Le nouveau long métrage de Cédric Klapish est un exercice de style qui, dans sa forme et sa narration, ne manque pas d’intérêt. En effet, son idée est de faire se succéder sans arrêt et très vite les années 2025 et les années 1895, entremêlant autant que possible ses scènes et en soignant les transitions. Parfois c’est un peu téléphoné mais le plus souvent cela fonctionne bien. On a souvent l’impression que les deux époques se parlent et se répondent et tout cela donne au final une copie assez soignée sur la forme. Belle bande originale, mélange écartelé entre deux antipodes temporels finalement pas si éloignés : la chanteuse Pomme et « Nini peau d’chien ». Du point de vue Paris 1895, le chef décorateur, l’accessoiriste et les costumiers ont bien fait leurs devoirs. C’est un très beau Paris qui s’affiche devant nos yeux un peu émerveillés : une Tour Eiffel toute neuve, un Sacré Cœur en chantier, un Paris éclairé aux lampadaires à pétrole, un Paris champêtre où on va chercher le lait dans les fermes de Montmartre, un Paris bouillonnant de nouveautés techniques (photographie, électricité, cinématographe) et de créations artistiques, tout est bien pensé, bien documenté, pas de grossières erreurs historiques ni d’anachronismes flagrants, je sais que c’est le minimum qu’on peu espérer mais ça fait donne toujours un aspect rigoureux qui fait plaisir. Il y a pas mal d’humour dans « La Venue de L’Avenir » (je ne suis pas dingue du titre), parfois ça tombe un peu à l’eau mais parfois ça fait mouche.
Et puis, dans une seule scène, les deux époques se mêlent, c’est un moment improbable, presque surréaliste et qui ne manque pas de piquant.
Le casting est un casting très étoffé et 5 étoiles car en plus des rôles titres, il y a pléthore de seconds rôles bien écrits et de petites apparitions : Vincent Perez, François Berléand, Philippine Leroy Beaulieu ou encore Fred Testot venant incarner des personnages célèbres au fil des scènes qui se succèdent : ici Sarah Bernardt, là Victor Hugo. Au rayon des seconds rôles mention spéciale à Cécile de France en historienne de l’art un peu perchée, un peu snob, très différente des rôles qu’elle tenait habituellement chez Klapisch ! Pour les premiers rôles, que ce soit Vincent Macaigne (écolo lunaire), Julia Paiton (cadre dynamique en errance sentimentale), Zinédine Soulaem (prof de français un brin désabusé) ou Abraham Wapler (photographe sur Instagram) pour la période contemporaine ou Suzanne Lindon, Sara Giraudeau ou Paul Kircher pour le XIXème siècle, tout le monde fait le job. Pour Suzanne Lindon je n’étais pas optimiste au vu de la bande annonce, elle a hérité de son père cette apparence de fragilité qui aurait pu la desservir, mais finalement elle s’en sort bien. Le petit souci de « La Venue de l’Avenir » est que, même si le film est agréable, bien fichu, bien calibré et parfaitement interprété, on a un petit peu de mal à comprendre de quoi il parle vraiment. Cette recherche des racines communes pour « faire famille » me semble être un argument de fond assez fragile. Si message il y a, je le trouve un peu nébuleux. On sent que les personnages de 2025, qui ne se connaissaient pas du tout, se trouvent au fil de leurs recherches sur l’histoire d’Adèle, ils finissent par se lier (alors qu’ils sont très différents)
et même pour certain, à entrevoir leur propre vie et leur propre avenir avec davantage de clarté.
Quant à l’histoire d’Adèle en elle-même, elle aussi à la recherche de ses racines, elle trouvera dans le Paris de 1895 une certaine ouverture d’esprit,
et se découvrira une mère qu’elle ne soupçonnait pas et un père qu’elle imaginait encore moins
. J’imagine que c’est cela la colonne vertébrale du film : pour avancer vers l’avenir, il faut savoir d’où on vient : C’est imparable mais c’est un petit peu léger quand même. Il reste au final un film intéressant, souvent drôle, parfois pertinent et qui vaut surtout pour la (très) belle galerie de personnages qu’il propose.