D'une beauté renversante, "La venue de l'avenir" est une curiosité beaucoup plus sensée qu'elle n'en a l'air. Si la bande-annonce pouvait quelque peu dérouter, cette idée saugrenue (de prime abord) d'alterner les deux époques s'avère en effet bien plus évidente à l'écran grâce au génie du metteur en scène et scénariste qui propose un objet cinématographique d'une belle originalité et surtout d'une grande sensibilité. Entre une reconstitution soignée et particulièrement réjouissante de La Belle Époque, une belle maîtrise des transitions et surtout une grande inventivité dans les choix scénaristiques, le scénario emballe, embarque et emporte le spectateur dans une joyeuse quête initiatique, autant pour les personnages du film que pour lui-même. Je craignais de m'ennuyer lors des séquences "modernes" du film (car le Paris de 1895 est un sujet qui me passionne depuis toujours) mais, au contraire, je pense avoir autant apprécié les deux époques et la partie contemporaine est en fin de compte tout aussi efficace et passionnante. Les personnages sont parfaitement croqués et les scènes de vie toujours réalistes. J'ai également apprécié l'humour et la satire de notre époque (certes, un peu facile, mais qui prête à sourire). Cette enquête familiale est un joli prétexte pour réunir des personnalités que tout oppose et livrer une réflexion pertinente sur nos comportements, nos relations sociales et surtout notre rapport au passé, à ce qui nous a précédés. Car "La venue de l'avenir" interroge avant tout la notion de temps et livre un message d'une grande justesse pour qui sait le décrypter : à force de vouloir saisir le temps, de le fixer sur un support (par la peinture, la photographie ou encore le cinéma, ce que fait justement Cédric Klapisch) et de regarder toujours vers l'avenir, on en oublie de réellement « vivre » le temps, et surtout de revenir à nos origines pour comprendre d'où l'on vient. Cette morale parfaitement distillée est servie par la poésie des thèmes traités (notamment la magnifique évocation du mouvement impressionniste) et surtout par le charme incontestable des comédiens : Vincent Macaigne est irrésistible aux côtés d'une Cécile de France absolument exquise et d'une Julia Piaton toujours très spontanée. Les jeunes révélations Suzanne Lindon, Paul Kircher, Vassili Schneider et surtout Abraham Wapler, tous très justes, apportent un vent de fraîcheur et d'authenticité qui s'inscrit à merveille dans l'ADN du film, celle de la filiation, du temps qui passe et de l'urgence de le saisir pour se construire une identité. D'où la volonté de courir après ce temps, quête nécessaire qui donne naissance à la beauté artistique et métaphysique, à défaut de réellement pouvoir vivre cette beauté fugace et physique des choses. Ce film se déguste comme un bonbon, avec autant de légèreté que de profondeur, comme une poésie délicate sur la nécessité de l'art pour sublimer et fixer la réalité, dans une infinie beauté, tant sur la forme que sur le fond. Un grand moment de cinéma et d'humanité.