Ennui sublime et distingué
Le Lion d’Or à Venise pour le grand Pedro Almodovar ! C’est sa 1ère grande récompense et pour cela, il aura fallu qu’à plus 75 ans, il tourne son 1er film aux USA, en langue anglaise, servi par deux stars d’Hollywood… Pour le moins paradoxal. D’autant que ces 107 minutes sont loin d’être son meilleur film… en tout cas son plus personnel. Ingrid et Martha, amies de longue date, ont débuté leur carrière au sein du même magazine. Lorsqu’Ingrid devient romancière à succès et Martha, reporter de guerre, leurs chemins se séparent. Mais des années plus tard, leurs routes se recroisent dans des circonstances troublantes… C’est esthétiquement très beau, mais de ce sujet grave et touchant ne surgit que trop peu d’émotion. Une dissertation sur la mort trop maîtrisée pour toucher le fond du cœur.
Quel est donc ton tourment ? C’est ainsi que s’intitule le roman de Sigrid Nunez qui a inspiré ce mélodrame qui, à force de vouloir éviter tout pathos, ne provoque pas l’émotion espérée. Malgré une mise en scène très – trop ? – léchée, des images d’une beauté sublime, des décors somptueux, on attend d’un bout à l’autre d’être bouleversé par cette fin de vie programmée. C’est évidemment très bavard et malgré le talent des deux actrices, l’ennui finit par gagner sournoisement le spectateur. Même le minuscule suspense final ne parvient pas à nous sortir d’une sorte de torpeur, de celle que je déteste quand je suis assis dans un fauteuil de cinéma. Almodovar ou pas ! La presse crie évidemment au génie. Pour moi, ce 23ème film du maître espagnol ne fait que confirmer qu’il s’éloigne, malgré des qualités évidentes, de ce qu’il a été avec des chefs d’œuvre comme Julieta – pour moi son dernier grand film -, La Piel que habito, Volver, Parle avec elle, Tout sur ma mère, Talons aiguilles, Attache moi !, ou Femmes au bord de la crise de nerfs… mais là, je suis remonté jusqu’à 1988 ! C’est vous dire.
Heureusement, ce mélo qui refuse d’en être un, est servi par deux comédiennes exceptionnelles, Julianne Moore et Tilda Swinton. Almodovar adore les actrices et il le prouve encore une fois. Les apparitions de John Turturo et Alessandro Nivola sont à noter. Le point fort de ce drame, c’est son aspect lumineux, solaire, pudique, fidèle à ce que dit Martha : Je ne veux pas d’une agonie avilissante. Sur ce point, le film est élégant et désespéré comme les tableaux de Hooper qui ornent les murs de la villa… Mais l’émotion dans tout cela ?