Je ne suis pas une fan absolue de Cédric Klapisch, mais aujourd'hui, j'ai adoré cette histoire pleine de tendresse, de famille et de transmission
Voilà qu'une maison bien délabrée en pleine campagne normande, abandonnée depuis longtemps, mais proche d'une zone commerciale, allèche des promoteurs: on pourrait construire un parking de 3000 places! avec un toit en panneaux solaires pour être écolo! Mais pour ça il faut retrouver les ayant droit; un notaire et une généalogiste se mettent au boulot et en retrouvent une trentaine.
Quatre parmi ceux ci vont être désignés pour suivre l'affaire et procéder à l'ouverture officielle de la vieille maison: une seule femme, Céline (Julia Piaton), une femme cadre très sérieuse et compétente mais qui se bat avec des problèmes de coeur; Abdel (Zinedine Soualem), un professeur de lycée bien équilibré à la veille de la retraite; Seb (Abraham Wepler), un jeune désigner informatique qui tourne et monte des clips, assez sympas ma foi, et Guy: Vincent Macaigne est absolument génial en apiculteur très écolo, très mêle tout... et totalement attendrissant dans sa bonne volonté et dans ses certitudes. Vincent Macaigne est excellent, mais ils sont tous très bons,, très justes, bien caractérisés
Ah, cette maison.... les murs sont recouverts de photos, de ces photos noir et blanc où l'on posait devant un photographe, d'autres un peu plus récentes, et un tableau bien encrassé mais qui ressemble quand même à un tableau impressionniste.
Nos quatre, qui se sont pris au jeu, vont suivre l'une des femmes des photos, Adèle (Suzanne Lindon).... et nous autres spectateurs aussi, nous allons la suivre dans sa montée à Paris pour retrouver sa mère (Sara Giraudeau) au cours de mille et mille péripéties; on saute de la vie de Suzanne à celle des quatre, clic, cloc, passant d'une époque à l'autre à partir d'un lieu, d'un fait.. C'est extrêmement fluide et bien fait; on se sent jamais le forcé, l'exercice de style, le système. Bien sûr, in fine, le spectateur en saura bien plus sur Suzanne et Odette que nos détectives amateurs. Même si une prise d'ahyahuasca apporté par... devinez qui, Guy bien sûr, fait basculer dans le fantastique dans une scène, le clou du film, où personnages du passé et personnages du présent se mélangent.
Pourquoi cela me touche? Parce que j'ai, moi aussi, beaucoup de photos de famille dont je ne sais pas toujours identifier les participants... un arrière grand oncle.... oui mais lequel??. et celle ci, serait ce vraiment notre aieule, mais encore toute jeune? Un cousin féru de généalogie nous a permis de débrouiller un certain nombre de faits. Bon, chez Klapisch, en remontant dans le passé on rencontre du beau monde, Claude Monet et Nadar, entre autres, excusez du peu... vous aurez surement moins de chance en remontant barreau par barreau votre arbre généalogique, vous y trouverez plus de cultivateurs et d'épiciers, mais vous y prendrez sans doute le même plaisir
A la fin du film nos quatre sont plein d'une certitude : ils "font famille", et ça aussi j'aime beaucoup.
La photographie de Klapisch, c'est un des charmes du film, s'attarde avec tendresse sur cette campagne normande qu'il voit d'un oeil impressionniste...et j'ai aussi adoré sa reconstitution du Montmartre d'avant son urbanisation, lorsque un des côtés de la butte était encore couvert de champs, ce que l'on appelait le "Maquis de Montmartre" et de carrières