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3,0
Publiée le 9 mai 2026
Avec Le Crime de Monsieur Lange, Jean Renoir mêle chronique populaire et réflexion politique dans une œuvre marquée par l’esprit du Front populaire. Le film séduit par sa chaleur humaine et sa représentation d’une solidarité collective en construction. Renoir privilégie les interactions entre personnages et la fluidité du récit, parfois au détriment d’une véritable tension dramatique. Cette douceur humaniste donne au film un charme évident, mais peut aussi atténuer la portée de ses enjeux. Reste une œuvre généreuse et importante dans son contexte, mais dont l’équilibre demeure légèrement inégal.
Sans doute une des réussites (1935 ) majeures de Jean Renoir, une des signatures les plus éminentes du cinéma français, Bertrand Tavernier rend justement hommage au " crime de monsieur Lange " dans son documentaire " voyage dans le cinéma français ".
Les néo mac-mahoniens ne furent pas en reste par la voix de Jacques Lourcelles et Pascal Merigeaux auteur d'une biographie formidable de Jean Renoir ne tarissent pas d'éloges à l'égard de ce titre.
Aucun film n' a probablement jamais été aussi représentatif de l'esprit incarné par le Front Populaire. Sa modernité est assez remarquable et la première heure atteint des sommets.
Il a été dit que le scénario aurait dû être tourné par Jacques Becker et que Renoir qui n' avait encore jamais obtenu de succès public, s'imposa à la place de Becker auquel il était pourtant lié.
Le scénario signé Jacques Prévert fut leur dernière collaboration. A l'époque, le scénariste était considéré la personnalité angulaire d'un film.
Faut-il y voir un des arguments qui contribua à la brouille entre Prévert et Renoir et à la mise en avant de Renoir au détriment des auteurs de la qualité française, par les critiques des cahiers du cinéma ?
Voilà, en tout cas pour le moins, ( selon moi ) un des titres parmi les plus réussis du cinéma français des années 1930.
Certes, le coeur du récit du "Crime de Monsieur Lange" met peut-être un peu de temps à démarrer. Et son protagoniste, un auteur crédule d'histoires de cow boy, n'est pas particulièrement attachant. Mais le film a de très solides avantages. D'abord et surtout, le personnage du patron absolument infect incarné par Jules Berry. Truculent, cynique, manipulateur, coureur de jupons, endetté jusqu'au cou, profondément incompétent : monsieur Batala est un personnage que l'on adore détester ! Et qui donne du corps à une histoire assez amusante. Ensuite, justement le scénario écrit par Jacques Prévert. On y trouve de bons mots assez savoureux... et un fond politique très inhabituel pour du cinéma français. En effet, le film est libertaire, limite anarchiste. Avec une peinture peu flatteuse de figures d'ordres telles que la police ou les religieux. Une critique du rapport de confiance qu'elles inspirent naturellement et irrationnellement aux gens. Et évidemment, un propos osé sur le fonctionnement d'une PME. Le patron est un méchant nullard, c'est une coopérative ouvrière qui sauvera les meubles ! En tout cas, avec sa durée réduite "Le Crime de Monsieur Lange" se laisse regarder sans aucun mal et développe ces idées intéressantes.
L'association de Jean Renoir et Jacques Prévert ne pouvait qu'aboutir à un film à la fois élégant et fantaisiste. L'influence de Prévert se fait constamment sentir à travers l'insouciante bonhomie des seconds rôles et figurants, ouvriers dont l'optimisme est l'antithèse d'un climat social réaliste et pré-Front Populaire. Si le fil de l'histoire est lié au destin de l'entreprise d'imprimerie du malfaisant Batala (Jules Berry), Renoir dépasse largement ce cadre en filmant ce que l'on pourrait appeler une scène de la vie parisienne, la vie colective d'un immeuble, sinon d'un quartier de Paris.
On conçoit que le film ait pu diviser (politiquement). Il propose ni plus ni moins la réussite de l'entreprise sans son patron, mais avec l'ensemble des ouvriers de bonne volonté sous forme de coopérative. Il s'agit sans doute moins d'une thèse que d'une de ces idées anticoformistes chères à leurs auteurs. Rappelons toutefois que Jean Renoir tournera peu de temps après pour le PCF et la CGT. Jules Berry, l'infâme patron, escroc cynique et opportuniste, et qui n'en demeure pas moins une crapule sympathique, se livre à un brillant numéro.spoiler: Sa mort , annoncée par le titre du film, devient pourtant un dénouement moral et volontiers subversif si on fait de Batala, aux yeux des auteurs, le symbole du patron à abattre.
Le crime en lui-même est assez fade...... Le héros l'est d'ailleurs aussi. C'est Batala le personnage excellent du film. On n'arrive même pas à lui en vouloir avec sa verve extraordinaire et son style charmeur!! Intéressant
Si « Toni » est le film plus sous-estimé de la période avant guerre de Jean Renoir, « Le crime de Monsieur Lange », à l’opposé, est un des plus surestimé. Il est surtout connu de nos jours pour son engagement politique et ses innovations techniques. Se déroulant majoritairement dans un immeuble (Jean Becker qui devait réaliser le film avait choisit comme titre « La cour »), le deuxième point est indiscutable avec des panoramiques vraiment innovants et une manière de retrouver dans un mouvement de caméra le ou les personnages qu’il avait quitté un ou deux plans précédents. Uniques à cette époque (1936) dans le cinéma européen. S’ajoute, une direction d’acteur remarquable (mais Marcel Lévesque en fait un peu trop) d’ou ressort, dans le rôle du salaud intégral, un Jules Berry, à la fois cabotin et distancié. Ajouté au fait que la revue se monte en coopérative et que le succès populaire est au rendez-vous, que le scénariste s’appelle Jacques Prévert et que tout ceci se passe quelques semaines avant la victoire du front populaire aux élections, le film se présenterait donc comme très engagé à gauche. La qualificatif de « féérique » appliqué par Truffaut semble davantage correspondre à la réalité du film, en accord avec le tempérament du scénariste qui, avec Carné, développera plusieurs scripts de cette veine (« Les Visiteurs du Soir », « Les enfants du paradis », etc.). D’ailleurs, c’est l’héritier d’un grand bourgeois, qui aide le couple à la fin, descendant du noble seigneur (ou prince) des contes de fées. Et, comme souvent chez Renoir, tout se passe dans la joie et la bonne humeur (ce n’est clairement pas le sombre Duvivier), hélas avec des dialogues interminables, habillés par une musique de Joseph Kosma et Jean Wiener peu inspirés. Ce développement libertaire et humaniste fut suivi chez Renoir par un film de propagande commandité par le PCF, qui mettra un terme à toute collaboration avec Prévert, ce dernier se méfiant de Staline et ses laquais du PCF. Le pacte germano-soviétique (23 août 1939 au 22 juin 1941) lui donnera raison.
Ce film est remarquable car Jean Renoir utilise les mouvements de caméra comme véritable grammaire cinématographique. Sorti en 1936, le film présente un entrepreneur, M. Batala (Jules Berry excellent) sans scrupules qui exploite les salariés d’une imprimerie.et abuse des femmes. Faisant flèche de tout bois pour ne pas payer ses créanciers et gagner du temps il finit par utiliser un jeune auteur d’histoire de westerns, le gentil M. Lange à qui il fait signer un papier. Obligé de fuir les poursuites de ses créanciers il disparaît. L’entreprise est alors reprise par ses salariés en tant que coopérative et se renfloue. Considéré comme mort, il finit par réapparaître et fait valoir ses droits. Le crime de monsieur Lange est alors commis avec une caméra embrassant toute la classe laborieuse qui travaille autour d’une cour principal centre de l’action. Renoir absout le meurtre du profiteur par le travailleur intellectuel à travers une discussion dans un hôtel -bar où monsieur Lange s’est enfuit. Ainsi Renoir instille-t-il don message social et politique de manière subtile.
Amédée Lange et Valentine se réfugient dans un hôtel à la frontière belge. Monsieur Lange est recherché pour meurtre. Valentine se propose de raconter aux clients de l'hôtel son histoire pour les laisser apprécier sa culpabilité.
"Le Crime de Monsieur Lange" commence comme un film noir. Mais il continue bientôt sur le mode de la fable politique.
Comme King Vidor, Jean Renoir filme un microcosme. On n'est pas dans une ferme collective comme dans "Notre pain quotidien", mais dans un immeuble parisien. Au rez-de-chaussée une blanchisserie dirigée d'une main ferme par Valentine (Odelle Florelle qui avait joué une émouvante Fantine dans "Les Misérables" de Raymond Bernard et qui mourut en 1974 dans la misère à La Roche-sur-Yon - je me demande ce qui est le pire : mourir dans la misère ou à la Roche-sur-Yon ?). À l'étage une salle de presse où sévit l'infâme Paul Batala (Jules Berry au sommet de son art) qui se joue de la crédulité de ses employés, hommes et femmes, pour les abuser. Batala met enceinte une des employées de Valentine. Il usurpe à Amédée Lange (René Lefevre, jeune premier prometteur... qui ne tint pas ses promesses) ses textes pour les publier. Pourchassé par ses créanciers, Batala déménage à la cloche de bois et disparaît dans un accident de chemin de fer.
Comme King Vidor, Jean Renoir filme, un an avant le Front populaire, une expérience collectiviste : les employés de Batala se constituent en coopérative et transforment, à force d'abnégation et de bonne humeur, une entreprise en redressement en florissant commerce. Mais hélas, comme on pouvait le craindre, Batala n'est pas mort et revient, le soir de Noël, déguisé en abbé, faire chanter Lange et Valentine.
"Le Crime de Monsieur Lange" réunit deux monstres sacrés du cinéma : Jean Renoir à la réalisation - qui va signer ses deux chefs d’œuvre "La grande illusion" et "La Règle du jeu" - et Jacques Prévert au scénario. Leur collaboration fait merveille. Les textes de Prévert sont aussi truculents que poétiques (on entend un "Embrassez moi" qui annonce "Le Quai des brumes"). La caméra de Renoir virevolte : on étudie dans toutes les écoles de cinéma le panoramique à 180° utilisé pour filmer la scène du crime. Mais c'est peut-être les scènes de groupe qui sont les plus réussies. Les comédiens étaient unis dans une complicité qui n'était pas que de façade. La plupart faisait partie du Groupe "Octobre", une association agit-prop et libertaire proche du Parti communiste. Ensemble, ils ne tournaient pas seulement un film ; ils réalisaient un idéal.
Très décevant pour du Renoir. On retrouve sa capacité à bien filmer la camaraderie - çà c'est tout Renoir ! Jules Berry est génial - et rien que pour lui il faut voir ce film. Mais le reste est lassant et même, hélas, assez médiocre. Prévert est à côté de la plaque, et la fin est tout à fait immoral.
La mise en scène est d'une très grande beauté et d'une grande poésie. L'idée géniale se trouve d'abord dans le décor : une cour parisienne avec une blanchisserie et une imprimerie, ainsi que des appartements.. Bref tous les décors du film (ou presque) en un seul endroit. La cour symbolise évidemment le microcosme de la société mais constitue également une sorte de théâtre dans lequel la caméra de Renoir se promène avec une liberté éblouissante. Renoir travaille essentiellement en plan séquence au tournage, c'est-à-dire chorégraphiant les mouvements des personnages dans l'espace avant de décider de comment tourner la scène. Du coup, la liberté physique est donnée aux comédiens comme rarement ils ont pu l'avoir avant ce film. Ça bouge, ça s'appelle, ça crie, bref, ça vit.
Une belle réussite signée du génial Jean Renoir. Tour à tour noir, tragique, drôle, léger, ce "Le crime de Monsieur Lange" fait état de la grande maîtrise de son réalisateur. Solide, bien écrit, le scénario permet aux acteurs d'exprimer tout leur talent avec une prime à donner au grand Jules Berry, parfait en escroc véreux et sans scrupules.
Petit bijou signé Jean Renoir, qui malgré son histoire et sa trame très simple est une totale réussite.
Jules Berry confirme qu'il est un des plus grands acteurs de l'avant-guerre, et qu'il excelle dans les rôles de salopards (ce qui était déjà le cas dans "le jour se lève").
Là il manipule un petit ouvrier qui finira par commettre l'irréparable.
Le tout a certes très vieillit mais la manière dont tout cela est raconté, le talent des acteurs et la mise en scène parfaite font de ce classique une vraie perle à (re)voir.
C'est une fable ! Elle est d'une naïveté désarmante et d'un manichéisme confondant. Pourtant le film a des côtés attachants, la réalisation est excellente, la direction d'acteurs également. Jules Berry est grandiose (Il sauve le film à lui tout seul) et les femmes sont jolies (Florelle en tête), Certaines scènes sont assez drôlesspoiler: (le pépé qui chante "C'est la nuit de Noël") voire surréaliste (le dialogue entre Berry et le curé) . Donc au final une impression mitigée : ça se laisse voir mais comparé à ce que fera Renoir dans les années suivantes, il n'y a pas photo.
Une maison d’édition dans le plein centre de Paris tenue par M.Batala ; ce dernier est criblé de dettes et pousse son entreprise à la faillite. Avant cela, il a su extirper les droits d’auteurs d’un jeune écrivain auteur des aventures d’ « Arizona Jim » . Batala devant le naufrage prend la poudre d’escampette ; les salariés prennent le pouvoir de l’entreprise sous une forme de coopérative ; l’entreprise devient florissante et c’est le moment que choisit Batala pour réapparaître et récupérer la mise. On est pile un an avant la prise de pouvoir du Front Populaire et ses avancées progressistes ; ce film est donc férocement ancré dans l’état d’esprit de son époque. L’utopie du monde des petites gens se dressant contre l’exploiteur pour reprendre l’outil de production à son compte. Renoir, dans ses films d’avant guerre, épaulé de Prévert, ne cachait pas ses convictions politiques proche du communisme premier : idéalisme de classe ouvrière, croyance en la solidarité ouvrière contre les patrons voyous,… çà vous rappelle pas un peu notre époque. Renoir et Prévert restent tout de même honnêtes en ne réduisant pas la bourgeoisie à être dans le camp des exploiteurs. En effet, ils nous donnent à voir une communauté d’intérêt se formant spontanément en fonction de la topographie urbaine (utopie socialiste encore…). Dans cette cour où le groupe va se former un bourgeois va donc aussi s’associer aux ouvriers, typographes, scribouillards, blanchisseuses, concierge,… L’intrigue est simple mais ne constitue pas l’intérêt principal du film ; la vision rêvée du monde de demain dans cette époque d’avant guerre est exaltante. Ensuite la mise en scène est dynamique, mobile, spatiale, en plans séquences majestueux ; les comédiens sont aussi toujours en mouvement… çà vit clairement sur la pellicule… quelle gageure lorsque que l’on connaît le poids des caméras de l’époque et le prix de la pellicule… Renoir est un artiste… André Bazin a même décrit à l’époque le célèbre panoramique à 360° et à contresens de la scène finale ; du grand art dont un croquis a été rendu.
Gageure aussi de filmer comme au théâtre tout dans une seule cour comme Hitchcock, 20 ans plus tard, avec « Fenêtre sur cour ». Et puis au scénario, au dialogue et présent sur tout le tournage ; Prévert, un monstre aussi.
Et pour finir concernant le son médiocre Jean Renoir a dit : « D’ailleurs, le fait qu’on ait tourné dans cette cour explique aussi la mauvaise qualité du son…mais je préfère un mauvais son à un doublage. ».
A voir absolument… Et pour les curieux, ébloui par l’interprétation de Florelle… J’ai été consulté la bio d’une actrice ayant tourné avec les plus grands et tombée dans l’oubli… Triste