Le réalisateur soviétique Timur Bekmambetov avait été reconnu à l’international grâce au succès de son « Night Watch » en Russie il y a vingt ans maintenant. Un cas rare de blockbuster russe qui avait su s’exporter un peu partout. Si la suite, « Day Watch », avait été bien moins appréciée, ce diptyque désormais daté lui a ouvert les portes d’Hollywood. Il a alors signé le sympathique « Wanted : choisis ton destin » avec Angelina Jolie, blockbuster idiot mais parfaitement distrayant. La suite fut moins glorieuse avec « Abraham Lincoln, chasseur de vampires », parfait exemple du nanar à gros budget et, surtout, le gigantesque accident industriel et flop commercial de son remake de « Ben-Hur ». Et, depuis dix ans, le cinéaste semble être en pleine traversée du désert en tant que réalisateur mais il ne chôme pas en tant que producteur...
Et c’est particulièrement avec cette mode de films qui se déroulent entièrement par écrans interposés et en temps réel qu’il s’est illustré. Il a produit sur ce créneau de l’horreur, avec le très réussi et flippant « Unfriended », mais surtout du thriller ou film policier avec « Searching – portée disparue » ou encore « Missing – Disparition inquiétante ». Des films concept prenants à défaut d’être de grandes œuvres. Avec « Reconnu coupable », il reprend le chemin de la réalisation avec un budget confortable (60 M$ quand même hors frais marketing), des stars (Chris Pratt et Rebecca Ferguson) et ce type de mise en scène par écran mixé à un film d’action normal en live, tout cela baigné avec un contexte d’anticipation où l’IA peut devenir juge de crimes. Un air de « Minority Report » forcément et surtout un monde représenté (2029 ici) terriblement tangible à tel point que c’en est effrayant tant la techno-surveillance est partout. Bide au box-office, détruit par la majorité des critiques et pas forcément nanti d’une grande ambition, cette série B de luxe vaut pourtant bien plus que ce que l’on a pu dire d’elle et offre un moment de divertissement captivant, ludique et efficace. Ce qui, à notre époque, est déjà pas mal. En tout cas l’heure et demie que dure le film passe à une vitesse folle et sans accroc.
C’est certain, « Reconnu coupable » loupe le coche du film à thèse. Loin de l’inspiration d’un Spielberg ou d’un Cameron sur le sujet (et de bien d’autres depuis), l’IA au centre de la justice ici était propice à moultes développements sur la question. Malheureusement, Bekmambetov sacrifie toute velléité de controverses ou de débats sur l’autel du rythme, du suspense et du spectaculaire. Vu la présence de l’outil dans nos sociétés actuelles c’est un peu frustrant et lâche. On se demande également ce qu’est venue faire Rebecca Ferguson là-dedans si ce n’est payer ses impôts tant ce rôle d’IA est indigne de son talent. Sinon, le film démarre fort et se dirige jusqu’à un final explosif et spectaculaire sans aucun temps mort. Et il faut avouer que l’intrigue est prenante et plutôt bien ficelée. Visuellement, le film alterne bonnes idées et moments plus cheap pour un résultat sympathique et cool qui risque cependant de mal subir le poids des années. Néanmoins, c’est un bon petit divertissement du samedi soir maîtrisé et qui permet de passer un moment de détente accroché à son fauteuil.
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