Avec La Vie d'une femme, le quotidien d'une chirurgienne devient progressivement le lieu d'une interrogation sur le travail, le couple, le désir et cette étrange difficulté à continuer d'habiter une existence que l'on a pourtant choisie.
Charline Bourgeois-Tacquet arrive à mettre des mots et des images sur ce sentiment étrange quand arrive le moment où l'on se rend compte que le monde avance, mais que nous sommes comme bloqués dans une routine aliénante. Soudainement, notre propre espace n'est plus réellement le nôtre et nos propres désirs ne semblent plus alignés sur nos émotions profondes. Ce n'est pas une crise existentielle, mais un besoin de retrouver un sens à nos actions, notre métier, nos choix passés.
Léa Drucker, Mélanie Thierry et Charles Berling incarnent les 3 protagonistes avec force. Gabrielle, Frida et Henri sont à un tournant de leur existence, mais concession sur concession, ils montrent que parfois la vie n'est pas imaginer le futur, mais vivre l'instant présent pour ce qu'il est et ce qu'il nous procure en bonheur et joie.
La vie d'une femme est hommage aux femmes médecins, aus belles mères qui éduquent ses beaux-enfants, même quand elles même n'ont jamais voulu en avoir. Un film sur aimer, savoir aimer et aussi accepter d'être aimé.
Gabrielle possède pourtant tout ce qui devrait symboliser l'émancipation : une carrière, une position d'autorité, une autonomie matérielle et une vie construite selon ses choix. Elle reste néanmoins celle qui soigne, organise, accompagne et prend en charge. La rencontre avec Frida vient déplacer cet équilibre, car elle confronte Gabrielle à une autre manière d'habiter le temps et ses propres désirs. Henri n'est pas transformé en responsable commode de son malaise, l'amour existe encore, ce qui rend justement la crise conjugale plus complexe.
En parallèle, l'hôpital public impose son propre rythme. Le téléphone professionnel poursuit Gabrielle jusque dans son intimité, comme si être indispensable finissait par supprimer la frontière entre disponibilité et sacrifice. La Vie d'une femme pose alors une question moins confortable qu'il n'y paraît : peut-on changer une vie qui fonctionne encore, simplement parce qu'elle ne nous correspond plus tout à fait ?
L'hôpital raconte également une autre forme d'épuisement, celle d'une institution qui finit par transformer ceux qui veulent réellement y rester. Gabrielle ne manque ni de vocation ni d'engagement, au contraire, elle se démultiplie parce qu'elle refuse de laisser le système s'effondrer autour d'elle. Plus elle devient indispensable, plus son métier colonise son temps, son attention et jusqu'à son intimité. Le téléphone qui la poursuit en dehors du service matérialise cette impossibilité de véritablement sortir de l'hôpital. C'est peut-être l'un des paradoxes les plus violents de la crise hospitalière : l'institution use précisément ceux qui souhaitent encore la défendre. À force de compenser les manques, l'engagement devient une disponibilité permanente, puis une manière d'être. Gabrielle soigne les autres, répare littéralement des visages, mais évolue dans un système qui lui laisse de moins en moins d'espace pour déterminer ce qu'elle veut faire de sa propre vie.