Encore plus que pour ses quatre précédents films, adaptations littéraires( Giraudoux, Diderot, Bernanos) ou récit de faits historiques ("Un condamné à mort s'est échappé"), Bresson décide de mettre à l'œuvre avec "Pickpocket" sa théorie du non cinéma, refus de tout accommodement avec les conventions induites par la filiation du 7ème art avec la création théâtrale. Louis Malle, ancien collaborateur éphémère de Bresson, dira même que "Pickpocket" est son vrai premier film, ses précédents n'étant que des brouillons. Dans le sens de cette affirmation, Bresson avertit en préambule à son film que celui-ci ne peut en rien être rapproché du genre policier. La pratique du héros relève du parcours initiatique d'un jeune homme qui se cherche un destin à travers un discours fumeux sur le prétendu droit de certains êtres supérieurs à s'autoproclamer comme tels pour s'affranchir des lois. Affirmation répondant en écho à la même déclaration des deux jeunes étudiants meurtriers de "La Corde" d'Hitchcock sorti en 1948 (Michel est lui aussi étudiant). Dans cet entre-deux plus ou moins long que constitue le passage entre l'enfance et l'âge adulte où tout est encore possible comme le montre peut-être les portes toujours ouvertes du film, Michel se lance un défi un peu vain (il ne dépense jamais le fruit de ses rapines) au bout duquel se dessinera son chemin. Comme il le confesse à la toute dernière scène: "Ô Jeanne, pour aller vers toi, quel drôle de chemin il m'a fallu prendre". On retrouve ici une des thématiques favorites du religieux qu'était Bresson comme le sens donné à la vie de chaque être. Mais au-delà de ce sous-texte assez banal chez l'auteur c'est bien le suspense né des scènes où s'exerce l'art du vol à la tire qui reste à l'esprit. La virtuosité du réalisateur dans la mise en image du ballet vertigineux des portefeuilles et liasses de billets passant de poches en mains puis de mains en mains tendrait à prouver que la forme l'emporterait ici sur le fond en contradiction avec les théories de Bresson et l'affirmation de Louis Malle. Dans la vraie vie, le propre du vol à la tire est d'être invisible aux yeux du profane. Il a donc bien fallu que Bresson détourne le réel au profit d'une recherche artistique problématique au regard du précepte suivant : "Tu feras avec les êtres et les choses de la nature, nettoyés de tout l'art et en particulier de l'art dramatique, un art". La fadeur de l'action dramatique, la monotonie du jeu des acteurs évite certes de se concentrer sur une structure narrative encombrante mais procède d'une volonté de fixer le regard sur la recherche formelle de Bresson dont on doit se rappeler que sa vocation première était d'être peintre. Au final on peut s'interroger sur la raison profonde de cette volonté devenue obsédante de recourir à des acteurs novices soi-disant plus naturels qui ne sont peut-être là que pour permettre à Bresson d'occuper toute la place sans être lui-même présent sur l'écran. On peut chercher à étouffer lé génie il se fraiera toujours un chemin. Si on peut voir Bresson comme un ogre de cinéma malgré lui, personne ne lui niera jamais une rigueur constante et des partis-pris narratifs ou esthétiques toujours intéressants.
Avant qu’elle ne s’enferme dans une austérité visuelle, interprétative et narrative, l’approche cinématographique de Robert Bresson nous a permis de faire découvrir ce film innovant où son auteur s’exerce à palier le jeu minimaliste et la diction de ses acteurs non-professionnels par un usage habile de l’espace, du son et surtout du montage. Voir ce personnage marginal s’extirper de la solitude et de la routine dans lequel il apparait, à travers ces effets de mise en scène assez ingénieux donc, comme enfermé en commettant des vols à l’arraché puis sa relation avec sa voisine. Le personnage de Michel apparait donc comme un être fragile auquel on en vient à s’attacher malgré à la fois ses délits et l’interprétation morne de Martin LaSalle. Pickpocket est donc bel et bien un film étonnant qui a de quoi fasciner les spectateurs amateurs de l’art de la mise en scène et qui a su inspiré bon nombre de réalisateurs de la Nouvelle Vague.
Qui connait aujourd'hui Martin LaSalle, Marika Green, Pierre Leymarie ? Archétype du film "intellectuel" des années 60, sans aucun jeu d'acteur (c'est à dire très mal joué, mais on dit que c'est exprès !) auquel il faut ajouter la voix off insupportable et la musique invraisemblable ! un pensum à l'histoire dénuée de tout intérêt qui permet à "l'auteur" de se défouler en gardant 100% des éventuels lauriers délivrés par l'intelligentsia (les acteurs ne risquent pas d'avoir un prix vu leur niveau de jeu, stérilisé par le metteur en scène, ni les techniciens !) un film qui est au cinéma ce qu'une tartine de pain est à la gastronomie. Bien sur, c'est génial pour les "cinéphiles" des cahiers du cinéma et consors, dont l'avis purement militant et dicté par l'activisme anti cinéma classique et pro-"nouvelle vague" était écrit avant même que le film soit tourné !
N'est pas le remake dans un tout autre registre du Roman d'un Tricheur de Guitry ? A partir d'une histoire simple sur l'apprentissage et la chute d'un voleur de portefeuilles, Bresson crée une ambiance poétique et allègre, malgré un fort côté dramatique. Chaque acte est présenté par le début d'un nouveau chapitre d'un journal intime, en plus de la voix-off qui informe sur l'état d'esprit présent du héros. On pourra encore et toujours se moquer du jeu d'acteur selon le cinéaste ; il est cependant certain qu'on a atteint le paroxysme avec l'épique dialogue entre le voleur et le détective ( "Assez !" ) ; Bresson a t-il répondu avec dérision aux critiques lui reprochant le jeu d'acteur si particulier ? N'empêche que la poésie et la fable caractérisant son oeuvre sont toujours à l'heure.
Ce film est une épure. Par sa durée, par sa mise en scène, par son histoire. C’est l’histoire de Michel, une sorte de vagabond, qui n’a pas trouvé sa place dans la société. Il vit de larcin, et l’art de dérober des billets dans les poches de ses victimes n’a pas de secret pour lui. On le montre avec une grâce et une aisance fine qui confine à la chorégraphie manuelle. Tant qu’il n’a pas de responsabilités sur les épaules, sa vie se suffit de ce rôle, rien ne lui pèse, il y a toute une dialectique du poids et de la légèreté, le poids moral dont il se décharge, mais le regret qui lui pèse d’avoir voler sa propre mère. La mort de sa mère c’est une disparition, une perte, mais il ne sent pas obligé en vertu de promesses faites et durables. Il y a deux scènes lorsqu’il est emprisonné et que Jeanne lui rend visite : la première il déclare qu’il ne voit pas les barreaux de sa prison, qu’il est seulement obsédé et désolé de s’être fait prendre, la seconde, on le voit serrer ces barreaux qui le sépare de Jeanne, il comprend alors ce qu’est la liberté : par l’entrave, il réalise, les chaînes au pied, le vertige d’être séparé de la personne qu’il aime. C’est vraiment un conte philosophique, conte parce qu’il y a une morale à la fin.
Quel drôle de chemin il m'a fallut parcourir pour voir ce film ! Drame trop sérieusement romantique, Bresson réussit tout au long de son film qu'a nous enveloppé d'apathie pour finalement faire surgir, comme par désespoir l'amour. Les corps en mouvement sont douloureux et toujours à contre sens, même les moments de vol manquent de fluidité et appuie le mal-être dans lequel baigne les personnages. Des moments de magie apparaissent, ce qui ne le rend non pas indispensable mais à voir pour l'expérience.
Prodigieux. De Robert Bresson j'avais déjà vu le magnifique Au hasard Balthazar. Dans Pickpocket, on retrouve ce style austèrement beau. Le film est tout simplement fascinant. Le sujet d'abord est très atypique, et son traitement l'est tout autant. La narration est particulièrement étonnante car inattendue. Quant à la mise en scène, elle est vraiment magistrale : une scène de vols successifs dans une gare marque la mémoire par son extraordinaire fluidité. L'émotion surgit au moment où on ne l'attend pas et notamment dans un final lyrique de toute beauté. En plus, le film est dense et profond. C'est génial !
Une heure quinze de pur plaisir... et de pur cinéma. Une fois encore, Robert Bresson donne une leçon de simplicité et d'efficacité avec ce "Pickpocket", digne de ses plus grands chefs-d’œuvre, "Le procès de Jeanne d'Arc" bien sûr et "Au hasard Balthazar". Ici, Bresson s'empare du milieu du petit larcin et en tisse une œuvre forte, émouvante, souvent poignante avec les apparitions de la sublime Marika Green, toujours juste, à la limite du documentaire. C'est pourtant bien une fiction que nous livre Robert Bresson, une toile faite de tout petits riens, de pièces de puzzle qui s'assemblent, scène après scène, pour peindre un grand tableau de la condition humaine : la place de l'homme face au néant de l'existence, sa lutte incessante entre le bien et le mal, la vacuité des sentiments. Une heure quinze de pur bonheur avec, à la clé, l'interprétation bouleversante de Martin Lassalle.
Enfin je découvre le cinéma de Bresson un des plus grands maîtres du cinéma Français ( c'est ce que j'ai entendu maintenant je dois le constater par moi-même).
L'histoire parait a priori peu emballante, mais grâce à la mise en scène et à la maîtrise technique de Bresson j'ai réussi à m'intéresser et je me suis laissé emporter.
L'histoire retrace l'itinéraire d'un homme solitaire et sans travaille qui devient naturellement pickpocket, cette activité l'obsède et il ne voit pas les gens qui s'intéressent à lui.
D'ailleurs il arrivera à les reconnaitre une fois qu'il touchera le fond.
Les scènes de vole sont tellement bien filmés, que ça me laisse admiratif.
Autre chose qui m'a rendu admiratif c'est l'actrice Marika Green (Tante d'Eva green) visage d'ange d'une beauté incroyable et sous certains angles elle m'a directement fait penser à Natalie Portman, j'ai même cru que c'était elle! C'est hallucinant.
Bref je vais en revenir éhéhé.
En tout cas le film est intéressant, mais il manque de profondeur ou d'émotions pour en faire un film véritablement inoubliable ( Pour les Cahiers du cinéma, il s'agit d'un de leurs films préférés).
Et puis j'aimerais parlé du jeu désastreux des acteurs qui donnent tout simplement l'impression de réciter un texte sans aucune impliquation, sans aucune passion ni émotion et ça gache le film. Un bon film simplement.
Film intéressant parfaitement mis en scène par Bresson, notamment lors des scènes suivant les pickpockets en action (on se demande cependant comment certains "trucs" peuvent bien fonctionner). Mais il faut quand même reconnaître que la politique de Bresson d'engager des acteurs amateurs n'est, ici, pas forcément une bonne idée : les répliques sont terriblement mal déclamées par Martin LaSalle. Notons au passage l'apparition de Pierre Etaix en tant que complice du personnage principal. Toujours est-il que l'ensemble du film est franchement hermétique. On peut aimer ça... ou pas.
Contrairement à d'autres critiques je trouve que Martin Lassalle apporte un plus au film alors que l'ensemble est plutôt creux. Sinon j'ai bien aimé l'ambiance général et la photographie noir et blanc.
Prodigieux exercice de style de Bresson. Les séquences de vol à la tire, notamment celles de la gare sont hallucinantes… Dommage quand même que Martin Lassalle, l’interprète (amateur) du rôle principal, soit souvent maladroit dans ses expressions et ses répliques. Inspiré peu ou prou de Crime et châtiment, Pickpocket est le portrait d’un homme perdu qui s’égare sur les chemins du vol, mais ni par intérêt ni par passion. Il va finalement trouver sa rédemption au bout d’une longue quête grâce à l’amour d’une jeune femme au cœur pur (émouvante Marika Green). Le cinéma de Bresson, on le dit toujours, est d’un ascétisme et d’une rigueur morale absolues. Il suit son chemin comme le héros de son film, sans se soucier de l’avis d’autrui ni des conséquences que ses actions pourront avoir. C’est donc en quelque sorte un film autobiographique, d’une grande valeur esthétique et morale.
Si l'idée de départ est excellente, on peut ainsi dire que l'oeuvre de Bresson l'a admirablement adaptée au cinéma. "Pickpocket" est un film regorgeant de qualités, dont la noirceur et l'intelligence de l'oeuvre lui donne un aspect si mystérieux. Un chef d'oeuvre original et inimitable avec des comédiens excellents et un final mémorable.
Bresson connait visiblement bien son sujet et fait également preuve d'une économie de moyens qui est tout à son honneur. Malgré les qualités indéniables du film, il n'est pas interdit d'être totalement hermétique à son univers.
Autant j'ai adhéré totalement au jeu d'acteurs monocorde dans "Un Condamné à mort s'est échappé", car cela convient à la gravité du sujet, et aussi dans "Le Journal d'un curé de campagne" car cela va bien avec la solennité, autant-là ça m'a franchement gêné. Le sujet et surtout son traitement sont audacieux et les scènes de vol forcent l'admiration par leur côté virtuose, ce sont les qualités qu'on ne peut surtout pas enlever à cette oeuvre de Robert Bresson. Mais voilà donc le ton monocorde des comédiens ainsi que la lenteur du film font que j'ai souvent décroché. Une oeuvre qui ne ressemble à aucune autre par son refus de la dramaturgie notamment mais qui est loin d'être passionnante.