Le texte anglais est si facile à comprendre, que l'on a envie de regarder The room next door sans sous-titre.
Le sujet de la fin de vie décidée est un thème rare, mais tellement essentiel.
Le sujet divisera, c'est normal, Martha, jouée par une Tilda Swinton, délicate, sans fard ni masque, déterminée et sereine, le dit et comprend le refus de celles qui ne souhaitent pas "l'accompagner".
En revanche, quand on a déjà accompagné les derniers moments d' un proche, ami ou parent, on ne pourra que se sentir conforté dans le choix que l'on a fait, ici brillamment mis en images par Almodovar.
Le maitre s'est assagi depuis Julietta, et sa mise en scène, apaisée, ainsi que les décors, colorés, choisis comme toujours avec soin, servent sans faute le propos.
Rien n'est anodin à l'écran, et quand on cite à plusieurs fois, le dernier film de John Huston, The dead, on se demande si le testament de Pedro n'est pas ce film.
Les sujets annexes, qui peuvent paraitre bien banals, voir inutiles, sont en fait nécessaires pour donner encore plus de relief à la démarche de Martha:
le retour du Vietnam du père de sa fille ou l'insistance d'un inspecteur de police ultra rigide sur la morale religieuse.
L'amant de l'amie est également secondaire, mais pas anecdotique quand Martha se retourne pour tirer le bilan de sa vie. A l'écran, cependant, ce sont deux femmes qui à nouveau sont à l'honneur. Et acceptent de jouer le jeu du temps qui passe.
Tableau de Hopper, couleurs hitchcockiennes, extrait de Buster Keaton, on ne chipote pas sur les références, pour un peu allait arriver la ballade de Narayama!
Ce n'est pas le passage à l'anglais qui a changé Almodovar, c'est la course du temps qui inexorablement ralentit la course de ce grand espagnol, tout comme sa musique d'accompagnement. Ne regrettons rien de son exubérance passée, elle devient sagesse et retour à l'essentiel, la beauté d'un décor, ou du chant d'un oiseau.
cinéma janvier 2025