Quelle belle surprise ! Je ne m’attendais pas à cela de la part de Ryan Coogler. Il réalise là son meilleur film, et haut la main. De lui, je n’avais vu que Creed et le premier Black Panther, et j’avais trouvé ce dernier horrible.
On sent que Sinners est un projet personnel, mûri de longue date, à travers une réalisation habitée et immersive. Tourné avec des caméras Ultra Panavision 65 mm et IMAX 70 mm, Coogler change régulièrement de format — pas seulement pour les moments clés, comme cela se fait la plupart du temps, mais pour renforcer l’immersion cinématographique. Et je n’ai jamais vu un film qui mêle autant de formats avec une telle réussite : d’habitude, le changement de format me dérange et me sort du film, le temps de m’habituer au nouveau cadre imposé.
Et on ne le dira jamais assez : la pellicule est supérieure visuellement au numérique. Il y a un rendu d’image bien plus chaleureux et organique. Pour rappel, le format pellicule 70 mm correspond à environ du 12K en résolution numérique.
La réalisation est très habitée et vivante : il y a toujours de la figuration en mouvement, des décors détaillés et une magnifique reconstitution historique qui rend le film immersif et crédible.
Michael B. Jordan offre une très belle double performance, mais les autres acteurs ne sont pas en reste. J’adore leur manière de parler du Sud des États-Unis de l’époque, cela rend l’ensemble encore plus crédible.
Même le travail sur le son est vraiment réussi, et renforce l’atmosphère du film.
Ryan Coogler réussit à mixer les genres cinématographiques et à parfaitement les digérer pour les assembler dans un tout cohérent : film de gangsters, western, musical et vampirique. C’est tout un pan du cinéma que l’on ne voit plus beaucoup, réuni ici dans un ensemble cohérent, tout en proposant une charge politique sur la ségrégation américaine.
Mais si ce mélange des genres est aussi réussi, selon moi, c’est parce que le réalisateur établit un rapport mythologique et sacré à la musique noire américaine et à cette culture de manière générale.
J’ai beaucoup aimé cette immersion dans cet univers : on ne le voit pas si souvent que cela au cinéma, du moins en Europe.
Malgré tout, je ne trouve pas le film parfait. Les dialogues sont trop explicatifs alors que la mise en scène illustre déjà parfaitement ce qui est dit — il n’y avait pas besoin d’en rajouter.
Quand le film bascule dans le genre vampirique, il se rapproche trop de Une nuit en enfer : on retrouve presque les mêmes dialogues, placés au même moment.
La fin est un peu longue également.
Mais à part cela, c’était une belle surprise. Sinners est un vrai film de cinéma, immersif, mythologique et symbolique.