Dans un monde où quelques privilégiés obtiennent richesse, sécurité et longévité en échange de leur liberté d’agir, enfanter nécessite une autorisation gouvernementale et l’envoi d’un évaluateur durant une semaine qui va juger la capacité du couple candidat à assumer la parentalité. Deux scientifiques renommés, Mia et Aaryan, accueillent donc Virginia, évaluatrice à la politesse glaciale qui va mettre leurs nerfs à rude épreuve tout au long du test. ‘L’évaluation’, c’est le genre de vision dystopique qui met instinctivement mal à l’aise, rien qu’avec ces lieux de vie à l’architecture froide et clinique, comme dépourvus de toute pulsion de vie, et cette divergence majeure par rapport à ce qui est aujourd’hui perçu comme relevant strictement du libre choix de chacun. Et pourtant, combien de fois n’entend-on pas, spécifiquement en fin de banquet, qu’il faudrait “un permis pour faire des gosses” ? Hé bien, pourquoi ne pas imaginer ce que ça pourrait donner, a dû se dire la réalisatrice. La particularité de cette validation des compétences en parentalité, c’est que l’évaluatrice ne reste pas dans sa position d’observatrice : au contraire, elle se montre intrusive, cruelle, manipulatrice, et improvise des jeux de rôle mettant en scène les pires moments de la vie parentale, ceux où vous avez profondément envie d’arracher la tête de votre progéniture. Bien que son volume de dialogue soit en fin de compte tout à fait standard, le film donne curieusement l’impression d’être à la fois bavard et mutique, et c’est une sensation curieuse. Basées sur une stratégie du choc à répétition durant pas loin de deux heures, les méthodes de Virginia bégaient un peu, forcément, sans que la tension suive une courbe ascendante continue et sans que le malaise n’explose jamais les limites du tolérable…enfin, je dis ça mais j’ai quatre mômes, j’ai déjà eu mon compte de moments affreux dans la vraie vie, ça doit être pour ça que ça m’impressionne pas beaucoup. En tout cas, l’enjeu reste suffisamment intrigant pour qu’on ait envie de voir où le scénario va mener, même si on comprend assez vite qu’il n’y aura pas de grands rebondissements ou bouleversements à prévoir. Au fond, on pourrait dire que ‘L’évaluation’ en reste à sa phase d’exposition : il explore sa thématique, en tire tout ce qu’il croit possible d’en tirer, utilise son vernis science-fictionnel pour se maintenir à une distance raisonnable de ses enjeux, et se garde bien d’apporter un point de vue ou des réponses, forcément sujettes à controverse, même si les dernières minutes, terriblement nihilistes, en disent long sur l’approche de la réalisatrice. Bien construit, intéressant à suivre mais difficile à aimer, ‘l’évaluation’ ressemble finalement beaucoup à un épisode de ‘Black mirror’ trop long pour son propre bien.