Un film à très grands moyens, et plutôt ambitieux.
Hélas, Cédric Klapisch nous a habitué à beaucoup mieux.
Depuis son dernier bon long-métrage (Ce qui nous lie), il s’enlise dans certains automatismes (Deux mois) ou dans la pontification (En corps).
Ces deux aspects persistent encore dans ce nouveau film.
En outre, si « La venue de l’avenir » se distingue par son début et sa fin plutôt réussis, et la rencontre de deux époques, il n’évite pas l’écueil de la confrontation qui gêne son propos sur la transmission.
En détail :
« La venue de l’avenir » est très intéressante dans la vision et le dialogue de deux périodes. Mais que Klapisch néanmoins place quasi-systématiquement sous le signe de la confrontation.
Avec :
- un présent forcément désespérant dans ses narcissismes et mesquineries, bien que parfois plus éclairé dans son anticonformisme et son appréciation artistique.
- et un passé qui, même s’il n’est pas plus réjouissant, se raconte forcément plus pittoresque et aventureux.
Le présent baigne ainsi dans une atmosphère morne et peu inspirée -où tous se laissent aller-, alors que le passé -où tous humbles ou puissants sont bien mis pour la plus grande joie de la costumière- ne peut s’empêcher d’avoir rendez-vous avec l’Histoire (cochant toutes les cases des personnalités et des événements importants).
Cette opposition quasi-systématique nuit à une bonne lecture du film, qui est pourtant celui de l’héritage (en tant que sentiment de filiation). D’ailleurs, à chaque époque, plusieurs personnages ressortent la rengaine du c’était-mieux-avant.
On regrette aussi un 19e s. en Normandie et Paris radieusement figé au mois de juillet (avec un départ de Normandie, sous les coquelicots, pourtant en avril 1895) ou au contraire une visite dans un lieu célèbre clairement imprégné d’une ambiance très printanière (alors que cela est censé se passer à la fin d’été).
La protagoniste principale est plutôt bien écrite, et son interprétation impeccable. Mais les autres personnages sont, malgré un côté attachant, pétris de clichés et de stéréotypes dans l’excès : l’idéaliste trop béat, le nonchalant perdu, l’affairiste amère et l’érudit méticuleux dans le présent ; le sensible et l’arriviste dans le passé.
Certains acteurs en profitent pour cabotiner, mais cela semble artificiel cette fois-ci.
Néanmoins, le film est sauvé par un excellente scène d’introduction (qui en dit long sur notre époque), et les quelques conclusions où l’on retrouve enfin la fraîcheur spontanée de Cédric Klapisch (une certaine scène de départ à la retraite), une douceur sincère (dans un tête-à-tête de l’héroïne avec un dernier personnage) et un très beau générique de fin (qui exprime vraiment ce qui nous lie avec notre passé et nos parents lointains du présent, et ceci mieux que dans le film).