Film à la fois horrifique et dramatique, Sinners, écrit et réalisé par Ryan Coogler, est une proposition étonnante, pour un résultat de bonne facture. L'histoire se déroule en 1932, à Clarksdale, dans l’État du Mississippi, durant la Prohibition, et nous fait suivre Smoke et Stack, des frères jumeaux vétérans de la Première Guerre mondiale, qui sont de retour dans leur ville après avoir travaillé avec la pègre de Chicago. Ces deux gangsters, craints et respectés par la population locale, reviennent sur leurs terres afin d'acheter une ancienne scierie à un homme blanc très raciste nommé Hogwood, dans le dessein d'y ouvrir un bar juke joint le soir même. Pour cela, ils s'entourent de Sammie, leur jeune cousin guitariste et chanteur de blues, ainsi que d'anciennes connaissances pour qu'ils occupent certains postes lors de la soirée d’inauguration. Seulement, en début de soirée, alors que la fête bat son plein, un événement surnaturel et mortel va bouleverser tous les participants. Ce scénario s'avère plutôt plaisant à visionner, tout du moins au départ, tout du long de sa durée d'environ deux heures et quart. Une durée qui se fait franchement ressentir, notamment dans sa première partie. En effet, l'intrigue débute en nous présentant les nombreux personnages via une première partie servant d'exposition qui dure de très longues minutes. Celle-ci aurait clairement pu être amputée d'une bonne vingtaine de minutes afin de rendre le tout plus digeste. Il faut attendre l'heure de pellicule pour que le récit prenne une toute autre tournure inattendue et pas forcément souhaité, qui bouleverse la seconde partie. Cette dernière gagne en action mais également en grand-guignolesque. Le principal problème du métrage provient de ses deux genres cinématographiques qui se succèdent sans se mélanger, mais surtout de ce qu'il veut raconter. S'il brasse beaucoup de thématiques comme le racisme, le communautarisme, la musique, les passés cabossés, ou encore l'amour, ces nombreux sujets semblent superficiels tant ils ne sont qu'évoqués sans êtres approfondis. En conséquence, le film ne raconte rien de concret. Heureusement il se rattrape par son aspect musical et toutes les scènes qui en découlent, le blues étant au cœur même du propos. Le ton se veut pour sa part assez sérieux et dramatique. L'ensemble est porté par des personnages hélas peu attachants malgré un certain développement. Des rôles interprétés par une distribution convaincante comprenant en tête d'affiche un Michael B. Jordan incarnant à lui tout seul les jumeaux. Il est entouré par Miles Caton, Hailee Steinfeld, Delroy Lindo, Jack O'Connell, Jayme Lawson, Wunmi Mosaku, Omar Benson Miller, Li Jun Li, Lola Kirke, Yao ou encore Peter Dreimanis. Tous ces individus entretiennent des rapports conflictuels ne procurant malheureusement aucune émotion particulière malgré les tragiques péripéties. La faute en partie à des dialogues trop neutres, ni touchants, ni drôles. Sur la forme, la réalisation du cinéaste américain se veut qualitative. Sa mise en scène est soignée et bénéficie d'une jolie photographie, surtout lors des séquences diurnes, celles nocturnes ne bénéficiant pas du même soin à cause d'un éclairage peu pensé. Le travail de reconstitution de l'époque est pour sa part honorable et nous plonge sans aucun doute à cette période. Les effets spéciaux sont eux crédibles. Ce visuel léché est accompagné par une bande originale extrêmement plaisante et importante signée Ludwig Göransson, qui a collaboré avec de nombreux musiciens. Celle-ci nous offre de superbes compositions qui prennent beaucoup de place au sein du récit qui se transforme à quelques moments en film musical. Elles s’intègrent parfaitement et insufflent une énergie authentique se mariant à merveille avec les images. Reste une fin pas très bien écrite, nous envoyant en plus sur une scène post-générique beaucoup trop longue et inutile, venant ainsi mettre un terme à Sinners qui, en conclusion, est un film possédant quelques belles qualités, mais également pas mal de défauts, faisant de lui une œuvre clairement pas indispensable.