“Il n’y avait aucune règle” : il y a 31 ans, cet extraordinaire thriller interdit aux moins de 16 ans est passé inaperçu en salle, il mérite pourtant une sérieuse découverte
Partager cet article

Sorti en 1995 dans l'indifférence générale, bide absolu au box office, "Génération sacrifiée", signé par les frères Albert & Allen Hugues, mérite une sérieuse (re)découverte. Un très grand film, violent, et puissamment mis en scène.

Touchstone Pictures

Dans l'avalanche de films américains sortis durant la décennie des années 90, certains sont malheureusement restés dans l'ombre. Pour diverses raisons d'ailleurs : sorties confidentielles, films jugés pas assez grand public; films mal vendus par les équipes marketing des studios; calendrier de sortie malheureux parce qu'en concurrence frontale avec un rouleau compresseur du Box Office...

Ou, plus simplement encore, des oeuvres jugées un peu trop hâtivement comme mineures, sous-estimées à l'époque de leur sorties, que le temps s'est parfois chargé de réévaluer. Mais pas toujours. C'est notamment le cas d'un très grand film : Génération sacrifiée.

Des frères Albert et Allen Hughes, on se souvient évidemment de leur tout premier film choc, l'explosif et très énervé Menace II Society en 1993, qui relatait la vie d'une bande dans le quartier afro-américain de Watts, à Los Angeles. On garde aussi en tête le solide mais très perfectible From Hell, adaptation du monumental roman graphique réputé inadaptable d'Alan Moore et Eddie Campbell sur Jack l'éventreur. Et, à la rigueur, pour faire bonne mesure, on pourra rajouter sur la pile le plus récent Livre d'Eli et son univers post-apo.

Un peu coincé dans une filmographie finalement peu étendue, Génération sacrifiée est sorti en 1995. Et c'est peu dire que le film a fait un véritable bide au Box Office mondial, en récoltant à peine plus de 24 millions de dollars. Une cruelle injustice.

En voici la bande-annonce...

Pépite totalement méconnue chez nous, Génération sacrifiée (Dead Presidents en V.O, titre qui fait allusion aux portraits des présidents des Etats-Unis imprimés sur les billets de banque), évoque la douloureuse et tragique histoire d'Anthony Curtis (Larenz Tate), un jeune soldat qui a renoncé à une vie idéale de classe moyenne en s'engageant dans l'armée.

De retour du Viêtnam, il a le plus grand mal à se réadapter à la vie civile. N'ayant aucun autre moyen de subvenir à ses besoins ni à ceux de sa famille, il s'engage sur la voie de la criminalité et braque un fourgon blindé avec ses anciens camarades de section...

Touchstone Pictures

"Il n'y avait aucune règle"

Le film est en parti basé sur l'histoire vraie de l'afro-américain Haywood T. "The Kid" Kirkland, un ex vétéran du Viêtnam, qui raconta sa terrible histoire dans un livre publié en 1984, Bloods: An Oral History of the Vietnam War by Black Veterans :

"ils nous ont dit que lorsqu'on irait au Viêtnam, on se retrouverait face à face avec Charlie, les Viet Cong. C'étaient comme des animaux, ou quelque chose d'autre que des humains. Ils n'avaient aucun respect pour la vie. Ils faisaient exploser des bébés juste pour tuer un GI. Ils ne nous autorisaient pas à parler d’eux comme s’ils étaient des êtres humains. Ils nous ont dit qu’il ne fallait leur accorder aucune pitié ni aucune crainte. C’est ce qu’ils nous ont inculqué. Cet instinct meurtrier. Il fallait juste y aller et semer la destruction. [...]

"Quand je suis rentré chez moi, ça m'a vraiment bouleversé de voir comment mes camarades me traitaient. Ils me traitaient de nègre fou, parce que j'étais parti à la guerre. Et j'avais encore le Viêtnam en tête" écrivait-il.

Touchstone Pictures

Puissamment mise en scène, très violente (le film est interdit à juste titre au moins de 16 ans), cette fresque est portée par une très belle brochette de comédiens, à commencer par un Chris Tucker comme vous ne l'avez jamais vu, à des années lumières de ses tics et visage élastique d'un Cinquième élément ou Rush Hour.

Lettre d'amour à Martin Scorsese et Brian de Palma, un peu comme si Les Affranchis avaient rencontré Les Incorruptibles, Génération sacrifiée est en outre baigné par une formidable BO signée Danny Elfman, gorgée de R&B, et superbement mis en images par la chef op' Lisa Rinzler, qui était déjà à l'oeuvre sur Menace II Society.

Un très grand film, qui n'existe malheureusement que dans une très lointaine édition DVD. Il n'est, à ce jour, jamais sorti en Blu-ray chez nous, à moins de se tourner vers l'import. Si par hasard un éditeur pouvait se pencher sur la question...

Olivier Pallaruelo
Olivier Pallaruelo
-Journaliste cinéma / Responsable éditorial Jeux vidéo
Biberonné par la VHS et les films de genres, il délaisse volontiers la fiction pour se plonger dans le réel avec les documentaires et les sujets d'actualité. Amoureux transi du support physique, il passe aussi beaucoup de temps devant les jeux vidéo depuis sa plus tendre enfance.
Sur le même sujet