Après Pierre Renoir, Harry Baur, Albert Préjean, Charles Laughton, Michel Simon et quelques autres moins célèbres, Jean Gabin avec « Maigret tend un piège » est le huitième acteur de cinéma à se glisser dans le costume du légendaire commissaire né de l’imagination de Georges Simenon. Définitivement relancé après « Touchez pas au grisbi », Gabin met les bouchées doubles depuis 1955 avec pas moins de seize films à son compteur en quatre années bien remplies. Après sa rencontre avec Jacques Audiard sur « Gas-oil » (1955) de Gilles Grangier, « Maigret tend un piège » réalisé par Jean Delannoy est leur quatrième collaboration. Celui que l’acteur nomme affectueusement « le petit cycliste », va placer exactement les mots appropriés dans la bouche de Maigret que Gabin campe avec le ton juste entre autorité naturelle de celui conscient de son grade comme de sa réputation et empathie naturelle pour les gens de modeste condition. Les puristes noteront quelques différences avec le roman qui n’affectent en rien la qualité de l’adaptation. En plein Marais (Montmartre dans le roman) la nuit, un tueur en série agresse et tue sauvagement des femmes seules dans les rues du quartier. La femme de Maigret glisse à l’oreille de son époux que le tueur semble excessivement vaniteux et soucieux de défier Maigret. Le commissaire saute sur l’occasion pour tendre au tueur un piège particulièrement audacieux et risqué. Parfaitement articulé au niveau de son intrigue qui diffuse ce qu’il faut de suspense, « Maigret tend un piège » vaut surtout pour la galerie de portraits pittoresques qu’il propose et la description d’un Paris où l’activité commerçante se rapprochait encore d’un artisanat favorisant une proximité aujourd’hui disparue. La prestation de Jean Gabin est ici à particulièrement saluer, l’acteur ayant eu l’humilité d’infléchir avec subtilité l’assurance qui se dégage de son jeu pour se situer au plus près de l’esprit de Georges Simenon qui déclarera : « Gabin a fait un travail hallucinant. Ça me gêne du reste un peu, parce que je ne vais plus pouvoir voir Maigret que sous les traits de Gabin ». On ne pouvait rêver plus bel hommage. À ses côtés Annie Girardot lumineuse de beauté et de gravité, Lino Ventura dans un rôle plutôt court, Jean Desailly prodigieux en fils littéralement asphyxié par sa mère castratrice, ainsi que les seconds rôles habituels que sont Jean Tissier, Pierre Louis, Jean Debucourt, Guy Decomble, Alfred Adam, Lucienne Bogaert et Denise Clair, contribuent à la qualité de l‘une des meilleures réalisations de Jean Delannoy.
Ce Polar très classique réalisé par Jean Delannoy nous propose une enquête à rebondissements menée par Jean Gabin alias Jules Maigret. Le film en N&B démontre un intérêt presque historique en nous plongeant dans le Paris de 1957. Même si la finalité de l'énigme est assez prévisible, le film possède beaucoup d'atouts : la plume de Georges Simenon, la musique de Paul Misraki, les dialogues de Michel Audiard et un casting fastueux, avec la participation de Lino Ventura en inspecteur que l'on voit trop peu. La distribution nous offre également le plaisir de revoir la belle et talentueuse Annie Girardot, ainsi qu'une excellente prestation d'acteur de Jean Dessailly dans le rôle d'un architecte ambigu. Le pitch : Malgré la surveillance policière, le tueur du Marais a encore frappé ; c'est son 4ème meurtre ...
Ce film est un bon polar, mais mon dieu qu'il ne colle plus à notre époque. Car sans preuve aucune, juste par déduction et clairvoyance, notre commissaire trouve le coupable. Mais de là a le faire avouer! De nos jours, le moindre petit avocat casserait toute cette construction policière car sans preuve, rien ne tient. Ce vieillissement met bien à mal ce film. Néanmoins, le jeu de Gabin colle parfaitement à l'idée que l'on se fait en lisant les romans. Les décors (vrais ou reconstitués en studio?) sont très bien et nous replonge dans un Paris méconnus. A voir par les amateurs de Gabin, et film policier de cette époque.
L’ancêtre du thriller : méthodes policières inadmissibles et invraisemblables, héros psychopathe, excellente photo. Il manque la couleur du sang, le sexe et la violence. L’atmosphère pantouflarde des bouquins de Simenon est rendue avec soin.
Premier film où Jean Gabin incarne le célèbre commissaire divisionnaire français, Maigret tend un piège est un polar typique de ce que François Truffaut appelait la Qualité française. Jean Delannoy est un solide artisan : il réussit donc un bon film de série qui ne détonne pas du tout venant cinématographique de cette époque. Nous sommes donc dans un cinéma très littéraire servi par le talent de Michel Audiard aux dialogues et les prestations des différents comédiens menés par un Jean Gabin parfaitement à son aise dans ce rôle de commissaire "à la papa". Un film qui devrait plaire aux amateurs de ce type de cinéma.
Maigret tend un piège, c'est le film tiré du roman éponyme de Georges Simenon. C'est la première version de cette nouvelle. Le Paris de la fin des années cinquante. La rue des Rosiers. Il y a le grand Jean Gabin et la grande Annie Girardot, bien jeune à l'époque. Il y a aussi Lino Ventura dans un rôle de presque figurant. C'est une enquête traditionnel mais par contre bien menée. Je n'ai pas lu le livre mais j'avais vu la version avec Bruno Cremer, il me reste alors plus que la version anglaise avec Rowan Atkinson, alias Mister Bean, à voir. C'est filmé à l'ancienne, un film en noir et blanc, une bonne recherche quant à l'esprit des personnages.
Quand je regarde un film, en bon cinephile, j'examine attentivement sa fiche sur Wiki. He bien ce film bat un record, c'est le premier qui avec 52 acteurs dans sa distribution, n'a pas un seul inconnu ou non-credité ! Un fantastique Maigret avec un Jean Gabin digne de sa réputation, et une atmosphère digne des romans de Simenon !
Maigret tend un piège est une enquête du célèbre commissaire au cours de laquelle il doit piéger et démasquer un tueur en série qui sévit dans le Paris des années 50. Si Gabin, il est vrai, campe un Maigret plutôt convaincant, on regrettera tout de même qu'il fasse plus du "Gabin" que du "Maigret" et c'est dommage car le personnage de Simenon aurait mérité mieux. Par ailleurs on retrouve quelques acteurs encore peu connus comme Lino Ventura et Annie Girardot. J'ai tout particulièrement apprécié l'ambiance du Paris de l'époque que le noir et blanc rend encore plus réelle. La psychologie du tueur aurait pu être plus fouillée et mieux exploitée car Simenon apporte toujours beaucoup de soin à la psychologie et à la motivation de ses personnage, ainsi qu'à l'atmosphère de ses récits. Maigret tend un piège est un polar très classique qui prend quelques libertés avec le récit original et qui souffre de quelques défauts qui l'empêchent de restituer toute la complexité de l’œuvre de Simenon. On remarquera l'atmosphère très prenante du Paris de l'époque et la prestation de Jean Desailly qui sort du lot. Peut être qu'un acteur moins emblématique que Jean Gabin aurait permis d'incarner un Maigret plus conforme au personnage des romans de Simenon. Un film policier devenu un classique, mais pas un chef d’œuvre, à réserver aux amateurs du genre, aux cinéphiles et aux admirateurs de Jean Gabin. A voir au moins une fois pour sa culture cinématographique.
Une oeuvre magistrale qui vaut pour son jeu d'acteurs et qui n'a pas pris une ride. Simenon avait lui-même émit des doutes quant à la capacité de Gabin d'être un bon Maigret, mais il changea d'avis en visionnant le film. Simenon ira même jusqu'à déclarer qu'il ne pourra plus imaginer Maigret sans penser à Gabin tellement il fut impressionné.
Que dire aussi de Jean Dessailly, qui joue magistralement un décorateur raté mais bourgeois vivant dans l'opulence, tueur en série mais totalement puéril ou d'Annie Girardot qui joue un personnage différent de celui du roman mais taillé à sa mesure... Même les seconds rôles sont prodigieux. On y découvre un Lino Ventura qui a pris sa place dans le cinéma français, un André Valmy plus vrai que nature en inspecteur désabusé , un Guy Decombe -connu pour avoir joué dans "jour de fête"- qui campe un hurluberlu plus vrai que nature et même un Amédée (Philipe de Cherisey) qui parvient à donner le change malgré sa carrière de dilettante. Il reste enfin le jeu de Lucienne Bogaert qui campe une mère hyper protectrice d'une authenticité déconcertante.
On sent la chaleur caniculaire qui oppresse les personnages, on découvre la vie des parisiens à la fin des années 50 et on entend même la voix de Claude Darget, présentateur du journal télévisé de l'époque, donnant ainsi au film un caractère documentaire sur son époque. Il ne faut surtout pas coloriser ce film car le noir et blanc lui va bien. Les deux Maigret suivants avec Gabin n'auront pas la même intensité et "Maigret voit rouge", dernier de la série, pourtant un bon film, est loin, très loin d'avoir la même puissance...
Je découvre cette fameuse fiction issue de la littérature francophone, un chef-d’œuvre incontesté, le rôle attribué au monument qu’est Jean Gabin. Le commissaire Jules Maigret et ses subalternes inspecteurs mènent l’enquête judiciaire dans les bas-fonds parisiens des années cinématographiques en noir et blanc, un tueur en série qui sème la psychose somnambule, le commissariat du 4ème arrondissement en état d’alerte. Les femmes costumées élégantes et égarées, sont victimes de ce lacéreur, son sérieux problème contre « les salopes du marais ». Aucune nostalgie pour cette époque, les intrigues de gigolos entretenus par les épouses tentant de rendre leurs maris cocus, infidèles bien avant. Le suspect deviné par rapport à sa susceptibilité, des révélations de complicité familiale dramatique, un jeu d’orchestre de toute cette affaire tragiquement sordide. Dans la poche une fois résolue pour le charismatique haut-gradé policier à la pipe légendaire.
Film sympathique avec Monsieur Jean Gabin, qui permet de replonger dans une ambiance du Paris des années 50. Il y a des longueurs, mais la dernière demi-heure permet d'admirer toute la qualité du jeu de Gabin. Desailly en fait un peu trop dans le genre du fils à maman détraqué. Ce film permettra de constater à quel point le quartier du Marais était sale à l'époque (on se croirait au Moyen-Age !), rien à voir avec le Boboland d'aujourd'hui.
Trop bourru le Maigret de Delannoy, il manque d’empathie, sexiste voir réactionnaire. Un Gabin droit dans ses pompes mais qui la ramène un peu trop. L’intrigue est intense, les personnages sont torturés et l’histoire est bien construite. Un bon Simenon sans aucun doute, mais pas la meilleure adaptation.
Gabin bouffe tout cru le personnage de Maigret, il mène l’enquête et fanfaronne. Pas de respect pour le petit personnel: « ….vous étiez de congés ? Et bien voilà ce que ça donne… » dit-il à la femme de ménage des Maurin et, même si c’est du Audiard, on a tendance à l’entendre au premier degré. Il est trop brut de pomme, sans tendresse, diablement instinctif mais fort peu sympathique.
Avant Gabin : Harry Baur puis ensuite pour le petit écran Jean Richard (inexistant) et Bruno Cremer (sacrément humain).
Une jolie réalisation, une belle lumière, mais Paris semble en carton pâte.
On retient la performance d’Annie Girardot, délicate, subtile et passionnée, elle donne de la profondeur à son personnage. Des seconds rôles qui accrochent, le boucher, la mère Maurin et la bignolle. Quant à Lino Ventura, il n’est que de passage, sa carrière décollera plus tard.
Jean Delannoy ne m’a pas convaincue sur son approche du commissaire emblématique mais le film reste à voir pour se rapprocher de Simenon, forcément.
Un exemple des avantages et des inconvénients qu'il y a à mettre en oeuvre le film policier ultime, où les rebondissements semblent ne jamais devoir s'arrêter. Si Jean Gabin compte comme un gros atout, on peut aussi citer deux points noirs d'importance : c'est long et lourd, et l'histoire nous vient du talent de Georges Simenon, pas des cinéastes.