"L'original est meilleur !" entend-on souvent. C'est souvent vrai. Mais il y a aussi des exceptions, où la suite se révèle meilleure que le film original, voire le surpasse. Ce n'est par exemple pas faire injure au travail de George Lucas et à la qualité du premier volet de son Star Wars que de lui préférer L'Empire contre-attaque qui lui est très supérieur.
Si James Cameron parvient à livrer avec Terminator un chef-d'oeuvre du film SF, tout en posant brillamment les bases d'une franchise qui n'a, hélas, cessée de décliner au fil des ans, son Terminator 2 est entré par la grande porte au Panthéon des films d'actions, avec des scènes aussi jubilatoires que cultes, aux effets spéciaux révolutionnaires.
On peut aussi affirmer sans trembler que The Dark Knight est supérieur à Batman Begins. Que Spider-Man 2 de Sam Raimi est très supérieur au premier volet. Qu'on peut aussi préférer Le Parrain II au premier volet de la trilogie, quand bien même le film de 1972 reste incontestablement un des plus grands films de l'Histoire du cinéma.
Des oeuvres qui, dans tous les cas, ne souffriront jamais de procès en illégitimité. En revanche, c'est moins sûr pour quantité d'autres suites de films mises en chantier, dont tout le monde savait qu'elles seraient une énorme erreur, mais qui ont quand même été tournées. Parce que le dieu du dollar a parlé. Quitte à aller, in fine, au carton absolu... La preuve par trois.
Basic Instinct 2
C'est peu dire que le sulfureux thriller érotique Basic Instinct, sorti en 1992, a marqué les esprits. Le film de Paul Verhoeven est l'un des plus iconiques de cette décennie, en plus d'avoir mis définitivement sur orbite Sharon Stone, passée à la postérité grâce aussi - ou à cause de- sa fameuse scène d'interrogatoire, où elle croise et décroise les jambes.
Le succès fut tel qu'il a même drainé dans son sillage toute une série de films estampillés "thrillers érotiques", qui n'arriveront pourtant jamais à sa cheville : Sliver de Philip Noyce en 1993, Color of Night de Richard Rush en 1994, Harcèlement de Barry Levinson, Jade de William Friedkin en 1995…
Toujours est-il que 14 ans plus tard, une suite officielle à Basic Instinct sortira. Bien que Sharon Stone ait repris son rôle principal, ni le réalisateur du premier volet, ni le scénariste Joe Eszterhas n’ont participé au projet.
Basic instinct 2 a failli se faire sans la présence de l'actrice à son générique. En 1999, elle avait en effet décidé de ranger son pic à glace, à la suite d'un désaccord avec les producteurs concernant son cachet sur ce film. Plusieurs comédiennes ont alors été pressenties pour la remplacer dans le rôle de Catherine Tramell. Parmi elles, la star montante Ashley Judd et Demi Moore alors en perdition.
C2 Motion Picture Group
Ne se contentant pas d'un simple désistement, Sharon Stone a poursuivi en justice ces mêmes producteurs en 2001, réclamant les 14 millions de dollars de son contrat pay or play qui supposait le versement de son salaire, et ce même si le film ne voyait pas le jour. Finalement, les poursuites furent abandonnées, Mario Kassar, Andrew G. Vajna et l'actrice s'étant mis d'accord pour relancer le projet en 2004.
Déjà, en juin 2001, les studios MGM décidaient d'abandonner la mise en chantier de Basic instinct 2, agacés entre autres par les désistements successifs des cinéastes un temps interressés par le projet (David Cronenberg, John McTiernan) et par l'incapacité des producteurs Andrew G. Vajna et Mario Kassar de mettre la main sur l'acteur principal du film. C'est dire si personne n'avait envie de monter à bord de ce radeau de la Méduse, à l'exception de Sharon Stone.
Toujours est-il que personne ou presque n'a été ému du sort funeste du film au box office international, avec un famélique 38 millions de dollars récoltés, en plus de s'être fait détruire par la critique, qui pointait un film ni fait ni à faire.
Et dire qu'on nous prépare un remake du premier film, avec le retour du scénariste original, Joe Eszterhas... "Quel âge a Joe Eszterhas ?" a demandé Sharon Stone en cherchant l'information sur Google. "Oh, il a 81 ans ! Je parie qu'il s'y connaît vraiment en matière de sex-appeal". Sympa...
Blues Brothers 2000
Dès sa sortie de prison, Jake Blues est emmené par son frère Elwood chez soeur Mary Stigmata, qui dirige l'orphelinat dans lequel ils ont été élevés. Pour empêcher sa fermeture, ils doivent réunir 5000 $, sinon c'est l'expulsion. L'idée de génie ? Remonter leur groupe de Blues...
Les Blues Brothers, ce sont définitivement le bien regretté John Belushi et Dan Aykroyd, un tandem né au Saturday Night Live, qui s'est prolongé avec bonheur sur la scène musicale avec un répertoire de Blues. Film d'action (un record en matière de cascades de voitures, avec 103 véhicules envoyés à la casse !), The Blues Brothers est avant tout un film musical euphorisant, qui rassemble un véritable Who's Who du R'N'B : Ray Charles, Aretha Franklin, Cab Calloway, James Brown. A l'arrivée ? Une BO absolument culte... pour un film culte !
Universal
Blues Brothers 2000 est un exemple typique de suite arrivant bien trop tardivement. 18 ans après, exactement. Bien que le réalisateur John Landis ait commencé à préparer une suite avant la mort de John Belushi, le décès de ce dernier, survenu deux ans après le premier volet, l'avait poussé à abandonner ce projet. Jusqu'à ce que Dan Aykroyd l'encourage par la suite à le mener à bien malgré tout, en raison de la popularité de la bande originale.
La vérité, c'est que "personne ne voulait le faire", comme l'avait affirmé John Goodman au micro de AV Club, alors qu'il endossait dans le film le rôle du défunt Belushi. "Danny et moi, on a tourné ce film gratuitement, juste pour aider à le faire sortir", laissant entendre que les jeux de pouvoir au sein des studios avaient en réalité lié les mains d’Aykroyd, au moins sur un point. "Personne ne voulait le faire, et les studios avaient leur propre vision de la façon de s’y prendre, et Danny est quelqu’un de très conciliant". Comme par exemple laisser Universal imposer un PG-13, et un script que le réalisateur a même jugé "homogénéisé et sans intérêt".
Bilan des courses : une humiliation en règle au box office international avec à peine plus de 14 millions de dollars de recettes. Et aujourd'hui, plus personne ou presque ne se souvient de ce film, contrairement à son (glorieux) aîné.
Speed 2 : cap sur le danger
Sorti en 1994 et porté par le tandem Keanu Reeves / Sandra Bullock face à un Denis Hopper plus méchant que jamais, Speed de Jan de Bont est devenu un classique du film d'action de la décennie. Réalisé pour un budget d'environ 30 millions de dollars, il en avait rapporté plus de 350 millions au box office international, ce qui correspond, ajusté à l'inflation, à plus de 788 millions $.
En un sens, la mise en chantier d'une suite était logique, eut égard à un tel succès. Sauf que Speed 2 : cap sur le danger s'est révélé être tout ce qu'il ne devait pas être. Doté d'un budget pharaonique de 160 millions $ (ce qui correspondrait, ajusté à l'inflation, à plus de 343millions $ aujourd'hui !), Speed 2 s'est écrasé sur les récifs du Box Office mondial, en ne ramassant que 164 millions $.
Pour mémoire, dans cette suite sortie en 1997, Keanu Reeves ne rempilait même pas, laissant la pauvre Sandra Bullock partant avec son compagnon (Jason Patric) en croisière dans les Caraïbes, avant que le navire ne se retrouve sous la coupe d'un méchant de service, John Geiger (comme le compteur...), incarné par Willem Dafoe.
20th Century Studio
25 ans après la sortie du film, l'actrice s'est dite encore "gênée d'être dans un film qui n'a aucun sens", quand bien même son confrère Dafoe assumait à l'inverse totalement sa présence dans le film et ne rien renier, comme il l'expliquait au micro de Variety.
En fait, le sort du film semblait scellé dès le retrait de Keanu Reeves, car quel pouvait être le sens de cette suite alors qu'il portait sur ses épaules le succès du premier volet ? A l'image du paquebot hors de contrôle du film, qui n'en finit pas de détruire des maquettes et se dirigeant tout droit vers une jetée, tout l'équipe de Speed 2 a continué sur sa lancée, pied au plancher. Le dollar roi a encore dicté sa loi, mais à quel prix...