Dead man's wire retrace près de 72h d'une prise d'otage au mobile du désespoir face à la cupidité financière. Gus Van Sant capte bien l'environnement de l'époque (1977) et B. Skarsgård délivre une prestation de haut vol. sans être d'une tension extrême, l'intrigue se tasse en cours de route mais cette évocation se laisse suivre avec un certain intérêt.
Inspiré d’un fait divers survenu en 1977 à Indianapolis, le film voit Gus Van Sant revenir à l’un de ses territoires familiers : celui des solitudes américaines. Cette fois, tout se cristallise autour d’un homme, Tony Kiritsis (incarné par Bill Skarsgård) qui prend en otage un promoteur immobilier joué par Al Pacino, les reliant sa vie à un fil explosif. Ainsi, tout est là. Non pas un simple thriller, mais une mise en tension entre colère intime, abstraction économique et emballement médiatique. Le fait divers devient alors une surface d’inscription, le lieu où un cri individuel tente de se politiser et se perd en chemin.
La mise en scène part de cette contrainte physique pour dessiner une véritable géographie de la menace. Les corps sont assignés, la caméra l’est tout autant. L’espace se resserre, chaque geste paraît susceptible de tout faire basculer. Visuellement, Van Sant opte pour une image légèrement fanée, presque poussiéreuse : bureaux, rues, parkings composent une banalité très américaine, héritée du Nouvel Hollywood, où le quotidien devient le théâtre discret d’une violence structurelle. À ce réalisme rugueux s’ajoute un autre régime, plus instable : les dialogues se chevauchent, les conversations s’interrompent, les journalistes saturent l’espace sonore. Le réel ne se donne jamais comme un fait stable, mais comme un champ de récits concurrents qui se disputent sa définition.
Au centre, le Tony de Skarsgård vacille sans cesse. Entre lucidité politique et dérive narcissique, il incarne une contradiction que le film se garde bien de trancher. Plus les médias s’emparent de lui, plus la parole se déplace : parler ne signifie plus comprendre, mais exister sous les projecteurs des décideurs. Face à lui, le promoteur n’est jamais érigé en monstre. Le système, au contraire, demeure diffus, presque sans visage, trop banal pour en avoir un. La violence se loge dans les structures, pas dans les individus.
Alors le film glisse, presque imperceptiblement, vers une réflexion plus large. Ce qui reste, ce n’est pas une résolution, mais l'image de deux êtres attachés l’un à l’autre, incapables de rompre sans disparaître. Une métaphore presque trop nette d’un monde où la colère, pour être entendue, doit se mettre en scène au risque de se dissoudre dans ce qu’elle dénonce.
A mi chemin entre comédie et satire, VAN SANT ne fait pas dans l'originalité, mais propose une version bien allumée et surtout divertissante, d'un fait divers aussi entraînant que touchant
10 605 abonnés
11 689 critiques
Suivre son activité
2,5
Publiée le 9 mars 2026
Il n'y a rien de plus dangereux qu'un homme qui n'a plus rien à perdre et Tony Kiritsis entre dans cette catégorie. Ruiné à cause d'un projet de centre commercial qui n'a pas abouti, il décide de se venger contre la société de prêt. Un plan méticuleux dont il ne dévie pas malgré la grande présence policière et l'engouement médiatique. Il est David contre le géant Goliath et il sait que beaucoup ont connu une injustice de ce genre. Héros rebelle ou pauvre type incapable d'assumer ses échecs, on a le temps de se faire un avis au cours de cette longue prise d'otage très vite répétitive. La grande personnalité de Tony et la solide performance de Bill Skarsgård n'ont pas suffi à rendre cette situation palpitante ou haletante. Il s'agit certes d'une histoire vraie, mais qui est finalement très banale. Cela n'a pas créé de précédent et il ne se passe rien de spécial, donc je m'interroge sur l'intérêt d'une adaptation. Ce n'est pas mauvais, mais c'est sans plus.
Un film drôle, mais qui finit par traîner en longueur. Il manque de développement sur la fin, particulièrement lors de la partie du procès qui reste trop superficielle.
8 ans après son dernier film, Gus Van Sant fait son retour au cinéma.
Pas aussi bon qu'Un après-midi de chien, mais pas inintéressant non plus, "La Corde au cou" revient sur l'histoire vraie de Tony Kiritsis qui, en 1977, kidnappe le fils de l'homme qu'il juge responsable de l'avoir escroqué.
Assez simple dans ce qu'il raconte et déjà pas mal revu (une prise d'otage, un homme ruiné et désespéré), là où le film de Gus Van Sant fonctionne, c'est que l'histoire est un peu folle (à l'image de Tony Kiritsis) et que ça donne lieu à une affaire très médiatisée, d'un homme largement instable et pourtant un peu touchant. Force est de constater qu'on peut comprendre les intentions de Tony Kiritsis (qu'on les juge bonnes, ou mauvaises) et que les sujets abordés sont toujours aussi actuels.
Emmené par un bon casting où Bill Skarsgård est franchement convaincant, accompagné de Dacre Montgomery, Colman Domingo, ou encore Al Pacino (joli clin d'œil à "Un après-midi de chien", où ce dernier tenait à peu près le même rôle que celui de Skarsgård), une mise en scène pas mal et une bonne bande originale, "La Corde au cou" ne fait pas d'étincelles, mais parvient à être prenant et pas trop mal.
Impressionnant. La faculté à qualifier les uns de tueurs ou de malades mentaux ... Chose auxquelles la société y participe. Un homme qui défend son honneur au mépris de beaucoup.
Excellente cuvée pour ce Gus Van Sant seventies, drôle, filmé d’une main de maître, et porté par des acteurs brillants. Tourné en 19 jours seulement ! Chapeau.