En pleine gender baby party de leur arrière-petit-enfant, Larry meurt en s'étouffant avec un bretzel. Dans la Jonction, un point d'accueil et centre de tri des âmes récemment décédées, il découvre que l'on peut choisir une Éternité selon ses goûts jusqu'à la fin des temps.
Sa femme Joan étant la proie d'un cancer incurable, il décide de l'attendre dans cette succursale bureaucratique d'un bonheur éternel sur commande... Mais, à l'arrivée de son âme sœur sur place, il découvre que le premier mari de celle-ci, décédé dans des circonstances malheureuses, était là en train de patienter lui aussi pour passer sa propre Éternité avec celle qui est restée sa promise...
Punaise, une romcom US fantastique avec un concept fort ! Ça faisait tellement longtemps, le film de David Freyne fait juste plaisir rien que pour ça, un postulat solide et utilisé pleinement autour de son trio de personnages !
Certes, le contexte d'un au-delà régi de façon administrative et très pragmative n'est pas une idée nouvelle, et "Pour L'Éternité" va, après sa découverte, passer trop la majorité de son temps à en faire une ficelle au second-plan pour bon nombre de gags pourtant franchement drôles (les Éternités abandonnées/gênantes ou quelques éclats d'humour noir malheureusement trop rares, l'enfant à la plage notamment) mais il va surtout en tirer un univers solide, marqué visuellement et parfait pour malmener les certitudes de son trio de personnages décédés obligés de faire des choix cruciaux dans un cadre à la fois absurde et bien pensé pour les mettre au pied du mur.
Dans son déroulement de romcom malheureusement trop attendu (rien dans les décisions prises de Joan sur la durée ne surprendra réellement), "Pour L'Éternité" frise parfois les pires excès du genre quand il réunit à la manière d'un vaudeville son trio dans des confrontations trop burlesques pour emporter la mise (Olsen n'est d'ailleurs pas la plus à son aise sur ce registre), et ce malgré les quelques sourires distillés par de très bons seconds rôles (les très bons coordinateurs d'après-vie). Toutefois, quand il choisit de calmer cette hystérie générale provoquée par l'ambiance de ces rencontres et dilemmes improbables, quelque chose de vrai, indicible et fatalement touchant s'y dessine.
Entre celui dont les souvenirs sont regrets et l'autre qui les a fait oublier. Entre celui qui représentait une vie parfaite interrompue de façon abrupte et l'autre qui lui a succédé pour lui en offrir une nouvelle avec la saveur chaotique d'un au jour le jour rangé pendant des décennies. Entre celui qui est finalement resté un fantasme épisodique et un autre qui s'est installé pour en devenir une réinterprétation durable, pourvue de moments heureux dont on ne sait pas parfois saisir l'ampleur de tout ce qu'il nous apporte à chaque instant...
Comme le dira Joan, l'Amour avec un grand A n'est pas qu'un moment de bonheur, c'en des millions, des infimes, plus ou moins conscients, pris au hasard d'un quotidien que l'on pense routinier (voire usé) du couple mais que, au final, on pourrait redécouvrir a posteriori comme la plus pure vérité d'une lien indéfectible et phare d'une vie .
"Pour L'éternité" en devient incontestablement une très jolie démonstration, matérialisée par une de ses plus brillantes idées, celui d'un musée d'archives à visiter, tableaux d'une relation bâtie au cours de nos vies afin de nous en donner une nouvelle lecture. Nul doute que beaucoup d'entre nous en auraient besoin en vue de savourer l'instant présent.