En 1961, le miracle économique italien fait oublier, depuis une dizaine d’années, la misère de l’immédiat après-guerre. Toutefois, s’extasier devant cette situation fait oublier que celui-ci possède néanmoins ses laissés-pour-compte. C’est à ceux-ci que le poète-écrivain-scénariste Pier Paolo Pasolini décide de consacrer son premier film en tant que réalisateur : Accattone. Pasolini, fortement marqué par le néo-réalisme ici, se concentre sur un être assez détestable : fainéant
(s’il travaille sur la fin, c’est par orgueil mais il présente cela comme de l’esclavage et comme une déchéance)
, proxénète, machiste, voleur
(ce qui l’amènera vers la mort) même envers un enfant
… En bref : un minable. Pasolini n’hésite pas à accentuer le pathos de ces bas-fonds, aspect renforcé par la musique de Jean-Sébastien Bach (l’utilisation de La Passion selon saint Matthieu, dès le générique, donne même un aspect christique au parcours du personnage) et par le jeu très marqué (chose habituelle dans le cinéma italien) des comédiens et en particuliers de Franco Citti. La vie pour son personnage est, en fin de compte, insupportable, ce qui le pousse à dire au moment où il sent la mort arriver : "Maintenant, je me sens bien". Il faut d’ailleurs noter que la violence que montre Pasolini est un peu prophétique puisque l’agression de Maddalena sur un terrain vague fait penser, avec le recul, à celle qui tuera Pasolini le 2 novembre 1975. Ce film
(qui reste, à l’exception de la séquence du rêve, assez réaliste)
ouvre donc une œuvre souvent revendicatrice et provocatrice qui marqua l’histoire du cinéma italien.