Quatre personnages qui ne se connaissent pas se retrouvent réunis pour démêler une histoire qui, dit-on dans le synopsis, les changera. L'idéal étant que cela nous affecte nous-mêmes - et ce sera le cas (les quatre acteurs y sont pour beaucoup). Klapisch réussit à montrer que "ça fait du bien de regarder derrière quand on regarde toujours devant". Suspense et émotion garantis...
A la base, l'histoire est simple : on est en 1895, une campagnarde perd sa grand-mère qui l'a élevée et part à la recherche de sa mère ; elle débarque à Paris, sans même savoir écrire, dans un monde qui la choquera, dans tous les sens du terme, mais sans que ça ne change sa volonté d'en revenir. L'idée est une caverne d’Ali Baba, pour qui a le sésame, en l'occurrence Klapisch. L'histoire nous plonge dans cette grande époque d'avant les guerres mondiales, celle de la photo versus la peinture, celle du Rat Mort (cabaret de Montmartre qui n'existe plus), des becs de gaz, du Train Bleu (qui existe toujours), etc. Et la bande des quatre d'aujourd'hui qui démêle cette histoire est un film dans le film, une aubaine pour Klapisch, qui se sert d'une époque pour en appréhender une autre, c'est-à-dire surtout appréhender des personnages, et accessoirement régler quelques comptes avec notre (pauvre) époque
.
On ne peut que louer l'art de Klapisch, même si certains chercheront des logiques dont il se moque. Il y va fort parfois, comme dans la scène de mysticisme - et alors ? Il sait filmer la lenteur d'une émotion, autant que la violence d'une autre. Les scènes d'époque sont un plaisir des yeux, donnant l'impression que tout n'est que froufrou. Celles d'aujourd'hui sont faites de pauvreté verbale et de désespérance ambiante - la jacasserie introductive nous a même fait peur (acteurs qui surjouent), mais elle était sûrement volontaire. Les transitions d'une époque à l'autre sont particulièrement bien gérées : ici, un décor est l'invariant d'une scène à l'autre ; là, c'est un simple regard ; là encore, c'est une lettre d'amour, qu'un personnage écrit en 1895 et qu'un autre personnage relit en 2025.
En marge de ces histoires, qui ont leur charge de suspense et d'émotion, un sujet particulier est abordé, commencé mais pas terminé (Klapisch nous laisse gamberger ?). C'est celui de l'impressionnisme, né peu après la photographie, qui a déjà quatre-vingt ans en 1895. En ce temps-là, on disait que la peinture allait disparaître. Or, c'est l'exact contraire qui s'était passé... Et l'un de nos personnages qui fouillent dans la vie d'Adèle est justement un créateur de contenu (Abraham Wapler). Bien qu'il se serve de la photo numérique, il semble garder un cerveau d'impressionniste (un descendant de Monet ?). La peinture n'est toujours pas morte !