérêt à part un tête à tête très fort.
Ce qui frappe immédiatement dans L’Être aimé, c’est à quel point son point de départ évoque celui de Valeurs sentimentales : dans les deux cas, un père absent tente de renouer avec sa fille en la faisant jouer dans son nouveau film. Mais Rodrigo Sorogoyen y injecte quelque chose de plus brut, de plus amer, fidèle à la dureté de sa filmographie.
Dès l’ouverture, le cinéaste impose son style, avec une longue scène de retrouvailles au restaurant, et un sens de la mise en scène exemplaire : un champ-contrechamp où les visages empiètent constamment l’un sur l’autre dans le cadre, traduisant à lui seul toute la complexité de la relation père-fille.
Sorogoyen prouve une nouvelle fois que l’une des grandes forces de son cinéma est sa maîtrise pour raconter les choses par l’image. Il privilégie des scènes souvent étirées, qui installent un inconfort latent ou une tension presque insoutenable. Le meilleur exemple reste cette scène de tournage autour d’un repas, qui restera gravée par la puissance qu’elle dégage et la manière dont elle fait basculer le film.
Dans cette relation père-fille, minée par la rancœur, tout passe moins par le dialogue que par les silences et les regards. Ils se parlent, mais restent constamment dans la méfiance, incapables de baisser la garde, se cherchant du regard sans jamais vraiment se trouver. Sorogoyen accentue encore cette complexité par l’usage du noir et blanc, ainsi que par des changements de formats et de grains, qui traduisent les variations émotionnelles et la fragilité du lien. Un procédé parfois trop appuyé, là où son cinéma sait habituellement se montrer plus subtil.
Mais si la mise en scène est l’un des grands atouts du film, il repose tout autant sur la direction d’acteurs, domaine dans lequel Sorogoyen excelle une nouvelle fois. Il pousse ses interprètes dans des zones de jeu extrêmement fines et instables, avec une justesse remarquable.
Victoria Luengo est une véritable révélation. Elle impressionne par sa retenue et sa capacité à faire exister une colère sourde sans jamais la surjouer. Elle incarne cette fille constamment sur la défensive, mais traversé de failles profondes.
Face à elle, Javier Bardem est tout simplement fascinant. Il incarne un père à la fois terrifiant et parfois profondément attachant, capable de basculer en une fraction de seconde. Il dégage une chaleur et un charme indéniables, toujours rattrapés par quelque chose de plus sombre et inquiétant. Bardem joue cette ambiguïté avec une maîtrise impressionnante et s’impose clairement comme un sérieux prétendant à la palme du meilleur acteur.
Avec L’Être aimé, Sorogoyen confirme son talent rare : celui de filmer les relations humaines avec une maîtrise absolue de la tension, où mise en scène, cadre et jeu des acteurs deviennent indissociables. Un cinéma exigeant, parfois jusqu’à l’excès, mais d’une intensité qui ne laisse jamais indifférent.
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