Comédie lunaire
Depuis Tout simplement noir, en 2020, j’attendais avec curiosité le deuxième film signé et réalisé par Jean-Pascal Zadi. 83 minutes plus tard, je sors de la salle, mi figue mi raisin, avec pas mal de bon, du passablement culotté et quand même une petite déception. Dans le plus grand des secrets, se prépare à décoller la première mission spatiale africaine ! L’équipage, issu du continent et de sa diaspora, doit explorer la planète « NARDAL », afin d’évaluer la possibilité d’y ramener tous les Africains si jamais la Terre devenait inhabitable. Le problème c’est que le voyage sera long. Très long. Et que la plus grande inconnue des missions interstellaires demeure l’entente entre les astronautes… Si le nouveau « Zadi » est loin du chef d’œuvre et même de la comédie de l’année, elle ne mérite sûrement pas le tombereau de mépris et dédain d’une grande partie de la presse et du public.
C’est sûr, ça pique un peu comme on dit aujourd’hui. Ça dérange et ça touche juste où ça fait mal. On ne peut s’en prendre ouvertement à certaine parties de notre société – ici les africains et certains musulmans – sans en agacer passablement un grand nombre parmi les spectateurs peu sensibles au second degré. Car n’oublions pas d’où vient la satire. Zadi a voulu s’amuser en dynamitant les thèses identitaires les plus rances. Alors les voix du « touche pas à mon pote » le plus ringard, ne tardent pas à se faire entendre. Tourner en dérision le communautarisme et l’identité noire ? Attention danger ! Même si, bien sûr, tout est loin d’être réussi, voire parfois un peu pataud, ce Grand déplacement… suivez mon regard -, doit être pris pour ce qu’il est, un grand exercice d’autodérision. Quand on pense que le nom de la planète n’est autre qu’un clin d'œil à Jeanne et Paulette Nardal, penseuses martiniquaises de la négritude… Tout est dit !
Jean-Pascal Zadi, dans un rôle caricatural plus qu’antipathique règne en maître sur le reste du casting avec Reda Kateb, Claudia Tagbo, Fary, Lous and the Yakusa, Fadily Camara, Edgar Yves, qui semblent s’amuser à cette histoire de conquête spatiale. Tout le monde en prend pour son grade, le jeu de massacre est tous azimuts et ça fait du bien, même si, je le répète, ce n’est pas un grand film. Pour se faire respecter, il faut exister, donc déranger. Zadi sait de faire respecter Zadi dérange, Zadi existe. Que les pisse-froid se taisent !