Qui est le film ?
Nino est le premier long métrage de Pauline Loquès, révélé à Cannes comme une œuvre à la fois intime et universelle. Inspiré par la perte d’un proche, le film s’inscrit dans une tradition de cinéma existentiel et déambulatoire, héritière de Varda (Cléo de 5 à 7) mais transposée au masculin, dans un Paris contemporain. L’histoire est simple : un jeune homme apprend qu’il est atteint d’un cancer du larynx et doit commencer une chimiothérapie trois jours plus tard.
Que cherche-t-il à dire ?
Le projet de Loquès n’est pas de filmer la souffrance, mais la désorientation. Elle écarte le suspense médical pour se concentrer sur l’expérience subjective : comment le temps se distord quand l’avenir se rétrécit, comment le silence devient un langage quand les mots manquent, comment la peur peut paradoxalement ouvrir à la vie.
Par quels moyens ?
Dès le diagnostic, le temps se fracture. Trois jours deviennent une matière paradoxale : urgence de commencer la chimiothérapie, mais aussi dilatation des heures, comme si chaque instant se chargeait d’une densité nouvelle. Loquès filme cette temporalité subjective avec précision : les plans s’attardent, les silences s’épaississent, les gestes prennent une valeur disproportionnée. Le spectateur est invité à ressentir cette distorsion, à entrer dans une expérience de temps vécu.
Comme chez Varda, la ville devient un miroir intérieur. Paris n’est pas carte postale mais matière mouvante, brouillonne, traversée de rencontres imprévues. La structure du film épouse l’errance de Nino. Cette déambulation, loin d’être un simple motif naturaliste, devient une méthode de mise en scène : elle traduit la désorientation intérieure du personnage. Chaque détour urbain est une bifurcation existentielle, chaque visage croisé une possibilité de réinvention.
Nino existe dans ses face-à-face : avec sa mère, son ami, une ancienne camarade. Chaque échange est une variation de ton (comique, tendre, maladroit) qui redessine son identité.
La performance de Pellerin est centrale. Son jeu ne repose pas sur l’expression de la douleur mais sur la disponibilité à l’autre. Il écoute, il rebondit, il se laisse traverser. Cette capacité d’accueil fait de lui un acteur poreux, dont le visage devient le lieu d’inscription des relations. En cela, il incarne parfaitement la thèse du film : l’identité n’est pas une intériorité close, mais une surface traversée par les échanges.
La scène du bracelet hospitalier condense tout le film. Objet banal, presque administratif, il devient signe de naissance et de fragilité. En le caressant, Nino retrouve l’enfant qu’il fut, mais aussi l’homme vulnérable qu’il devient. Ce geste minuscule concentre la dialectique du film : la maladie comme menace de mort, mais aussi comme possibilité de renaissance.
Où me situer ?
J’admire le geste : refuser le pathos pour privilégier la délicatesse, filmer la maladie comme une expérience de vie plutôt que comme une fin. Le film touche par sa justesse, par sa capacité à rendre palpable l’invisible (le temps qui se dilate, le silence qui pèse). Mais je note aussi une limite dans la causalité des événements.
Quelle lecture en tirer ?
Nino n’est pas un film sur le cancer, mais sur ce que la conscience de la finitude fait à la vie.