Nous étions soldats est certainement un élément singulier de l'interminable anthologie des films sur la Guerre du Vietnam, pour la raison qu'il est littéralement porté par Mel Gibson et qu'il relève plus de la propagande que du cinéma indépendant.
On ne va pas épiloguer (bien sûr que si) sur à quel point Mel Gibson est parfait : il incarne avec beaucoup de force ce rôle taillé pour lui, joue juste et jamais trop, et il sait là encore user avec intelligence du comique de dialogue, qu'il maîtrise décidément aussi bien devant que derrière la caméra, sans doute aussi pour sa complicité avec le réalisateur Randall Wallace, scénariste de Braveheart. Bref, trop fort, trop basé, Mel Gibson quoi. Amen.
Toutefois, et c'est pour cela que c'est un film singulier, on n'est pas habitué à ce que les films sur la Guerre du Vietnam soient portés par un seul acteur ; Mel Gibson a le rôle qu'il a toujours, un père de famille autant que de la nation, et il attire invariablement la même sympathie, ce que très peu de réalisateurs sur le sujet ont choisi de faire, préférant une approche des personnages plus éparpillée, critique de l'US Army. On est bien loin d'Apocalypse now ou même de Platoon et on sent bien qu'on est en 2002 : il s'agit de redorer l'image de l'acharnement américain au Vietnam avec l'Irak en ligne de mire, et Mel Gibson en est le faire-valoir, c'est bien dommage.
Malgré cela on ne peut qu'admirer une œuvre extrêmement maîtrisée et de très bonne facture. L'image est bonne et la mise en scène soignée, les effets spéciaux impressionnants, les dialogues franchement bons (pour ce qu'on en attend), Mel Gibson brille et le scénario brille autant par lui-même que par sa fusion avec l'acteur, ici remarquablement réussie là où elle était moins attendue.
Bref, un très bon moment de cinéma, même si on a l'impression qu'on va voir George W. Bush en fermant les paupières ce soir.