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Je ne sais pas exactement ce que j’attendais en allant voir La Venue de l’avenir. Peut-être rien. Peut-être juste le besoin de me laisser surprendre. Et pourtant, le film m’a pris autrement. Pas à la gorge, pas aux larmes faciles non plus. Il m’a pris de biais, comme une pensée qu’on ne termine jamais vraiment, mais qu’on garde avec soi pendant plusieurs jours.
Klapisch filme ici quelque chose d’à la fois minuscule et vaste. Une maison de famille, un grenier, quatre cousins qui se retrouvent pour ranger, trier, comprendre, ou juste se croiser à nouveau. Mais très vite, ce décor banal devient poreux. Ce n’est plus seulement une maison, c’est un passage, un lien vers quelque chose d’enfoui. Et ce quelque chose, il ne l’explique jamais vraiment. Il le laisse apparaître par fragments, comme ces souvenirs qui reviennent sans prévenir, avec leur odeur, leur son, leur flou.
Il y a dans ce film une manière très particulière de traiter le temps. Ce n’est pas un flashback, ce n’est pas du fantastique, ce n’est même pas un dispositif. C’est plus doux que ça. Les personnages d’aujourd’hui croisent ceux d’hier sans les déranger. Ils les observent presque en silence. Le passé n’est pas convoqué, il est là, en veille, dans les murs, dans la lumière qui tombe sur une vieille valise.
Les acteurs sont justes sans chercher à l’être. Vincent Macaigne est désarmé, comme souvent, mais avec une sorte de retenue nouvelle. Zinedine Soualem, solide et fatigué. Julia Piaton ne dit pas grand-chose mais impose une présence. Et surtout, Suzanne Lindon, qu’on découvre ici presque à contre-emploi : grave, tenue, comme si elle portait en elle une génération entière. Elle n’incarne pas le passé, elle le laisse transparaître.
Visuellement, c’est très simple, mais jamais neutre. Le chef opérateur Alexis Kavyrchine travaille les matières, la lumière naturelle, la pénombre. Par moments, on a l’impression que la caméra est en train de se souvenir elle aussi. La musique de Rob est discrète, presque absente, ou alors tellement fondue dans l’image qu’on oublie qu’elle est composée. Mais elle agit. Elle soutient. Elle veille.
C’est un film qui ne dit pas tout. Et c’est pour ça qu’il reste. Il y a des silences, des scènes qui n’aboutissent pas, des dialogues interrompus. Des gestes qui ne signifient rien mais qu’on reconnaît. Ce n’est pas un scénario au sens classique, c’est une traversée. Une tentative de recomposer un lien à partir d’objets brisés. C’est parfois un peu lent, parfois trop elliptique, mais c’est toujours habité.
Je ne sais pas si c’est un grand film. Je sais juste qu’il m’a fait penser à ma propre mémoire. À ces gens dont je viens et que je ne connaîtrai jamais. Et c’est assez rare pour être noté. Alors oui : 80 sur 20. Pour le trouble, pour le silence, pour ce que ça remue sans faire de bruit.