Tout en tension
Le cinéaste d’Elephant, Harvey Milk, ou Promised Land, n’avait plu rien proposé depuis 2018. Gus Van Sant nous revient donc avec ces 105 minutes de thriller tendu comme un… fil. Ceci est l’histoire vraie de Tony Kiritsis, un homme ruiné à cause d’un emprunt. A Indianapolis, le 8 février 1977, il kidnappe le fils du courtier responsable de sa situation. Il réclame 5 millions de dollars et des excuses. La prise d’otage va durer 63 heures, sous les yeux de la télévision locale, puis nationale. L’Amérique se passionne pour cette affaire. Chacun choisit son camp. Tony est-il un criminel, ou simplement une victime qui réclame justice ? Une prise d’otage de 63 heures avec un dispositif dit de « l’homme mort ».Un suspense de chaque instant, une Amérique aux aguets, un drame social incroyable… et pourtant tout cela est vrai. Confondant !
En 1977, les choses étaient très différentes. Les médias, à part le cinéma, se résumaient à la télévision. – Et encore, tout le monde n’avait pas de poste à domicile, loin de là -, mais, dès qu’il s’agit d’un homme qui ose se dresser contre le système, on se sent concerné, émotionnellement. On ne peut, ici, que penser à Un après-midi de chien en tant que thriller de prise d’otage situé dans les années 1970. Ce fait divers nous propose un scénario qui se tend lentement. Jusqu’à rompre... Comme un fil, un câble. Mais ici, ce n’est pas une image. C’est un mécanisme. Quelque chose de concret. De dangereux. Ici, la menace n’est pas abstraite. Le preneur d’otage n’agit pas dans la confusion, ni dans la panique. Mais ave une parfaite logique. Et c’est peut-être ça le plus dérangeant. Un homme pris en otage. Un dispositif prêt à tuer. Et au milieu… une demande presque absurde : être entendu. Très vite, les caméras arrivent et les micros s’ouvrent. Et soudain, ce qui était un acte désespéré devient un spectacle. Ce n’est plus une prise d’otage. C’est une mise en scène involontaire. Un théâtre sans répétition. Où chaque parole devient peut devenir une pression supplémentaire, pire, un déclencheur. Alors on regarde. Comme tout le monde à l’époque. On observe. On juge, non pas un preneur d’otage et sa proie, mais un pays qui regarde la souffrance… comme un programme. Dérangeant et passionnant.
Le duo Bill Skarsgård / Dacre Montgomery fonctionne à merveille, de bout en bout. Mais Colman Domingo et Myha’la Herrold, ne sont pas pour rien dans réussite de ce film. Une foultitude de seconds rôles – on s’y perd un peu parfois -, s’agitent autour de ce fait divers, avec une mention spéciale à la participation d’Al Pacino himself. Visuellement, Van Sant opte pour une image légèrement fanée, presque poussiéreuse : bureaux, rues, parkings composent une banalité très américaine, où le quotidien devient le théâtre discret d’une violence structurelle. À ce réalisme poisseux s’ajoutent les dialogues qui se chevauchent, les conversations qui s’interrompent, les journalistes qui saturent l’espace sonore. Même si le promoteur n’est jamais véritablement érigé en monstre, la violence se loge dans le système, pas dans les individus. Une métaphore d’un monde où la colère, pour être entendue, doit se mettre en scène au risque de se dissoudre dans ce qu’elle dénonce. A voir absolument !