C'est Marc Allégret qui réalise mais c'est Jacques Prévert, au scénario et aux dialogues, qui donne le ton. Le film reprend la trame du vaudeville de Feydeau et Desvallières dans une mise en scène condensée qui se partage entre l'hôtel du Libre-échange et la maison du bourgeois Pinglet, où celui-ci ébauche une tentative d'adultère avec la femme de son ami Paillardin. Il ne s'agit plus seulement, comme chez Feydeau, de portes qui claquent et de quiproquos improbables, mais d'un défilé de zozos auxquels Prévert, en écrivant ses propres textes, moins balourds que les originaux, confèrent une ardeur burlesque davantage que vaudevillesque. Ce faisant, les personnages n'apparaissent pas tant grotesques ou cabots (encore que l'avocat Mathieu joué par l'indispensable Saturnin Fabre...) que dépassés. On trouve aussi quelques moments étonnamment polissons pour l'époque. La comédie fonctionne d'autant mieux qu'elle s'appuie sur un casting emballant. Saturnin Fabre fait un sacré numéro, en visiteur importun et avocat hautain encombré de ses quatre mignonnes et espiègles filles ; Larquey est le bourgeois couard par excellence, Alerme est un Paillardin arrogant tandis que Fernandel est ce valet de chambre curieux et impertinent. En résumé, le film ressemble plus à une comédie excentrique à la Prévert qu'à un Feydeau.