Le projet initial devait se dérouler au Japon, mais la pandémie de COVID-19 en a décidé autrement. Les sources de financement nippones se sont évaporées. Antonin Peretjatko se rappelle : "Il y a eu ensuite une succession de producteurs qui ont jeté l’éponge au fur et à mesure que le budget fondait comme neige au soleil. Nous nous sommes retrouvés avec un mini budget d’à peine 1 million d’euros. Christophe Gougeon a eu le courage de produire le film et nous avons réussi à dompter le budget comme des cowboys de rodéo."
La Réunion a joué un rôle clé dans la transformation du film. Antonin Peretjatko connaissait l'île depuis une décennie, ayant envisagé de tourner un autre projet là-bas. Il confie : "J’étais allé à La Réunion dix ans avant pour des repérages de La Loi de la jungle qui s’est tourné en Guyane. J’avais gardé des souvenirs de décors fabuleux. Mes photos de repérage m’ont bien servi pour la réécriture. Lors de l’étape des repérages, j’ai réécrit certaines scènes en fonction de ce qui était désormais disponible ainsi que des comédiens trouvés sur place."
Via le thème du vampire, Antonin Peretjatko a voulu évoquer des sujets polémiques comme le racisme ou la religion. Le metteur en scène explique : "Le sang pur, forcément ! Les vampires me permettent de parler de l’idéologie de la pureté du sang qui est une pure invention. Et qui dit vampire dit religion. Le film prend les codes narratifs du genre à rebrousse-poil, au diable ceux où il suffit de brandir la Bible pour effrayer les créatures de Satan !"
"À travers la comédie, le film évoque le dogme religieux, il s’inscrit en contradiction avec des courants de pensées actuels qui laissent croire que notre époque manquerait de religion ou de foi. Cependant le film n’est pas contre la spiritualité, il est contre le pouvoir religieux et ses dogmes. En cela Vade Retro est un film libertaire."
Pendant l’écriture de Vade Retro, Antonin Peretjatko baignait dans l’œuvre de l'artiste peintre et dessinateur Roland Topor. En 2019, le cinéaste a même réalisé un film de 5 minutes là-dessus : Mandico et le TOpsychoPOR. Il raconte : "Le surréalisme c’est comme filmer un gag (d’ailleurs dans le dictionnaire abrégé du surréalisme, Salvador Dali déclare « ce qu’on peut attendre du surréalisme et ce qu’on peut attendre du cinéma comique est tout ce qui mérite la peine d’être considéré »), si un financeur lit le scénario avec un esprit trop cartésien, il peut demander à enlever ce genre de truc par incompréhension."
"Les films souffrent de trop de compréhension. C’est pour cela que j’aime les cinéastes si opposés comme Lynch ou Godard."
Lorsque le projet en était à ses débuts, il n’y avait quasiment pas de sang et de morsures dans le scénario. Mais Antonin Peretjatko a décidé de changer cela : "Le film me paraissait trop timide. Je voulais des effusions inattendues, que l’imprévisible soit de la partie, mais aussi que le pire soit toujours vers où vont les personnages, ce qui est le propre du burlesque. Le film prend plaisir à surprendre et secouer le spectateur."
Pendant la phase de casting de Vade Retro, le choix des comédiens par Antonin Peretjatko se fait grâce à ce qu’ils apportent. Le réalisateur précise : "Si c’est simplement pour dire le texte, ça ne m’intéresse pas. Si quelqu’un arrive avec son exubérance, comme Arielle Dombasle, ça devient intéressant et sa filmographie infuse le film. On a beaucoup répété avec Esteban et Pascal Tagnati en travaillant précisément les intonations."
"Cela a servi au moment du tournage, parce que ce n’est plus le moment de se poser la question du comment ni du pourquoi. Le tournage est peut-être le moment de l’idée mais ce n’est plus le moment de la pensée. C’est une étape où le temps est trop précieux. Après il s’agit d’alchimie de casting, tel comédien est bien mais dans le groupe ça n’ira pas, tel autre est très connu mais il fera tache au milieu d’inconnus, c’est une construction complexe."