Voici un film à réhabiliter d'urgence. Willy Rozier n'est pas toujours bon, mais ce polar très noir est intéressant. Certes l'intrigue peut paraître classique, mais on s'aperçoit qu'elle est bien plus fine qu'elle en à l'air. La dernière partie, en Afrique semble d'abord comme une rustine morale sur le film, mais là encore Rozier nous surprend, car ce n'est pas ça du tout. L'interprétation sans être géniale reste correct de même que la réalisation… un peu fauchée quand même. Et puis la voix de Marie-José qui nous chante le "Pigalle" de Georges Ulmer, c'est quand même quelque chose.
Film 100% Willy Rozier, "56 rue Pigalle" raconte le destin peut-être funeste d'une liaison adultère entre un ingénieur et une bourgeoise, liaison amoureuse née sur une régate -ce qui confirme l'attrait de Rozier pour tout ce qui est nautique- que le réalisateur ne développe pas, préférant se consacrer à des rebondissements et impondérables de polar. Ponctués par la musique aux sonorités tragiques de Jean Yatove qui secoue ! Son sujet, dont l'argument n'est pas si mauvais ou commun qu'il en a l'air, navigue entre drame sentimental et série noire. Et le film est plutôt une bonne surprise, si l'on connait l'œuvre du cinéaste. Sa concision et ses ellipses, l'une n'allant pas sans les autres, sont probablement utiles à un récit sans temps mort. Cette efficacité narrative s'accompagne de kitscheries et de raccourcis maladroits qui font le charme du film. La jalousie furieuse du mari (Aimé Clariond...en sud-américain), qu'on n'avait pas vue venir, des séquences de tribunal malicieuses ou pas très orthodoxes d'un point de vue procédural, un épilogue africain inattendu et fiévreux, qui résonne comme une colère et un châtiment divins : Rozier fait preuve d'un éclectisme assez savoureux Le cinéaste a commis des nanars mais ce film-ci est à mettre à l'actif de son artisanat.
Le film comporte 2 parties distinctes. La première concerne le crime proprement dit et le jugement qui en découle ; la seconde concerne les conséquences du jugement. La première est très bien, le scénario est bien construit, et les acteurs sont très bien. Pour la seconde, c'est un bémol en-dessous, sauf si on aime les ravages de la paranoïa. A voir par les amateurs de film policier ancien, bien daté mais pas désuet.
Willy Rozier réussit ce polar sentimental grâce à un scénario qui bénéficie de multiples rebondissements ainsi qu’une dernière partie surprenante mais finalement pas inutile. Aimé Clariond se montre comme toujours à son avantage.