Retour d'Arthur Harari en tant que réalisateur pour l'adaptation de la bande dessinée, qu'il a scénarisée avec son frère, le cas David Zimmerman, qui présente dès lors un puissant concept, celui d'un échange de corps avec une autre personne.
Poussé par le réalisme, le film est une pure exploration des sensations, inquiétante, troublante et parfois dérangeante, qui ne cherche pas l'explication, la spéculation, mais avant tout l'introspection, la méditation de tous et chacun face à lui-même, face à la densité de toutes ces possibilités.
Agissant comme un miroir de regard, c'est avant tout ce que l'on pourra y projeter qui en révélera la richesse et la finesse, avec quelques pistes dans le film : une entité fantastique, l'identité psychologique et philosophique, la transidentité relationnelle et sexuelle, l'opposition du féminin et du masculin, de cet orgasme à la fois comme petite mort et grand frisson où le cerveau s'éteint et revient, ces différentes parties de soi qui peuvent coexister pour trouver un chemin, conduisant au processus d'individuation et de transformation charnelle et spirituelle, ainsi que dans un contexte de renaissance, de réincarnation et de religion.
On a aussi la maladie ou la folie transmissible, l'apathie et la mélancolie, la dépression, la dissociation et la distanciation sociale et familiale, le vide existentiel et générationnel, les abus et les sévices, de l'enfance et de l'innocence, la peur d'être perdu et non reconnu, de ne pas être écouté et accepté, comme des immigrés ou des étrangers, à soi-même, mais aussi la mémoire d'un passé fantôme qui interroge ce qu'il reste de toutes ces vies après les décennies, quelles sont les traces qu'on laissera après notre passage ?! Un héritage, un message, ou encore des photographies de visage et de paysage qui finissent par s'oublier, s'aliéner et s'altérer face à l'inaltérable mutation du temps.
Comme dans un rêve méta-artistique, le film aura tendance à se prolonger bien après la séance, grâce à son rythme envoûtant et à ces silences, comme pour éveiller, et emporter avec nous une partie de cette étrangeté, cette opacité fascinante et bouleversante.
D'un autre côté, malgré un excellent casting et une œuvre hors du commun qui favorise et focalise sur la réalité tangible, ce n'est pas un film qui se veut accessible ni compréhensible, ce qui pourra créer de la frustration chez le spectateur, qui se dira que les situations sont dépouillées de dialogue et volontairement, artificiellement étirées dans la contemplation pour accentuer une forme de complexité d'auteur, tout comme le style de la mise en scène, longue et lente, appuyant les séquences et les regards hypnotiques, et qui, bien que riche en thématiques, pourra finalement rendre parfaitement hermétique cette expérience, qui ne suscitera ni la réflexion, ni aucune émotion.
C'est une œuvre qui pourra être considérée comme inaboutie, tant elle est traversée par trop de pensées souterraines qui n'auront pas de finalité, et que, comme une obsession de son propre concept, le film jonglera avec nombre de genres pour ne jamais se figer, tentant à la fois de capter le sentiment de l'instant, tout en restant en mouvement permanent.
En plus de l'origine culturelle des deux protagonistes, c'est là l'essence de la référence à Bob Dylan, celle d'un homme qui change de noms, ou de corps, et qui refuse d'être saisi et compris et qui fuit, trouvant son vertige dans une série de masques insaisissables, une dimension caméléon.
Intéressé pour enquêter sur les mystères identitaires des films et des séries, partager son raisonnement, son sentiment sur l'inexplicable ? Venez cogiter sur toutes les interprétations possibles de ce qui restera toujours, une inconnue.
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