Ce film est présenté en Compétition au Festival de Cannes 2026.
L'idée de Quelques jours à Nagi est née d'un long travail de maturation de huit ans. Le réalisateur Kōji Fukada est tombé sous le charme du véritable village de Nagi, niché dans les montagnes japonaises, lors de repérages pour l'adaptation d'une pièce de théâtre. Séduit par la beauté et la singularité des lieux, le cinéaste a fait de nombreux allers-retours entre Tokyo et la région avant de s'y installer près d'un an pour nourrir son scénario : « Je voulais déjouer le cliché du citadin qui se transforme instantanément à la campagne. J'ai imaginé deux femmes qui tentent de s'affranchir d'une société patriarcale ».
Au cours du film, deux jeunes garçons se déclarent leur flamme en observant un paysage flou et inversé à travers un œilleton. Pour composer ce plan marquant, Kōji Fukada s'est inspiré d'un dispositif fascinant qu'il connaît bien : la camera obscura. Enseignant l'histoire du 7e art à ses étudiants, le réalisateur fabrique régulièrement cet ancêtre de la caméra pour ses cours. Il explique ainsi que « le monde, vu à travers une camera obscura, est profondément beau ».
Le long-métrage met en lumière le travail manuel des artistes, notamment au travers des séances d'esquisses et de moulages entre la sculptrice Yoriko et son modèle Yuri. Pour filmer ces échanges privilégiés et capturer le processus créatif à l'écran, le réalisateur s'est appuyé sur une référence cinématographique majeure : « Cette relation entre l'artiste, le modèle et cet espace intermédiaire m'est très familière. C'est une dynamique très cinématographique, qui a été très bien filmée par Jacques Rivette dans La Belle Noiseuse ».
Le tournage s'est déroulé en grande partie dans la vraie municipalité de Nagi, réputée pour ses caractéristiques géographiques et climatiques extrêmes. L'équipe a dû composer avec le Hirotokaze, un vent local d'une violence rare reconnu comme l'un des trois plus puissants du Japon. Les scènes de randonnée et d'extérieur mettent également en valeur les 109 réservoirs d'eau du village ainsi que la cascade de Jabuchi, un lieu légendaire entouré par une forêt primaire.
Pour inscrire le récit dans une réalité poignante, Kōji Fukada a tiré parti de la présence militaire qui borde le village. En effet, le mont Nagi abrite un camp d'entraînement des Forces japonaises d'autodéfense dont les tirs de missiles ont dénudé la roche par endroits. Le réalisateur explique s'être servi de ces « motifs bizarres » visibles sur la montagne pour rappeler que les conflits armés ne sont jamais très loin du quotidien, le développement du film ayant coïncidé avec le début de la guerre en Ukraine.