J'avoue que je l'attendais avec impatience, notamment pour une raison : le grand retour de Tom Cruise en dehors des films d'action, remontant au plus tôt à « Walkyrie » (18 ans), voire à... « Eyes Wide Shut » et « Magnolia » (27 ans tous les deux). Et je dois avouer que c'est plutôt la déception qui l'emporte, même si ce n'est, évidemment, pas si simple que cela, étant impossible de prendre « Digger » d'un bloc. D'ailleurs, j'avoue avoir été plutôt séduit par le début, présentant un personnage à la fois pathétique et attachant par l'affection presque malsaine qu'il porte à sa chatte agonisante, avant que la dimension « trumpo-muskienne » de celui-ci n'apparaisse clairement, évoquant à certaines reprises le propos de « Don't Look Up ». Le scénario se déroule ainsi de manière assez classique, efficace, quitte à déjà laisser apparaître quelques excès et lourdeurs.
Puis vient, finalement assez vite, ce tournant : tout ceci n'est que
la répétition d'une pièce de théâtre (assez sophistiquée), où l'acteur principal apparaît bien plus inquiet par la disparition de sa fille que la future représentation
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Surprenante, cette révélation intrigue dans un premier temps, voire séduit, ayant toujours été plutôt réceptif aux œuvres « méta ». Mais sur la durée, nous ne sommes pas si loin de la fausse bonne idée. Celle-ci se révèle nettement moins captivante que la partie « fiction » (heureusement majoritaire à l'écran), tournant à plusieurs reprises en rond dans le propos et « parasitant » presque la performance principale de Cruise. De plus, Alejandro Gonzalez Inarritu semble vouloir anticiper toutes les critiques, notamment lors d'une scène où il s'efforce de bien tout nous expliquer sur la façon dont il faut comprendre le film, la pièce, ce qu'il cherche à démontrer, à provoquer, moment presque infantilisant tant nous n'avions nullement besoin de ces lumières pour comprendre où il voulait en venir.
De façon générale, les longueurs, outrances voire fautes de goût finissent par s'accumuler au fil des minutes, d'autant qu'elles n'apportent rien à l'intrigue, ni au propos. Reste que s'il a clairement tendance à se prendre pour un génie qu'il n'est pas, Inarritu est quand même un sacré réalisateur : quelques scènes saissantes, beaucoup d'idées, multiplication des plans-séquences trouvant leur paroxysme lors d'un
Conseil européen ressemblant surtout à un amphithéâtre grec, peu réaliste mais extrêmement efficace pour tirer à boulets rouges aussi bien sur l'irresponsabilité des américains que sur la passivité coupable des européens
...
Fable grinçante, satire parfois décapante, « Digger » se montre également inégal dans le traitement de ses personnages secondaires, réussissant plutôt celui de Riz Ahmed, moyennement de John Goodman et sous-exploitant totalement Sandra Hüller, ici presque quelconque. Au moins tente-il des choses, nous surprend, nous bouscule, parfois, nommant presque directement ses ennemis sans épargner ceux qui n'ont rien fait pour éviter le désastre : d'ailleurs, apprendre assez tard que
la pièce est directement inspirée de faits réels et dans les tout derniers instants que nous subissons encore aujourd'hui ses conséquences gravissimes
est une très bonne idée.
Et Tom Cruise, dans tout ça ? Il est bon, manifestement impliqué, heureux de jouer autre chose pour la première fois depuis longtemps, sans offrir la prestation exceptionnelle que l'on pouvait espérer : même si je lui souhaite pour l'ensemble de sa carrière, l'Oscar semble encore loin. Il faut dire que son protagoniste, du moins en tant que Digger Rockwell, aurait pu être plus développé, approfondi. Mais sait-on jamais, à l'image de « Birdman » (auquel on pense à plusieurs reprises) qui avait remis Michael Keaton sur le devant de la scène et permis au comédien d'obtenir son unique statuette à ce jour, le réalisateur d' « Amours Chiennes » est doué pour faire obtenir à des acteurs boudés par l'Académie la récompense suprême... À boire et à manger, donc, pour une œuvre inattendue et ayant manifestement des choses à dire, à défaut d'être réellement convaincante.