Drôle et intelligent
Encore un de mes cinéastes fétiches à l’affiche cette semaine. Michel Leclerc que j’adore depuis longtemps, depuis 2010 et son excellent Le nom des gens et, un an plus tard, Télé Gaucho. Michel Leclerc fait dans la comédie engagée revendiquée de gauche et ces nouvelles 103 minutes, politiquement incorrectes, sont un régal. Simone, une flic aux idées conservatrices, est infiltrée dans un collectif féministe qu'elle suspecte de complicité de meurtre. A leur contact, Simone s’ouvre progressivement à leurs idées. Mais lorsqu’elle est soupçonnée par le groupe d'être une taupe, elle se sert du premier venu pour se couvrir : Paul, un homme doux, inoffensif et respectueux des femmes qui vit dans l’ombre de sa moitié, faisant de lui, malgré elle, un coupable innocent. Simone, catastrophée de ce qu’elle a fait, tente de réparer sa faute... Comment Paul va-t-il réagir ? Intelligent, subtile, enlevée et formidablement interprétée… Pour moi la comédie de l’année !
Oui, on rit franchement alors que les sujets sociétaux abordés – violences faites aux femmes, machisme, dérives de la police, gestion du « post #Metoo… -, sont importants et graves. Mais c’est bien la magie de ce réalisateur et de sa co-scénariste Baya Kasmi, de parvenir à ce miracle permanent de tout désamorcer par l’humour et la finesse d’écriture. Car il s’agit d’une comédie basée sur un véritable quiproquo. Celui d’un homme, Michel Leclerc, et du malaise ressenti après #MeToo, car même s’il dit soutenir profondément le mouvement, il ne peut s’empêcher de penser qu’il est à la mauvaise place en tant que réalisateur vieillissant, mâle, hétéro et blanc. Il a ainsi le sentiment d'être assigné à ce qu’il représente et non à ce qu’il pense. Son film est en quelque sorte une réponse à la tribune de Lola Lafon dans Libération, qui exhortait les hommes qui n’étaient pas des violeurs ni des agresseurs à prendre eux aussi la parole pour dénoncer la violence masculine et soutenir les femmes. Ok ! Alors participons au débat, mais il faut que les femmes acceptent éventuellement que nous ne disions pas exactement ce qu’elles ont envie d’entendre… Donc voilà un film et un couple de scénaristes qui ne craignent pas d’ouvrir le débat, à leur manière, même si elle est dérangeante. Bon, c’est vrai, Leclerc n’est pas un grand cinéaste au sens technique du terme, - et on aurait franchement pu se passer de la scène finale en forme de clin d’œil appuyé au Calmos de Bertrand Blier -, mais ces histoires font toujours mouche et sa direction d’acteurs est irréprochable. Du cinéma drôle et intelligent.
Côté un casting, là aussi, c’est du nanan. Léa Drucker trouve ici un de ses tout meilleurs rôles. Elle trouve en Benjamin Lavernhe un extraordinaire partenaire – primé à l’Alpe d’Huez pour sa prestation -. Melha Bedia, Vincent Elbaz, Julia Piaton, Judith Chemla, - elle-même victime dans sa vie de violences subies de son ex-compagnon -, complètent le haut de l’affiche d’un film qui tacle tout ce qui passe à sa portée avec une acuité épatante. Dans le paysage ravagé de la comédie made in France, après les passages, des Tuches, des Bodin’s, et autre Routard, on ne peut que se réjouir de retrouver le haut du panier avec cette pépite à consommer… avec légèreté !