Pour le lecteur pressé, en moins de 3 minutes :
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Bon. Comment vous expliquer Aimer perdre sans vous donner envie de fuir ou, au contraire, de courir le voir ? Imaginez un Quentin Dupieux qui aurait trop traîné dans les bars miteux de Bruxelles, un Aki Kaurismäki en pleine gueule de bois ou encore une version punk et belge de Jackass qui se prendrait (un peu) au sérieux. Voilà. Vous y êtes.
Harpo et Lenny Guit, c’est un peu les sales gosses du cinéma belge, et ça se sent dès les premières minutes. Ici, pas de trame classique, pas de héros à proprement parler, juste Maria (Maria Cavalier Bazan), une jeune femme dont la vie ressemble à une succession de mauvais choix faits avec une désinvolture déconcertante. C’est drôle, c’est triste, c’est bordélique – un peu comme une discussion de 3h du mat' avec un inconnu dans une station-service.
Le film balance entre absurde total et moments de grâce inattendus. Un dialogue qui part en vrille, un regard qui dure un peu trop longtemps, un montage qui semble avoir été fait par un DJ sous caféine… Et pourtant, sous ce chaos apparent, une vraie justesse. Ça parle d’errance, de ratés magnifiques, du fait d’accepter que parfois, le grandiose est dans le foirage absolu.
Maria Cavalier Bazan est hallucinante. Elle a ce truc, cette capacité à jouer sur un fil entre grotesque et sincérité. Autour d’elle, des personnages aussi paumés qu’elle, mais tous incroyablement vivants. On dirait une troupe de marginaux échappés d’un tableau de Jérôme Bosch, sauf qu’ils parlent avec des expressions de TikTok et fument des roulées trop serrées.
Visuellement, c’est à l’arrache et pourtant ultra-maîtrisé : une image granuleuse qui colle aux personnages, un montage qui donne l’impression qu’on a oublié d’appuyer sur pause depuis 48 heures. Et cette bande-son… électro crado, beats déstructurés, comme si la BO de Trainspotting avait décidé de se mettre en mode aléatoire.
Évidemment, Aimer perdre ne plaira pas à tout le monde. Certains crieront au scandale, au film "sans queue ni tête", au délire pseudo-intello sous acide. D’autres y verront une des propositions les plus rafraîchissantes du moment. Quoi qu’il en soit, Harpo et Lenny Guit s’imposent comme des cinéastes à suivre – du moins, si vous aimez perdre autant qu’eux.