Un bon film , assez original, qui s’intéresse à la vie de Cervantes dans sa jeunesse ,et qui va nous permettre de découvrir la vie rude , tumultueuse et guerrière des habitants du bassin méditerranéen au XVIe siècle . Les Maures chassés d’Espagne, installés à Alger sont sous domination Ottomane et les grandes villes du Maghreb deviennent des repères de pirates organisés et presque officiels . Ils enlèvent massivement des catholiques Européens ,( les historiens évaluent à plusieurs centaines de milliers d’européens enlevés et convertis de force durant ce siècle ). lls les emmènent à Alger (entre autres) , comme esclaves, soit pour demander des rançons, pour les nobles comme Cervantès, soit pour les utiliser comme esclaves ou les placer comme « garçons » dans les Barbors shops. Très belle description de l’époque, belle reconstitution de Alger ,de sa Kasbah , des marchés, du souk, des petits commerces exotiques ,du harem, des hammams, et de la vie quotidienne de l’époque.
Et puis il y a bien sûr le cheminement de ce jeune prisonnier qui passera 5 ans dans cette « prison » et qui se découvrira des talents d’imagination, de conteur, avant de pouvoir retourner en Castille pour devenir le plus grand écrivain en langue castillane, et auteur du célèbre « Don Quijotte » .
Cheminement personnel, endurance, rêverie, naissance de sentiments, nous assistons à l’évolution du personnage, comme une sorte de parcours initiatique. Le film doit alors un peu romancer, car il n’y a pas beaucoup de traces de la vie dans cette citadelle mauresque, ou sur la vie privée de Cervantès pendant ces 5 années. Idem, pour la romance avec le Pacha.
Amenabar ,qui réussit plutôt son film, avoue qu’il a « inventé » ou « supposé » cette romance sous le tropisme du XXeme siècle. Pour moderniser le sujet, et le rendre « gay friendly », pour valider aussi le jeunisme et le paganisme du XXIe siècle et la « théorie des petits plaisirs », développer par les deux héros.
C’est une interprétation, c’est une extrapolation, qui a gêné en Espagne, les puristes, les littéraires n’ayant pas apprécier que l’on « travestisse » la réalité, car aucun élément historique n’est là pour l’appuyer. Seules sont documentées les 4 tentatives d’évasion de Cervantes, et sa libération finale , très bien racontés dans le film.
Cette attraction amoureuse est très bien filmée, de beaux moments de cinéma, avec deux acteurs excellent qui sont au sommet, beaucoup de délicatesse donc dans l’approche, et une maestria à la réalisation pour Amenabar qui démontre ici tout son talent.