On nous promet l'avenir, et c'est le passé qui vient nous cueillir. Car c'est en regardant derrière lui que le film trouve comment avancer. Cédric Klapisch laisse vite tomber l'héritage notarial pour creuser le vrai sujet : ce qui passe à travers nous sans qu'on le sache, ces ancêtres qu'on ne connaîtra jamais mais dont on est pétri. Son plus beau geste tient dans un vertige en miroir car pendant que des descendants exhument peu à peu une aïeule, cette aïeule, à son époque, part elle aussi à la recherche de ses propres origines. Comme si la même quête se répondait à un siècle de distance. À force de vouloir fixer le temps (par la peinture, la photo, le cinéma) alors qu'on en prend aujourd'hui plus d'images en 30 secondes que tout le XIXᵉ siècle n'en a laissées, n'aurait-on pas, à trop vouloir retenir la vie, oublié de la vivre? Son idée de cinéma la plus juste est de faire de la forme le filmé en anamorphique, en couleurs d'autochrome, avec des cadrages volés à Monet et Degas, pendant que notre époque s'affiche nette et froide. Le Montmartre reconstitué a une vraie beauté de tableau, et certains plans (l'avenue de l'Opéra qui s'allume pour la première fois) coupent le souffle. Par moments, on jurerait que la caméra elle-même est en train de se souvenir.
Tout n'est pas maîtrisé, loin de là. Le scénario est trop lisible, trop facile. Un film qu'on ressent plus qu'on ne le suit. Et le casting fait le travail sans m'emporter. Même Suzanne Lindon, juste, manque de ce supplément d'âme qui aurait tout fait basculer. Mais l'essentiel est ailleurs. Ce film touche un nerf intime : il nous renvoie à nos propres morts, à ces vies d'il y a cent cinquante ans qui, au fond, ressemblent tellement à la nôtre. Ce n'est peut-être pas un grand film, c'est mieux : un moment offert pour faire revivre les nôtres, les aimer, et comprendre qu'aucun siècle ne nous sépare vraiment.