La Venue de l'avenir est un film à deux temps, mettant en parallèle l'enquête de quatre "représentants familiaux" d'un héritage qui cherchent à connaître la valeur du contenu d'une vieille maison de campagne délabrée ; et l'histoire de l'aïeule qui y a vécu... Errance poétique, nostalgie élégamment critiquée ("Ah vous-autres les jeunes, vous ne savez plus parler !", dixit le charretier du 19ème siècle... On a bien rigolé), rapport à l'art contre le réel à chaque époque (inutile de dire que dans cette famille qui pense fric, on est l'apiculteur joliment naïf, presque niais mais tellement attachant, joué brillamment par Vincent Macaigne), costumes qui nous font tourner la tête (peut-on avoir une expo, Monsieur Klapisch ? Il y a de nombreuses scènes où l'on a été emporté par la beauté des canotiers, chapeaux à cocottes, robes endimanchées, complets pour messieurs, et froufrous des dames de courtoisie... Tout est un véritable rince-l'œil), mais aussi une image subtilement retravaillée (les scènes "1895" ont été réfléchies - merci chef-op' - pour ressembler à des peintures impressionnistes : légèrement floues, couleurs sépias, et beaucoup de plans qui se regardent comme des tableaux tous prêts à être accrochés au mur...). Dans tous les sens du terme, La Venue de l'avenir est un beau film, qui fait honneur à la qualité de ce que Cédric Klapisch arrive à sortir de son chapeau (un chapeau melon soigneusement épousseté, si l'on en croit son caméo à gauche dans la calèche de transport à 3/4 de film : on a montré du doigt le Monsieur aux 12 autres spectateurs de la salle, qui étaient quand même contents de pouvoir mettre un visage sur le nom du réal, chapeau melon ou pas). On se sent presque obligé, dans le final qui laisse un petit laps de temps après la question pragmatique d'un personnage : "Le cinématographe ? Mais à quoi ça sert ?", de répondre (avec la même philosophie artiste que Klapisch) " A rien, et c'est ce qui le rend magnifique, car tout le monde y vient par envie, et non par besoin.". Ici encore, La Venue de l'avenir est un film majeur de sa production, à ne pas négliger, sinon vous passeriez à côté d'un magnifique final "d'un prof à la retraite" (on a versé une larme), d'un jeune qui dit "merci" à son papy (ce qu'on devrait tous faire, à un moment de nos vies), d'une jeune femme qui reprend confiance dans ses relations amoureuses chaotiques (21è siècle oblige), d'un apiculteur trop beau rêveur pour ce monde, et surtout d'une jeune femme qui voyage jusqu'à la grande ville pour tout découvrir d'elle-même, et qui elle veut être. Suzanne Lindon crève l'écran, ou plutôt la toile joliment impressionniste de ce Klapisch inspiré, et inspirant : asseyez-vous, et prenez le temps de contempler. Quelques tâches de couleurs sans contours, et un peu de vague à l'âme : ce film vous fera grande impression.