Father Mother Sister Brother
Note moyenne
3,0
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238 critiques spectateurs

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vincent COLLIER
vincent COLLIER

67 abonnés 221 critiques Suivre son activité

3,0
Publiée le 14 janvier 2026
Ne vous attendez pas à un film palpitant.... Ce sont 3 histoires de famille hélas très banales. Mais ça reste du Jim Jarmusch, donc parfois original visuellement, et avec des acteurs qui tiennent la route, plus que le volant du chariot de cinéma.... Les scènes de rue du Paris des 18e et 19e arrondissements tranchent avec les quartiers chics privilégiés par les cinéastes français....
jcfandeux@gmail.com
jcfandeux@gmail.com

8 abonnés 115 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 13 janvier 2026
Incompréhension entre génération, absurdité et futilité de la vie; on s impose des contraintes sans vraies raisons ni sentiments !
sylounette
sylounette

59 abonnés 243 critiques Suivre son activité

1,0
Publiée le 13 janvier 2026
Jarmusch m'a déçue et je ne comprend pas que ce film ait pu être primé !
Il ne se passe rien, il n'y a pas d'émotion, c'est long et sans aucun intérêt !! Ce n'est pas parce Rolex se retrouve dans les 3 histoires que cela apporte quoi que ce soit !
Clem Lepic
Clem Lepic

63 abonnés 364 critiques Suivre son activité

3,5
Publiée le 13 janvier 2026
Film en 3 chapitres, comme l'indiquent le titre et l'affiche, dans 3 lieux différents (Etats-Unis, Irlande, France).
En commun dans ces 3 histoires un lien parent-enfant froid et distant avec peu de conversations. Lors des retrouvailles bien que rares, le temps leur paraît long et ayant du mal à trouver des choses à se dire/à faire, les personnages trinquent alors à l'eau, au thé, au café.
Film sur le non-dit entre les parents et les enfants, dans les deux sens, les vies qu'on fait semblant d'avoir pour garder l'image du parent ou de l'enfant qu'on a toujours fait croire qu'on était.
Dernier chapitre "Brother Sister" filmé dans les rues de Paris, avec une façon de filmer qui m'a fait penser à Gaspard Noé.
La marque de montre Rolex est mentionnée dans chaque chapitre, mais pourtant pas dans le générique de fin.
Col'ette
Col'ette

6 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 13 janvier 2026
Un gros coup de coeur
Beau film, émouvant, poétique. A voir sur grand écran.
Paris tellement filmé. Et superbement joué.
Cinéphiles 44

1 666 abonnés 4 646 critiques Suivre son activité

3,5
Publiée le 13 janvier 2026
Jim Jarmusch revient avec "Father Mother Sister Brother" sous la forme d’un triptyque aussi élégant que déroutant. Trois courts-métrages autonomes, portés par un casting impressionnant, qui partagent une même mélancolie et un goût prononcé pour les marges, les silences et les gestes anodins chargés de sens. Jarmusch filme ces fragments de vie avec son minimalisme habituel, laissant les acteurs exister dans l’ellipse et la retenue. Peu à peu, des motifs reviennent et tentent de tisser un lien entre les trois récits : cette étrange phrase : "Bob est ton oncle", répétée comme un code secret ; cette question absurde mais insistante : "peut-on trinquer avec de l’eau ?" ; des skateurs filmés au ralenti ; et enfin cette Rolex. Ces éléments, présents dans chaque segment, agissent comme des balises. Le spectateur cherche alors un point de convergence entre ces indices, une révélation finale qui viendrait justifier ce jeu de miroirs, sans jamais la trouver réellement. Ce refus de conclure laisse le triptyque inachevé, comme s’il manquait une dernière pièce pour que l’ensemble prenne tout son sens.
C Monteilh0
C Monteilh0

1 abonné 9 critiques Suivre son activité

5,0
Publiée le 13 janvier 2026
J’ai adoré, c’est du Jarmush, au top de la sensibilité et de la beauté des sentiments, excellents acteurs
Laurent A.
Laurent A.

59 abonnés 470 critiques Suivre son activité

4,5
Publiée le 4 février 2026
ça faisait très longtemps que je n'avais pas vu ou revu un film de Jim Jarmusch mais celui-ci m'a instantanément fait repenser à "Night on Earth" (1992) que j'avais beaucoup aimé, on retrouve un montage en plusieurs volets, en plusieurs endroits sur la planète Terre (Etats-Unis, Irlande, et...France avec Paris pour toile de fond, à apprécier en VO !) pour des épisodes de vie dans lesquels chacun peut se reconnaître :
Un père qui est content de revoir ses enfants mais qui est aussi heureux de rester libre malgré tout ce qui semble lui manquer dans la vie;
Une mère qui a deux filles aussi différentes l'une que l'autre avec une hérédité à l'image de la couleur rouge qu'elle partagent toutes les trois pour ce partage autour d'un goûter raffiné façon Tea-Time, une façon de montrer que très souvent les enfants n'ont que peu à voir avec l'un et/ou l'autre de ses deux parents même s'ils ont été très présents dans leur éducation...
Et il en est de même dans une fratrie, elle peut être tout aussi dissemblante que fusionnelle comme le montre les deux derniers volets de la trilogie.
L'esprit de Jim Jarmusch est là qui nous distille son point de vue à la fois tendre et lucide sur la forme et l'intensité de la trame qui fonde les liens familiaux. Avec ces trois petites tranches de vie, il porte vers les spectateurs trois éclairages différents mais tous aussi lucides les uns que les autres comme si les facettes de nos liens familiaux recevaient tour à tour chacune leur propre éclairage, une vue en mosaïque qui forme un ensemble tout à la fois disparate et cohérent, comme en témoignent ces points communs glissés ça et là tout au long de la narration... Les dissemblances affichées ne font au final que confirmer l'unité et l'universalité de la force des liens familiaux, malgré les distances, malgré les absences, malgré les non-dits et les différences de mentalités et de ressentis.
Miguelithor
Miguelithor

7 abonnés 41 critiques Suivre son activité

3,5
Publiée le 19 janvier 2026
[UNE ALLÉGORIE DE LA FAMILLE]

Ce long-métrage se déploie comme une véritable allégorie de la cellule familiale, explorée à travers une mise en scène d'une précision chirurgicale. Le film s'articule autour de trois récits enchâssés, semblables à des contes modernes, dont les transitions oniriques assurent une unité thématique et scénaristique saisissante.

Une mise en scène de la répétition

L'unicité du propos repose sur des choix esthétiques forts qui soulignent l'atavisme familial :
• L’uniformité visuelle : Le fait que les protagonistes arborent les mêmes vêtements d’une histoire à l’autre renforce l'idée d'un destin commun, presque interchangeable.
• La symétrie des corps : Les plans zénithaux, capturant les personnages accomplissant les mêmes gestes, illustrent une forme de conditionnement ou de mimétisme héréditaire.
• L’évolution du langage : L'expression « Bob's your uncle » (et le tour est joué) sert de fil conducteur sémantique. D'abord mal comprise, elle est ensuite réutilisée avec une politesse de façade — masquant un décalage absurde — pour finir par habiter un instant de pure mélancolie, chargée du poids des souvenirs.

Le portrait d'une famille entre déshumanisation et nostalgie

Le film dépeint avec finesse la dysfonctionnalité des dynamiques familiales. Par exemple dans la première mini-histoire, on y observe notamment la figure d’un père excentrique, dont la fantaisie cache mal le vide laissé par le deuil. Face à lui, des enfants « formatés », prisonniers d’un ennui profond et d’une existence presque déshumanisée.
Au cœur de cette grisaille, l’apparition des skateurs agit comme une épiphanie visuelle. Ils représentent cette lueur d’espoir, le spectre d'une jeunesse perdue et d'une insouciance révolue, brutalement rattrapée par la rudesse des drames domestiques.
Cet élément de mise en scène fera une apparition récurrente au gré des deux autres mini-histoires racontées dans le film.

La famille : un socle irrémédiable

À mesure que le récit progresse, les rapports se ressentent illustrant comment la famille passe du statut d'obligation à celui de refuge. Pourtant, le film souligne que ce socle, aussi complexe soit-il, reste l'élément central de l'identité humaine : une structure que l'on ne choisit pas, mais dont l'absence laisse un vide éternel.

C’est une œuvre à la fois simple et profonde qui, en prenant le temps d'installer ses personnages, nous offre des moments de poésie d'une grande richesse thématique.
Lolatanneur
Lolatanneur

6 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 12 janvier 2026
Avec Father Mother Sister Brother, Jim Jarmusch propose un triptyque minimaliste sur les liens familiaux, fait de silences, de malentendus et de distances irréductibles. Chaque segment explore une variation émotionnelle différente. Porté par des acteurs très justes, le film touche par sa délicatesse et sa pudeur, mais peut aussi frustrer par son extrême dépouillement, donnant parfois l’impression d’une esquisse plus que d’un récit. Un film élégant, mélancolique, qui observe la famille comme un lieu de transmission fragile et de solitude persistante.
Cadreum
Cadreum

60 abonnés 780 critiques Suivre son activité

3,0
Publiée le 12 janvier 2026
Qui est le film ?
Après Paterson, The Dead Don’t Die ou Coffee and Cigarettes (dont il s'apparente le plus), Father Mother Sister Brother promet peu et tient cette promesse à la lettre. Observer des enfants adultes confrontés à leurs parents ou à leur absence. Explorer ce qui circule encore ou non, entre des êtres liés par le sang mais séparés par le temps, les choix, les silences. Ici, juste trois segments autonomes, reliés par un thème aussi universel que miné : la famille.

Par quels moyens ?
Comme toujours chez Jarmusch, le refus de l’événement agit comme un principe organisateur. Le déplacement en voiture, l’attente, le silence, la conversation qui n’aboutit à rien. Là où le cinéma à tendance à dramatiser les conflits familiaux par l’affrontement, la révélation ou l’explosion émotionnelle, Jarmusch observe leur forme la plus courante et la plus douloureuse : l’inadéquation. Rien n’arrive, au sens spectaculaire. Qui plus est, Jarmusch met juste en présence des états relationnels comme somme d'événements passés sans l'expliciter.

Le premier segment, centré sur le père, repose entièrement sur le malentendu. La mise en scène capte finement l’angoisse d’un retour, la difficulté d’entrer à nouveau dans un espace familial. Le film capte ce moment où l’on se prépare à affronter un parent sans savoir exactement ce que l’on attend de lui. Tom Waits incarne un père qui ne correspond à aucune des catégories que ses enfants projettent sur lui. Cette indétermination est intéressante mais elle reste cantonnée à un seul registre. En synthèse, la fameuse tirade sur les drogues est à la fois comique et tragique. Elle montre un homme qui répond littéralement à une question mal posée, montrant l’impossibilité d’un langage commun. Chacun parle depuis un monde qui n’est plus partagé. Cependant, le film observe sans jamais déplacer son point de vue. Le malaise s’installe, puis se maintient, sans véritable variation.

Là où le père était une énigme passive, la mère est une présence active, structurante et écrasante. Charlotte Rampling compose une figure de mère-artiste qui a choisi l’œuvre plutôt que l'affection et qui en assume les conséquences sans les expliquer. Le film ne juge jamais cette femme. Il montre simplement ce que ce choix a produit chez ses filles : une rivalité figée dans l’enfance et une quête de reconnaissance qui ne trouve jamais de point d’aboutissement. Tim et Lilith ne sont pas seulement en compétition l’une avec l’autre. Elles sont en compétition avec une mère qui refuse de descendre de son piédestal. Pourtant, là encore, le dispositif s’épuise rapidement. La mère reste une figure conceptuelle et les filles peinent à exister autrement que comme symptômes de son pouvoir.

Le dernier segment, centré sur le frère et la sœur endeuillés, introduit une douceur nouvelle. Les échanges sont plus fluides, les silences moins lourds. Ce segment est aussi celui de la transmission réussie. Les parents, malgré leur marginalité et leurs zones d’ombre, ont laissé quelque chose de vivant. Une sensibilité, un goût, une capacité à être au monde. On sent une tentative d’ouverture, une idée de transmission apaisée. Mais cette respiration arrive tard et semble appartenir à un autre film. Elle révèle par contraste la rigidité des segments précédents, sans parvenir à les rééclairer rétroactivement.

La fragmentation en trois parties, censée offrir une polyphonie familiale, fonctionne comme une variation sur un même motif mais où l’ensemble manque de frottement. Les récits ne dialoguent pas réellement entre eux. Ils s’additionnent plus qu’ils ne se répondent. Le film observe la famille sous trois angles, mais sans jamais faire surgir un point de friction qui dépasserait le constat.

Quelle lecture en tirer ?
Father Mother Sister Brother est un film honnête, juste, mais aussi étrangement inoffensif. Il regarde la famille comme un lieu d’échec du langage mais sans risquer autre chose que l’observation. Ce qui reste, ce sont des instants précis : une route enneigée, un thé trop silencieux, deux jumeaux qui parlent simplement de leurs parents morts. Des fragments touchants, mais isolés. On ressort avec le sentiment d’avoir vu un film conscient de ses limites mais un peu trop satisfait de les habiter. Un cinéma qui sait regarder, indéniablement, mais qui regarde ici sans se mettre en danger.
Fernanda Guapa
Fernanda Guapa

6 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 12 janvier 2026
Une mise en scène de la distance, faite de cadres rigoureux, de silences éloquents, de dialogues réduits à l’os, où l’essentiel se joue moins dans ce qui se dit que dans ce qui ne peut plus se dire.
Willard_S
Willard_S

30 abonnés 66 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 12 janvier 2026
Un excellent triptyque sur la famille à l'instar de ce qu'elle est : parfois touchante, acerbe, cynique et délicieusement émouvante. Et quel casting !
Damien DURAN
Damien DURAN

3 abonnés 77 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 12 janvier 2026
Laissez vous bercer par ces histoires familiales qui nous amènent dans un monde où les apparences sont trompeuses. La poésie grinçante de Jarmush nous a séduit.
Theo
Theo

35 abonnés 1 074 critiques Suivre son activité

3,0
Publiée le 12 janvier 2026
J’y suis allé avec l’envie très simple de retrouver ce que j’aime chez Jarmusch : cette façon de filmer les gens comme on écoute une chanson un peu bancale, en laissant l’air circuler entre les mots, en faisant confiance aux silences, au décalage, à la grâce de l’instant. Et sur ce point, *Father Mother Sister Brother* de Jim Jarmusch coche beaucoup de cases… parfois même un peu trop. Le film se présente comme un triptyque de récits familiaux, trois “moments” autour d’enfants devenus adultes et de liens distendus, dans des cadres et des humeurs différents. L’idée est belle : faire résonner la famille comme un pays étranger où l’on revient sans parler la langue, où les gestes sont connus mais les codes ont changé, où l’on cherche des preuves d’amour dans les détails — un regard, une tasse posée, une phrase qu’on n’ose pas finir — plutôt que dans les grandes déclarations.

Ce qui frappe d’abord, c’est la cohérence de ton : une comédie-drame à la fois tendre et sèche, drôle sans chercher la vanne, mélancolique sans tirer la couverture “tristesse prestige” sur chaque scène. Jarmusch filme comme s’il retirait volontairement la mousse : pas d’esbroufe, pas de climax fabriqué, pas de surlignage émotionnel. Les conversations sont souvent des trajectoires obliques : on parle de tout sauf du sujet, on contourne l’essentiel par politesse, par fatigue, par peur de réveiller quelque chose d’irréparable. Et c’est justement là que le film est le plus juste : dans ce réalisme discret des retrouvailles où chacun arrive avec son bagage invisible, convaincu d’être raisonnable, et finit par se rendre compte qu’il est surtout rempli de non-dits.

La mise en scène, elle, joue l’économie. Plans qui laissent le temps de “s’installer”, cadres composés avec une simplicité presque entêtée, humour qui naît d’un décalage de tempo — une réponse qui arrive trop tard, un silence trop long, une politesse trop insistante. Le film a l’élégance des choses qui n’appuient pas. On sent une vraie attention aux corps : la façon dont un personnage reste debout alors qu’il devrait s’asseoir, dont un autre s’occupe de la vaisselle comme s’il réparait une relation, dont un troisième fuit une pièce comme on fuit une question. Jarmusch a toujours aimé observer les rituels du quotidien, et ici ça devient le langage même du film : la famille n’est pas un “thème”, c’est une chorégraphie de petites habitudes qui ne se synchronisent plus.

Et il faut le dire : le casting a de quoi faire saliver, avec ce mélange de visages très “jarmuschiens” et d’interprètes qu’on n’attend pas forcément dans ce registre-là. Les comédiens, sans jamais chercher la performance démonstrative, existent à l’écran avec une présence simple, presque documentaire. Il y a des regards qui racontent plus que les dialogues, des manières de tenir une cigarette, de s’asseoir, de sourire par réflexe. Le film fonctionne souvent comme ça : il n’essaie pas de vous convaincre par le scénario, il vous attrape par une attitude, une micro-expression, un détail de voix. On peut sortir d’une scène en se disant qu’il ne s’est presque rien passé et, pourtant, garder en tête une sensation très précise : celle d’un malaise poli, d’une tendresse empêchée, ou d’une complicité qui se cherche.

Là où je deviens plus partagé, c’est que cette “écriture du peu” finit par tourner un peu sur elle-même. À force de privilégier l’esquisse, certaines séquences ressemblent davantage à des vignettes brillamment jouées qu’à des histoires qui avancent. C’est assumé, je le comprends, mais ça demande une disponibilité totale du spectateur : accepter que l’intérêt soit dans la nuance, pas dans la progression. Or, dans un triptyque, l’inégalité se voit immédiatement. Quand une partie vous touche moins, vous avez le sentiment d’attendre la suivante plutôt que de vous laisser porter. Et même quand une scène est excellente, le film a parfois cette tendance “musée” : on admire le cadre, la justesse, la musicalité du dialogue… et on reste légèrement à distance de l’émotion, comme si l’œuvre avait peur de se salir les mains avec le débordement.

C’est d’autant plus paradoxal que le sujet, lui, est tout sauf froid : la famille, l’âge, la culpabilité, la place qu’on occupe — ou qu’on n’occupe plus — dans la vie des autres. Le film sait pointer quelque chose de très vrai : les parents deviennent des énigmes au moment précis où on aimerait enfin les comprendre, et les enfants adultes rejouent malgré eux des rôles anciens, même quand ils jurent avoir changé. Mais cette lucidité est traitée avec une retenue si constante qu’elle finit par uniformiser les émotions. J’aurais aimé, à un moment, sentir un vrai risque : que le film ose une scène moins “contrôlée”, un écart de ton, un instant de gêne ou de joie qui ne soit pas immédiatement ramené à la neutralité élégante. En l’état, c’est beau, souvent fin, parfois même assez drôle… mais un peu trop sage pour vraiment marquer au fer.

Techniquement, c’est très soigné sans être tape-à-l’œil : une photographie qui sait rendre chaque lieu habité, un montage qui laisse respirer mais qui, du coup, accentue aussi les longueurs quand l’écriture patine, et une utilisation de la musique qui intrigue parce qu’elle n’est ni omniprésente ni totalement absente — plutôt un contrepoint discret, comme une radio dans une autre pièce. Jarmusch semble vouloir que le spectateur écoute le film autant qu’il le regarde : les bruits de pas, les portes, les respirations, les silences qui deviennent presque des répliques. C’est un vrai parti pris, et il peut être hypnotique… ou légèrement anesthésiant, selon votre humeur du jour.

Ce que j’apprécie beaucoup, malgré mes réserves, c’est la manière dont le film traite la morale. Il n’y a pas de méchants, pas de procès, pas de jugement définitif. Juste des gens maladroits, fatigués, parfois égoïstes, parfois généreux, souvent incapables d’exprimer la bonne chose au bon moment. Le film comprend que dans une famille, on peut aimer très fort et blesser très fort sans l’avoir prémédité, simplement parce qu’on ne sait pas faire autrement. Et il évite aussi le piège du “tout se réconcilie” facile : il préfère laisser planer l’ambiguïté, comme dans la vraie vie, où l’on ne résout pas tout en deux heures, où l’on repart parfois avec plus de questions que de réponses. C’est intelligent, adulte, et plutôt rare.

Mais voilà : intelligent et rare ne veut pas automatiquement dire bouleversant ou indispensable. *Father Mother Sister Brother* est pour moi un film qui se respecte plus qu’il ne se lâche, un Jarmusch délicat, parfois précieux, qui offre de très beaux moments d’observation humaine mais qui, sur la durée, donne aussi la sensation d’un exercice de style confortable — l’art de l’ellipse, la gêne feutrée, l’humour sec, la mélancolie en sourdine. Ceux qui aiment Jarmusch pour son minimalisme et sa poésie du quotidien y trouveront clairement leur compte. Les autres risquent de rester sur le pas de la porte, à regarder la scène sans jamais vraiment y entrer.

En sortant, je me suis senti comme après une conversation avec un proche qu’on n’a pas vu depuis longtemps : il y a eu des instants précieux, des choses qu’on a reconnues, une tendresse réelle… et pourtant, on a évité l’essentiel. C’est peut-être exactement ce que le film veut provoquer, et en ce sens il est réussi. Mais en tant que spectateur, j’avoue que j’en attendais un peu plus : un frisson de vie, un vertige, ou simplement une surprise qui fasse basculer l’ensemble. À la place, j’ai eu un objet élégant, parfois touchant, souvent malin, mais qui me laisse un souvenir moins fort que ses meilleures œuvres — un film que je ne regrette pas d’avoir vu, mais que je ne défendrai pas non plus comme un incontournable.
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