Quand Philip Seymour Hoffman a quitté ce monde le 2 février 2014 à seulement 46 ans, le cinéma a sans doute perdu l'un des plus grands acteurs de ce début de XXIème siècle. Miné très rapidement dans sa progression par de nombreuses addictions, l’acteur oscarisé n’a jamais pu se défaire des chaînes qui ont entraîné sa chute alors qu'il abordait sa période de pleine maturité. Malgré sa disparition prématurée, Philip Seymour Hoffman aura laissé une filmographie très fournie (55 films) mais aussi prestigieuse, couronnée en 2006 par un Oscar du meilleur acteur pour son incarnation du journaliste et romancier Truman Capote dans le film de Bennett Miller suivie par trois nominations dans la catégorie second rôle (« La guerre selon Charlie Wilson » de Mike Nichols en 2007, « Doute » de John Patrick Shanley en 2008 et « The Master » de Paul Thomas Anderson en 2012) . En 2003 avec « Mister Cash » inspiré de la vie de Brian Molony, gestionnaire de portefeuille pour une banque d’affaire dépendant au jeu, Hoffman accède pour la première fois à un véritable rôle principal. Depuis ses débuts en 1991, le jeune acteur a multiplié les rôles d’appoint où parmi les stars, il parvient toujours à se faire remarquer. En 1999, il partage la vedette avec Robert de Niro dans « Personne n’est parfait » de Joel Schumacher mais le film est un tel échec financier et critique que l’acteur en devenir peut logiquement penser que son tour est passé. « Mister Cash » s’il ne sera pas un succès commercial probant est encensé par certains critiques américains ayant pignon sur rue comme le très respecté Roger Ebert qui classe le film dans son Top 10 de l’année 2003. Dirigé par le réalisateur anglais Richard Kwietniowski, Hoffman porte sur ses épaules la descente aux enfers d’un homme prisonnier de très longue date du démon du jeu qui va entrer dans la spirale infernale de la cavalerie consistant à emprunter pour rembourser ses dettes. En 1974 dans « Le flambeur », le charismatique James Caan tout juste auréolé de sa prestation dans le rôle de Sonny Corleone fils aîné de Marlon Brando dans « Le parrain », interprète un brillant professeur de philosophie, fils de très bonne famille empruntant sensiblement la même trajectoire sous la direction d’un Karel Reisz qui avait donné une dimension éthérée et poétique de ce vice dont on a toujours bien du mal à comprendre les ressorts. Rien de tout cela chez Kwietniowski qui choisit de simplement exposer le désarroi d’un homme qui ne voit rien, n’entend rien d’autre que la boule qui tourne sur les créneaux dentelés de la roulette ou les dès qui roulent sur le tapis vert. Un homme qui finalement attend qu’on arrête d’autorité sa marche au bord du gouffre, depuis longtemps incapable d’en décider lui-même. Le réalisateur misant sur la lucidité crue plus que sur le romantisme qui nimbe souvent le monde du jeu élargit son portrait par l’intermédiaire de l’excellent John Hurt dans le rôle du directeur de casino qui ayant repéré le « gros joueur » met tout en œuvre avec son équipe pour nourrir une addiction dont lui connaît parfaitement les ressorts (« chambre luxueuse offerte avec cover girl en prime, repas succulents aux frais de la maison…). Philip Seymour Hoffman lui aussi en proie aux addictions de toutes sortes est tout simplement confondant de vérité, la détresse qui aura raison de lui étant déjà lisible dans son regard. Une prestation magistrale dans un film sobre et signifiant dont il saura se souvenir en 2007 quand il participera au dernier film du grand Sydney Lumet (« 7h58 ce samedi-là »). On peut l’affirmer, Philip Seymour Hoffman manque désormais cruellement aux cinéphiles du monde entier amateurs du cinéma américain.