"Who would you rather be at this moment ?"
Si l'on s'organise un ciné-club mobsters, quelque part entre Bugsy (Barry Levinson, 1991), Il était une fois en Amérique (Sergio Leone, 1984) et Cotton Club (Francis Ford Coppola, 1984 aussi), Billy Bathgate a toute sa place, malgré une interprétation et une réalisation assez moyennes, typées de cette époque où le cinéma étasunien était à une charnière et largement un cran en-dessous des trois autres oeuvres.
Sur le plan de la narration, il faut souligner la sympathie immédiate qui émane des principaux protagonistes, Dustin Hoffman/Dutch Schultz (impressionnant), Loren Dean/Billy Bathgate (bien qu'un peu niais parfois), BruceWillis/Bo Weinberg, Steven Hill/Otto "Abbadabba" Biderman et un Steve Buscemi encore assez peu connu en homme de main. Nicole Kidman joue par ailleurs une potiche tout à fait convaincante et Stanley Tucci, en deux courtes apparitions, campe un Charlie Lucciano glaçant.
L'intérêt du film, on le doit à la patte du scénariste, Tom Stoppard, avant tout dramaturge à qui l'on pardonne quelques scènes très théâtrales, qui mûrit ses personnages dans l'héroïque ou l'abject, aux accents existentialistes, au fil de la narration, à travers le regard candide du héros et le pragmatisme du personnage féminin principal (la potiche). Les mécanismes et autres ressorts d'un gang sont ainsi disséqués dans une suite de scènes marquantes (celle, très brève du baptême de Dutch avec Charlie Lucciano comme parrain est d'anthologie) qui sont autant d'éléments principaux à l'intrigue. Un vrai chef d'oeuvre d'écriture, pas très éloigné sur le fond d'un Arthur Miller ou d'un Sam Shepard, voire de Camus.
En résumé, on n'est pas dans du Scorsese ni du Coppola mais devant un film qui a beaucoup d'intérêt, essentiellement dramaturgique, en marge et même à contre-courant des classiques du genre.