Adapté librement d'un roman de l'écrivaine basque Katixa Agirre, Salve María participe du principe, désormais plus tabou, de déconstruire l'image idéalisée et imposée d'une maternité forcément heureuse. spoiler: En l'occurrence, l'héroïne du film, ajoute à ce qui ressemble à une dépression post-partum des idées noires liées à un fait divers tragique, pour lequel elle se passionne. La réalisatrice catalane, Mar Coll, réussit assez bien, au moins pendant une heure, à installer une atmosphère oppressante et raréfiée, où les angoisses de la puerpéralité se confondent avec l'imminence d'un état proche de la démence. Elle le doit, en particulier, à son actrice principale, Laura Weissmahr, prodigieuse d'intensité négative. On y atteint alors un pic d'inquiétude, certes un peu éloigné de ceux de Rosemary's Baby ou de Hungry Hearts, par exemple, pour rester sur des sujets voisins. La dernière partie du film est moins probante, comme si les curseurs ne pouvaient être poussés davantage ou, plus prosaïquement, comme si le scénario entrait dans une sorte d'impasse émotionnelle. D'où un dénouement franchement frustrant, qui n'explique ni ne résout rien, nous obligeant à nous demander si le thriller psychologique entrevu n'était pas un leurre, qui ne débouche sur rien d'autre qu'une conclusion insipide et timorée.
Dans Salve Maria, Mar Coll plonge au cœur des zones d’ombre de la maternité. Maria, écrivaine en proie au rejet de son bébé, s’obsède pour un infanticide survenu près de chez elle. Entre thriller psychologique et drame intime, le film joue sur l’ambiguïté : atmosphère bleutée, pluie persistante, symbolique du corbeau, scènes d’hallucination et tension sonore créent une frontière floue entre réalité et cauchemar. Laura Weissmahr incarne avec intensité cette héroïne vacillante, enfermée dans un cocon obscur où culpabilité, honte et incapacité à correspondre au modèle de “bonne mère” l’assaillent. La structure en chapitres ponctués de citations féministes et le choix de filmer en 35 mm renforcent la dimension esthétique et politique. La musique chorale de Zeltia Montes accompagne chaque état émotionnel, tandis que les décors – de l’appartement exigu au village de Taüll – traduisent l’isolement croissant. Un récit viscéral et troublant, qui prolonge la ligne ténue entre lucidité et ténèbres.
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Dans Salve Maria, réalisé par Mar Coll, une écrivaine qui vient d’accoucher s’accroche à un fait divers survenu tout près : une mère a commis l’irréparable. Pas pour le sensationnel. Pour comprendre. Pour ne pas se noyer. Maria (Laura Weissmahr) ouvre un carnet et, au lieu d’une intrigue solide, trouve une faille. L’enquête devient roman, le roman devient miroir, le miroir — inquiétant — la regarde.
Le pitch est simple : une jeune mère écrit pour appréhender sa propre maternité, hantée par le crime d’une autre. Plus elle cherche “pourquoi elle a fait ça”, plus la question revient vers elle, retournée : et toi, jusqu’où peux-tu aller ? Le film épouse ce balancier : amour de l’enfant / peur de soi, tendresse / vertige, réalité / fiction.
Mar Coll filme à hauteur de fatigue : chambres trop calmes, gestes mécaniques, silences qui serrent. Pas d’effets. Plan fixe, respiration courte. La maternité ici n’est ni halo ni idole : un labyrinthe. On entend les mots avant de les lire, l’écriture comme seul outil pour ne pas glisser. Chaque note de Maria ressemble à une barrière fragile — et chaque phrase rature la précédente.
Laura Weissmahr ne psychologise pas, elle vacille. Regard qui tient, puis se dérobe. Corps présent, esprit ailleurs. Autour d’elle, Nico, Ana, silhouettes ou ancrages ? Peu importe : tout devient matériau, tout nourrit l’obsession. La mise en scène laisse affleurer un humour de frottement — minuscule — quand la banalité domestique percute l’ombre du fait divers : un biberon posé sur un carnet taché, un sourire qui sonne trop tard.
Le film ne moralise pas. Il observe. Il laisse flotter des peurs contemporaines (charge mentale, solitude, violence invisible) sans slogans ni diagnostics. L’écriture n’absout rien : elle déplace la faute, l’essore, la renvoie. On comprend le cœur du récit : Maria cherche la logique d’un geste monstrueux pour apprivoiser la possibilité qu’il la traverse, même à l’état d’ombre. Comprendre pour ne pas faire. Écrire pour ne pas devenir.
Et quand ça s’achève — ça ne se referme pas. On sort avec une phrase courte dans la tête : une mère, une page, un gouffre. Drame psychologique, oui. Pas les mères, surtout : les femmes qu’on dépose dans un rôle et qui, parfois, glissent. Salve Maria n’explique rien, il rend audible ce qui craque sous la berceuse.
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2,5
Publiée le 3 mai 2025
spoiler: Maria est une jeune maman qui a du mal à se faire à son nouveau rôle de mère. Elle est en couple, mais profondément seule face à ce sentiment de mal-être qui la gagne progressivement. Son bébé ne semble pas accepter son lait maternel tandis que les autres mères qu'elle croise dans un cours donnent l'impression de parfaitement gérer la situation. La fatigue physique et émotionnelle, la peur de mal faire, puis vient cette obsession morbide pour une affaire d'infanticide. Une situation particulière dans laquelle elle se verrait bien. Si elle s'en est sortie, pourquoi pas elle ? "Salve Maria", c'est la descente aux enfers d'une femme tentée par le pire. Une bataille continuelle incarnée par une excellente Laura Weissmahr. Un portrait à la fois puissant et délicat dans un film que je n'ai cependant pas trouvé à la hauteur de la performance de l'actrice ou de son personnage. L'histoire stagne trop longtemps tandis que l'écriture manque de subtilité. Bref, un film qui m'a finalement laissé sur ma faim et cette décevante conclusion n'a rien arrangé.
Maria, une jeune écrivaine, vient d'accoucher. Son compagnon a beau se montrer aidant, Maria est dépassée par les pleurs de son bébé, par ses vomissements dont elle se demande, en dépit du diagnostic rassurant des médecins, s'ils ne sont pas l'indice d'une maladie cachée. Alors que Maria s'enfonce dans la dépression, un fait divers retient son attention : une Française, installée en Catalogne, aurait noyé ses deux jumeaux.
Adapté d'un récit de l'autrice basque Katixa Agirre, "Salve Maria" dresse un impressionnant portrait de femme. La révélation Laura Weissmahr, le cheveu blond et filasse, les yeux cernés par la fatigue, le bustier maculé des sécrétions de son bébé, porte le film sur ses épaules de bout en bout jusqu'à son épilogue aussi ambigu que juste.
Le problème de "Salve Maria" est d'être le film d'un seul sujet : la dépression port partum. Le sujet est grave. Mais, à lui seul, il ne suffit pas à nourrir un film tout entier. La vaine tentative de faire sortir Maria de son appartement pour l'entraîner dans une haute vallée pyrénéenne à la recherche de cette meurtrière qui la fascine ne suffit pas à donner au film l'oxygène qui lui manque.
Osant l'honnêteté, ce drame ordinaire suit la descente aux enfers mentale d'une femme confrontée à la réalité de la maternité, loin de ce que la société veut faire croire: nuits blanches (la privation de sommeil est effectivement une technique de torture), pleurs incessants, dépossession de son identité, sensation de transparence dans sa propre vie, renoncement obligatoire à soi et mari donneur de leçons qui se cache derrière son travail pour alléger sa participation. Ce rappel essentiel de l'impossibilité pour chaque individu de rassembler l'ensemble des qualités, compétences, ressources, nécessaires à l'éducation heureuse d'un enfant se présente sous la forme d'un thriller psychologique où la mère (pas seulement l'héroïne) pourrait basculer à tout moment ainsi que le fit l'infanticide pour laquelle une fascination teintée de compassion naît dans les yeux d'une saisissante Laura Weissmahr. Partant alors sur les traces de la meurtrière, la protagoniste souhaite profondément la comprendre, autant pour se rapprocher d'elle en tant qu'écrivaine que pour s'en éloigner en tant qu'être humain, craignant d'en arriver aux mêmes extrémités. Dotée d'une mise en scène faisant ressentir l'étau dans lequel se sent enfermée Maria, la narration s'autorise des échappées oniriques présentant les pensées les plus tabous. Une froide illustration du regret que peuvent éprouver nombre de génitrices, notamment celles qui aimaient leur quotidien, leurs plaisirs, leurs bonheurs, avant.
"Salve Maria" est un film remuant sur la maternité et le manque d'affection d'une maman pour son bébé. Maria, bien épaulée par son mari est une écrivaine qui vient d'accoucher mais qui est "parasitée" par un double infanticide perpétré dans la région. Cela l'amène à recueillir des articles de presse à ce sujet,spoiler: mais l'intérêt du film réside dans la dépression post-partum de la jeune femme qui s'accentue au fil des minutes . Récompensée comme meilleur espoir féminin aux Goyas, Laura Weissmahr est bouleversante dans ses silences et sa souffrance. Un ensemble qui fera frémir les jeunes parents (et les autres...).
Qui est le film ? Salve María est le troisième long métrage de Mar Coll, après Tres dies amb la família (2009) et Tots volem el millor per a ella (2013), et marque son retour après plus d'une décennie. Adaptation du roman basque Amek ez dute (« Pas les mères ») de Katixa Agirre, il explore le tabou de la maternité douloureuse. Le film suit María, une écrivaine jeune maman interprétée par Laura Weissmahr, qui devient obsédée par un fait divers tragique (une mère française ayant tué ses jumeaux) déclencheur d’une descente dans ses propres angoisses post-partum.
Que cherche-t-il à dire ? Loin de proposer une banale introspection psychologique, Mar Coll déconstruit le mythe social de la mère épanouie pour filmer le territoire obscur de la culpabilité, du dégoût et de la fatigue. Le film n’accuse personne, mais rend palpable cette peur diffuse : celle de devenir la maman qu’on croyait combattre.
Par quels moyens ? Dans Salve Maria, le fait divers n’est pas un élément de décor mais un centre de gravité. Il attire María comme un aimant, au point que son intérêt finit par prendre la forme d’une obsession. Il y a d’abord ce moment où l’histoire de l’autre devient un miroir : ses peurs, ses blessures, ses regrets se reflètent dans ce drame, comme si chaque détail journalistique rallumait en elle un foyer qu’elle préférait garder éteint. La projection est si forte que l’affaire agit moins comme un sujet extérieur que comme une problématique lui faisant écho.
S’immerger dans cette enquête, c’est aussi chercher un ordre dans le désordre. Plus María lit, recoupe, s’informe, plus elle croit pouvoir maîtriser l’incertitude, se prémunir contre ce qu’elle ne contrôle pas dans sa propre vie. Cette quête de sens, pourtant, n’apaise rien : elle la plonge dans un récit hypnotique, où fascination et vulnérabilité s’entremêlent. L’infanticide, dans sa cruauté, a quelque chose d’indéchiffrable qui la retient.
Suivre l’histoire jusqu’au bout, c’est peut-être espérer démêler ses propres nœuds, trouver une justification à certaines pensées. Ici, céder à l’emprise n’a rien de voyeuriste : c’est répondre à un besoin vital de se reconnaître dans l’histoire d’autrui, même par fragments.
Laura Weissmahr donne corps à cette tension sans jamais la surligner. Un regard cerné, un silence trop long, une respiration retenue suffisent à rendre palpable l’épuisement. Elle ne joue pas la détresse : elle l’habite. Le film organise cette lente dérive en chapitres, chacun introduit par une citation de Simone de Beauvoir ou Sylvia Plath, rappelant que la maternité se déploie autant dans les discours et les normes que dans l’expérience intime.
Face à elle, Oriol Pla incarne un père absorbé ailleurs, presque caricatural dans sa distance, soulignant par contraste la solitude de María. Et dans la figure de la mère de l’infanticide, se dessine une empathie distante, comme un avertissement : le reflet possible de ce qu’elle pourrait devenir.
Où me situer ? J’ai beaucoup aimé Salve Maria, justement parce qu’il refuse la facilité. C’est un film qui prend au sérieux la complexité de ses personnages, qui ne cède ni au pathos ni à la froideur, mais trouve cette zone d’équilibre tout en laissant place à l’ambiguïté. Sa mise en scène sobre et resserrée, portée par une direction d’acteurs, permet de mieux saisir leur psyché.
Quelle lecture en tirer ? Salve María est une exploration sans concession de l’exil émotionnel qu’entraîne une maternité douloureuse. Il nous parle d’un terrain miné où culpabilité et instinct s’entremêlent. Mar Coll ne juge pas, elle s’approche, pour nous en interroger. C’est une fenêtre ouverte sur la peur intime, et honteuse, qu’un jour la vie qu’on a créée devienne celle qui vous tue. Un film vital, pas pour ce qu’il rassure, mais pour ce qu’il libère.
En provenance d'Espagne, " Salve maria " est une proposition de réflexion sur l'instinct maternel, le rejet de la maternité ( allant jusqu'à la naissance d'idées très sombres ) que l'on peut peut-être représenter comme la nausée, le dégoût d'être mère) et finalement l'impossibilité émotionnelle pour certaines femmes d'être mère.
La force du scénario est qu'il nous montre l'existence bien réelle de ce genre de profil. Pas question de l'associer à une figure sociale marginale puisque le personnage principal est une écrivaine connue. Profession en principe associée à une intelligence émotionnelle et introspective.
Le seul problème du scénario c'est qu'il se contentera ( c'est il est vrai déjà pas mal ) de décrire le comportement de cette anti-mere.
A aucun moment, la cinéaste ne tentera de nous donner des pistes sur les origines de ce trouble du comportement. Car non, ce type de comportement, de rapport à son bébé ne survient pas par hasard !
Il aurait alors fallu décrire le couple des parents du personnage principal, celui de sa mère ( on l'aperçoit rapidement dans un plan ), la relation du couple formé par le personnage principal et son conjoint avant la conception de l'enfant. Il ne sera rien de tout çà.
Il reste un sujet très puissant, un sens de la mise en scène pas inintéressant mais malheureusement le scénario est bien trop incomplet. A se demander si c'est volontaire, ou si la cinéaste a suffisamment fouillé son sujet ?
Ce film m'a énervé... J'étais énervée toute la fin de ma séance pour tout un tas de raisons viscérales. Comment un conjoint ne peut pas ressentir, ou du moins voir, la détresse de sa compagne, la mère de son enfant ? Comment est-ce-qu'il peut supporter ses silences et ses cernes qui parlent pour elle ?
Comment l'entourage qui gravite autour d'elle, voyant qu'elle ne répond pas aux messages, ni aux appels ne percute pas à sa lente agonie silencieuse ?
Cela m'a rendu folle de rage !!
On ne saura rien de la vie de Maria, en dehors de son appartement trop étroit et qui part en lambeaux, qu'elle a écrit un livre à succès, qu'elle allaite et qu'elle aime danser.
Mais on est seule avec elle, seule avec sa fatigue, ses gestes mécaniques, ses doutes et son intérêt grandissant pour un fait divers qui vire à l'obsession ! Vous aussi lui trouvez de faux airs à Jennifer Lawrence ou je suis la seule ?
Au-delà de cette aparté, le film retranscrit avec réalisme le post-partum et la solitude dans laquelle sont enfermées les femmes qui le subissent.
L'actrice principale est une révélation : elle est incroyable et bouleversante ! Retenez son nom : Laura Weissmahr !
Mais j'ai regretté deux points. D'une part, certaines longueurs : le récit s'étire trop et il aurait été plus percutant sur le film avait été un peu plus raccourci. D'autre part, la scène qui vire au fantastique qui m'a fait détourner du sujet principal et que j'ai trouvé inapproprié...
C'est un film fort, émotionnellement perturbant mais qui a réussi son but : marquer les esprits et mettre en avant une dépression qui est beaucoup trop répandue chez de nombreuses femmes !