Compte tenu de la réputation du métalleux il était légitime de craindre que sa « Maison des 1000 morts » ne soit qu’un gigantesque clip psychédélique réservé à ses plus farouches fans, prêts à saigner des oreilles et des yeux pendant près de 90 minutes…Mais Rob Zombie allait tordre le cou aux préjugés, en livrant un premier long métrage plein de fougue, de fureur et de passion, un violent coup de défibrillateur augurant un revival inespéré de l’horreur 70’s. Ou quand le Genre et la maison ont des morts.
Cette première bobine va solidement prendre racine dans cette fameuse tradition cinématographique liée aux fantasmes mythologiques sur les rites et tabous des bouseux du sud profond, « La maison des 1000 morts » s’avérant un pur red neck movie, très fortement influencé par la filmographie de Tobe Hooper a qui Zombie voue depuis toujours une incontestable admiration. Avec les premières minutes à l’ambiance très Carnivale, on va d’abord y voir une sorte de relecture de « Funhouse » et « Massacre à la tronçonneuse 2 », avec l’entrée en scène de Captain Spaulding (Sid Haig), personnage « haut en couleurs » et accoutré en Pogo le clown (John Wayne Gacy), haranguant la foule pour les inviter à découvrir les attractions de « Alligator boy » ou autres bêtes foraines. La suite ira beaucoup plus loin…
D’abord avec le générique et son montage kaléidoscope a grand renfort de stock shot en mode Hickumentaries, ces flashs stroboscopiques jouant avec de grossières variations de filtres en format caméscope, donnant cette texture 35 mm et ces scories désaturées très Grindhouse, tout en effleurant au passage de furtives scènes peep show pour le coté sexploitation.
Après un datage plein écran (Octobre 1977) sur deux ados citadins, fascinés par les meufs et Marylin Manson, deux gros bourrins allant jusqu’à snober leurs propres gonzesses vautrées à l’arrière, deux parfaites chieuse en fait et dont on imagine (ou espère) quel sort peu enviable les attend, cette virée dans cette contrée perdue ne laisse plus l’ombre d’un doute sur les intentions du réal. Ce que confirmera l’incontournable passage par la fameuse pompe a essence, abritant pour l’occasion le macabre musée du docteur Satan.
Avec cette utilisation des artifices stylistiques typiques des 70’s et son accumulation très bisseuse de personnages subsidiaires, ces visuels elliptiques, ses nombreuses citations, l’emballage grand guignol …Zombie va faire de cette « Maison » un vrai film Kinder, chaque plan nous réservant une nouvelle surprise.
Nos quatre larrons, après un passage par cet incroyable musée ou s’entassent pêle-mêle des bocaux avec des siamois, des images de sérials killers, des bustes d’icônes du Monster movie (Wolfman, Black Lagoon, Dracula, The Mummy…), des freaks, des citrouilles (…), des cranes …vont avoir droit en bonus a une visite d’un train fantôme digne des pires cauchemars de celui de mes propres fêtes foraines d’enfant. Après avoir pris à bord de leur voiture Baby (Sheri Moon) ce bien joli appât va les conduire à une inquiétante maison avec ces poupées clouées sur la façade. On va y retrouver un catalogue de la parfaite famille dysfonctionnelle à faire passer celle des Sawyer pour les Simpson, avec un tall man bigger than life aussi attardé que Leatherface, a l’occasion d’une scène de repas qui renvoie à celle culte du TCM de Hooper. Si Kara Blaix en madame Claude arbore des formes pulpeuses très fellinienne et une attitude burlesque, c’est Bill Moseley avec son look très Nubbins Sawyer, l'auto-stoppeur texan, qui scelle à lui tout seul le malaise (déjà très lourd). Le calvaire des citadins (vous ne pensiez quand même pas on allait avoir droit à un remake de « l’auberge espagnole », hein ?!) était en marche…
Quand on parle de véritable introspection de l’horreur 70/ 80’s qui alimentaient goulûment les rayons de nos vidéos clubs, il suffit de prendre le temps de noter toutes les références que Rob Zombie va glisser pour s’en convaincre. Il faut d’ailleurs plusieurs visionnages pour toutes les trouver mais on citera surtout, en dehors donc des Hooperiens « TCM » 1 et 2 et « Funhouse », la plongée en caméra suggestive post générique sur la station-service pour un plan « Halloween » de Carpenter (avec d’ailleurs une scène de fête), l’attaque de Rufus contre la voiture avec sa peau de bête sur le crane pour un clin d’œil à « La colline a des yeux » et « The race with the devil » (chef d’œuvre de Starrett qu’on retrouvera suggéré dans la scène du rituel satanique), le scalpage « Maniac », Ottis déclamant un texte a la Manson face aux pompons girls captives pour un clin d’œil au Buffalo Bill du « Silence des agneaux »…je vous laisse trouver les autres tant elles foisonnent. Pour la partie second degré, Zombie n’est pas en reste avec notamment Baby, probablement la seule red neck de l’histoire à écouter du punk (les ramones) dans sa chambre, au passage une Sheri Moon très Gator- claudia jennings-Bate avec son short moulant. D’ailleurs la B.O. est très éloignée de celle traditionnelle des ploucs fictions avec aucunes sonorités country ou rock sudiste. Les ploucs sont très creepy et sales, les seules tronches « propres » étant les représentants de la loi…et finiront rougis !
Le gars y va gaiement avec la consanguinité, le cannibalisme, la nécrophilie, la folie, les excès de démence qui tourne au grand guignol pour une effusion de gore dégoulinant (« 2000 maniacs »), des scènes hardcores, du torture porn (l’antre du docteur satan est trashy à point) jusqu’a ce twist ending qui ramène au point de départ (autre particularité de la red neck exploitation) avec le sort réservé à la final girl : ouf !
Dans chaque image le néo réalisateur s’est amusé à étaler toute sa passion du Genre, aussi foutraque sur la forme que puisse être un premier film quand on a comme lui, beaucoup de chose à dire sur le fond. Ca perd forcément en rationalité ce que cela gagne en sincérité, avec du coup un véritable cinéma d’instinct et de tripes. C’est jouissif, bandulatoire, outrancier, irrévérencieux, mais passionnel et assumé. Avec cette bobine complètement déjantée Rob Zombie éructe ses influences après avoir englouti une caisse de soda, fumé trente joints et livre un rock trip-slasher-survival-burlesque-carnivale-freaksien…une bonne grosse farce à la crème balancée par le plus attachiant des clowns (Sid Haig) devant la caméra d’un nouveau tâcheron du genre oldie’s, qui balancera les Firefly dans une suicidaire Bonny and clyde-isation avec ses « Devil’s rejects » . Mais ça c’est une autre histoire… et pour quelques morts de plus !