Ce film est présenté en Compétition au Festival de Cannes 2026.
Pour La Vie d'une femme, la réalisatrice Charline Bourgeois-Tacquet a voulu brosser le portrait d'une femme de 55 ans épanouie, active et libre, qui place son travail au centre de sa vie sans renoncer à sa sexualité. Elle s'éloigne ainsi sciemment des figures féminines sacrifiées de la littérature classique. « C'est une femme accomplie, qui s'est déployée sans renoncer à rien et sans rien devoir à personne. C'est l'anti-Anna Karénine ! »
Afin d'apporter une grande véracité aux séquences hospitalières, la cinéaste a effectué un stage d'observation au sein du service de chirurgie maxillo-faciale de la Pitié-Salpêtrière, dirigé par le professeur Chloé Bertolus. Elle y a découvert la frénésie quotidienne et la complexité des tâches d'un chef de service en hôpital public. « Dans cette spécialité, le chirurgien ne se contente pas de soigner, il reconstruit. Il redonne forme humaine à des patients souvent défigurés. »
Marquée par sa prestation dans L'Été dernier, Charline Bourgeois-Tacquet tenait absolument à confier le rôle principal à Léa Drucker. Cependant, déjà engagée sur deux autres projets, la comédienne n'était pas disponible immédiatement : la réalisatrice a donc préféré attendre un an pour pouvoir tourner avec elle. « Chloé Bertolus est venue sur le plateau le jour où nous avons tourné la scène d'opération avec deux de ses internes, qui jouent dans la scène et ont ainsi pu guider Léa de l'intérieur. »
Travaillant depuis ses débuts avec le chef-opérateur Noé Bach, la cinéaste applique une méthode rigoureuse pour préparer ses plans-séquences. Avant le tournage, elle joue elle-même les scènes dans les décors réels pendant que son directeur de la photographie conçoit les mouvements de caméra en la filmant avec son téléphone. « Pour choisir un décor, il nous arrive souvent de vérifier que la scène "tiendra" bien dans cet espace. Par exemple, que tel couloir sera assez long pour telle scène, avec tels dialogues. »
Afin d'offrir une respiration au récit très urbain et enfermé de l'hôpital, la réalisation a déplacé une partie de l'histoire en pleine nature. Ce changement de décor marque un tournant pour l'héroïne, contrainte d'abandonner le contrôle pour adopter une posture contemplative aux côtés de Frida et de l'écrivain Erri de Luca. « À ce moment-là de l'histoire, Gabrielle n'est plus du tout sur son terrain, elle est déplacée, et j'ai voulu traduire cela visuellement à travers ces paysages. »
La bande son du film réunit des registres variés allant de pièces baroques et de chansons des années 1960 à des compositeurs italiens du XVIIIe siècle comme Galuppi et Pescetti. Deux morceaux avaient d'ailleurs été intégrés dès la phase d'écriture du scénario : l'ouverture des Hébrides de Mendelssohn et une sonate de Scarlatti. « Nous avons cherché des morceaux qui puissent correspondre au rythme de Gabrielle, entrer en harmonie avec les dialogues, et accompagner la mise en scène. »